09 sept. 07
Bonjour et bienvenue.
En 20 ans de ministère, j’ai exercé simultanément, comme tout prêtre aujourd’hui, diverses responsabilités locales, diocésaines et interdiocésaines.
Le ministère suscite bien des questions, et j’aime à partager mes réflexions. J’aime à recevoir des avis, des points de vue et enrichissements. Ainsi progressent ces textes, longs ou brefs, que vous pourrez lire sur ce blog.
À ce jour, sur ce Blog, vous trouverez mes textes présentés du plus récent au plus ancien ainsi que quelques homélies dont celles "politiques" prononcées à l'occasion du 11 novembre.
1 – « Oser des ruptures radicales en catéchèse : l'enjeu des représentations et des forces d'inertie face aux discernements théologiques, pédagogiques et sociologiques ».
Article paru, dans une version abrégée par l'éditeur, dans la revue des Jésuites de Bruxelles " Lumen Vitae" , n°1 de mars 2008. Une réflexion portant sur la négligence de la Confirmation et donc du don en plénitude du Saint-Esprit parallèlement à la négligence et la gêne de notre Église face à l'Exorcisme dans le combat contre le Mauvais-Esprit.
13 pages A4
Texte à mettre en relation avec le texte de l'homélie de Pâques 2008 présente également sur ce blog
2 – « Le synode sur l’Eucharistie a évoqué la confirmation et l’ordre des sacrements de l’initiation ».
Trois brefs textes de références et mes réflexions personnelles. 2006-2007
3 pages A4
3 – « Redonner tout son sens à l’initiation chrétienne, un défi à relever »
Article paru dans la revue des Dominicains de Lyon « Lumière et Vie », n° 270 d’avril-juin 2006. Une bonne introduction à la thèse précédente.
4 pages A4
4 – « Initiation chrétienne, une urgent remise à plat s’impose ».
Il s’agit d’une contribution envoyée à mon évêque et à la commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat de la Conférence des évêques de France, en réponse à leur question de 2003 : « Aller au cœur de la foi, Questions d’avenir pour la catéchèse », « vous êtes invités à faire part … des réflexions que ce document suscite ».2004 remanié 2005.
40 pages de théologie pastorale, catholique et œcuménique, historique et contemporaine, un peu décalée aussi !!!
40 pages A4
5 – Le texte de l'homélie de Jour de Pâques prononcée le 23 mars 2008
6 – Le texte de quatre homélies "politiques", au sens de "polis", donc relatives à la vie de la cité, prononcées à l'occasion du 11 novembre en 2002, 2003, 2004 et 2007.
7. Le mot d'accueil prononcé lors de l'assemblée réformée à Noyon à l'occasion des 500 ans de la naissance de Jean Calvin
8. Vous pouvez également trouver mes éditoriaux écrits pour la chaine de prière "Un Enfant Dans La Prière" sur http://uedlp.canalblog.com
Bonne lecture et n'hésitez pas, si vous le désirez, à me faire part de vos réactions en laissant un commentaire
Abbé Bruno DANIEL, prêtre du Diocèse de Beauvais.
Abbé Bruno DANIEL
Curé-Archiprêtre de la cathédrale Notre-Dame
Diocèse de Beauvais-Noyon-Senlis
3 Parvis Notre Dame
60400 NOYON
bru.daniel@wanadoo.fr
03 sept. 07
Mai 2009 Mot d'accueil à l'Assemblée Réformée à Noyon
Mot d'Accueil
Assemblée Réformée à
Noyon
le 17 mai 2009
à l’occasion des 500
ans de la naissance de Jean Calvin.
« La grâce de Jésus le Christ notre
Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soit toujours
avec vous ».
Chers
amis, frères et sœurs dans le Seigneur.
Comme
Curé-Archiprêtre de la cathédrale de Noyon, c’est au nom de l’Évêque de
Beauvais-Noyon et Senlis, Monseigneur Jean-Paul James, que je vous adresse ce
salut et cette bénédiction que l’Eglise nous transmet par la Parole révélée,
dans la seconde épitre de Saint-Paul aux Corinthiens (13, 13).
(Evocation de la présence
de la Secrétaire du Conseil Pastoral Paroissial et d’autres membres de la
paroisse de Noyon présents)
En
un tel jour, l’ouverture de notre cathédrale à votre assemblée ne peut se faire
par un simple petit mot convenu de politesse fraternelle. Elle manifeste le
beau cheminement que nous avons fait ensemble depuis une bonne quarantaine
d’années au sein du mouvement œcuménique. Certes les 500 ans écoulés depuis la
naissance de Jean Calvin dans cette ville sont aussi signes d’une rupture non
résorbée dans notre histoire bimillénaire. Permettez-moi ces quelques mots.
(Evocation de la présence
du Frère Michel Mallèvre, délégué de la Conférence Episcopale à l’Oecuménisme)
Cette
année, ville de Calvin, Noyon est aussi depuis des siècles et entre
autres :
-
ville de Saint-Médard, qui en fonda l’évêché,
-
ville de Saint-Eloi, qui fut successivement l’artisan probe, le fonctionnaire
loyal et l’évêque plein de charité,
-
ville de Sainte Godeberthe, première moniale ayant consacré ici sa vie à la
louange de Dieu,
-
ville des Saints martyrs de la Révolution, massacrés la 2 Septembre 1792 au
couvent des Carmes à Paris.
En
ce lieu, malgré les critiques pour certaines vraiment fondées de Calvin,
notamment dans « l’Institution chrétienne » et « le Traité des
reliques », c’est un prêtre qui vous reçoit, et sans compter les
nombreuses reliques vénérées en ce lieu, le Corps du Christ est conservé et
adoré dans notre tabernacle.
-
Sainteté donc,
-
Mais aussi déviations et péchés des croyants, divisions et déchirures de
l’Église.
-
Et permanentes réformes.
-
Puis, le Mouvement Œcuménique.
Je
soulignerai deux actes :
-
L’un, passé, du 31 octobre 1999 : l’accord Luthéro-catholique sur le
salut par la grâce, que les méthodistes ont rejoint le 23 juillet 2006. Dix
années déjà depuis cet événement important vers la réconciliation de nos
traditions ecclésiales.
-
L’autre, dans une semaine, lors de votre prochain synode, anniversaire des 450
ans du premier synode, et cette année, moment Luthéro-réformé qui va
vous permettre d’affermir encore votre communion de foi, de ministère et de
liturgie. Et nous-mêmes, nous ne pouvons que nous réjouir de tout ce qui
contribue à l’unité des chrétiens.
Ces
démarches de réconciliation sont l’appel du Seigneur à ce que nos divisions
soient, par sa miséricorde et nos conversions réciproques, résorbées.
Plutôt
que de rappeler ce qui me paraitrait essentiel et négligé chez vous, éclairé
moi-même par l’enseignement sur « la paille et la poutre »,
je voudrais demander pardon au Seigneur et à vous, mes frères et sœurs, pour ce
qui ne me semble pas juste et saint chez nous, catholiques, et recevoir ce que
les autres confessions me disent du message du Seigneur.
-
Des Églises d’Orient, Orthodoxe et des Rites catholiques, j’ai communié voici
quelques semaines à Jérusalem, à la belle diversité et richesse des liturgies.
- Du monde des Réformés, tout en appréciant nos propres dévotions dites populaires, j’apprécie le rappel que votre théocentrisme me dit des risques de dérapage aux limites de la magie et ou l’animisme.
- Du monde Pente^cotiste, j'entends la grande libeerté et confiance données à l'action puissante de l'Esprit Saint aujourd'hui.
-
Et chez moi par contre, Catholique, je suis pour ma part toute personnelle
peiné de certaines choses. Permettez-moi de prendre un exemple, celui de notre
pratique sacramentelle. Ce que nous appelons les trois sacrements de l’initiation,
Baptême, Confirmation et Eucharistie, est parfois manipulé à des fins
ecclésiologiques et pédagogiques au point qu’il y a désormais plus de 80 % des
jeunes adultes catholiques qui ne sont pas confirmés et n’ont donc pas achevé
leur initiation chrétienne. Indépendamment des analyses plus sociétales, comment
espérer que notre Église catholique, en ces décennies de sortie de chrétienté,
puisse rebondir si elle néglige ainsi
-
la richesse des rites liturgiques,
-
la hiérarchie des dévotions,
-
la disponibilité à une nouvelle Pentecôte,
-
et sa propre théologie sacramentelle ?
De
fait, il y a beaucoup à faire,
Avant
de pleurer sur telle lenteur de tel progrès de communion, je pleure donc sur
les lenteurs de notre propre réforme interne. Elles freinent
l’œcuménisme.
Alors,
en vous accueillant, je ne me trompe pas si, plutôt que d’évoquer ce
qui me semble manquer hors de l’Église catholique, je vous demande,
dans votre prière ici à Noyon, d’implorer le Seigneur pour la communauté qui
vous ouvre ses portes, l’Eglise Catholique, afin qu’elle puisse être plus
fidèle au Seigneur.
Merci,
ici et maintenant, de prier pour nous.
Cette
demande du fond de mon cœur sera ma contribution à l’unité que le Seigneur nous
demande, et la condition à ma sincère prière à vos côtés maintenant, afin « que tous soient un ».
Pour ma part, je demande au Seigneur de bénir votre assemblée et votre célébration.
Abbé Bruno DANIEL
curé-archiprêtre de la cathédrale de Noyon
Diocèse de Beauvais, Noyon et Senlis
02 sept. 07
Mars 2008 Oser des ruptures radicales en catéchèse
« Oser des ruptures
radicales en catéchèse :
l’enjeu des représentations et des forces
d’inertie
face aux discernements théologiques, pédagogiques et sociologiques ? »
Cet article est paru dans une version abbégée dans la revue Lumen Vitae de mars 2008
Une telle question témoigne des
difficultés que connaît la Pastorale dans notre Église. Les fruits de nos
réflexions théologiques et de nos efforts pastoraux tardent à venir et
certaines questions demeurent taboues notamment autour du don plénier de
l’Esprit Saint.
Le constat actuel révèle un profond
désordre qui conduit de façon irrésistible à l’effondrement des sacrements.
Face à celui-ci, notre réflexion propose de retrouver l’ordre du Ternaire
Initiatique. Et pour qu’elle soit objective, elle devra s’inscrire tout à la
fois dans l'esprit de Thomas d'Aquin et de Vincent de Lérins : du premier,
garder que l’usage de l'Église au cours de siècles, consuetudo ecclesiae[1],
est un lieu légitime d'adaptation et de développement ; du second, que
toute proposition doit demeurer contenue dans le cadre de l’identité catholique
portée par la Tradition, et ainsi, contourner l’écueil qui sclérose toute
réflexion à propos de ce sujet : la tendance assez fréquente de privilégier
exclusivement tantôt le Progrès, tantôt la Tradition.
De plus en examinant les causes de
ce désordre il apparaît qu’elles ne sont pas seulement culturelle, théologique
ou sociétale mais également mystique : notre « œuvre pour Dieu »
a tout accaparé et a pris le pas, dans notre pastorale, sur « l’Œuvre de Dieu ». La question essentielle est donc celle de notre foi
dans les sacrements et de la place que nous accordons au surnaturel au cœur de
notre projet pastoral : comment pouvons-nous réinvestir la question du surnaturel
dans nos efforts humains de catéchèse et dans notre pratique liturgique ?
A – Notre « œuvre pour
Dieu » : oser un diagnostic en profondeur[2]
1 – Oser
des ruptures radicales en catéchèse ...
Le sujet
proposé semble brûlant ... quand le ton actuel des échanges est plutôt au
constat et à l'évolution. Pourtant
de graves questions méritent d’être posées. Et le moment n’est-il pas venu
d’aller plus loin, de proposer, d’oser des ruptures radicales dans notre
Pastorale catéchétique.
Les évolutions dont je rêve en catéchèse ne relèvent pas du niveau paroissial. Les blocages se situent au niveau du Rite Latin et de la société occidentale. Je me permets donc à partir de mon diocèse, typique de l'ensemble de l'Église de France, de porter la question à ce niveau là.
2 – ... l'enjeu des représentations et forces
d'inertie ...
a - Représentations
Notre
Église, tout comme le monde, est un vrai champ de bataille idéologique et
politique où les représentations s’affrontent. Déjà lors du Concile Vatican II,
l’équilibre fut difficile à trouver et derrière l'unité des textes, les experts
discernent encore les divers courants souterrains qui irriguaient alors les
débats.
Ces
« représentations », en tant que systèmes de pensée, sont d’abord
l'objet d'analyse des sciences humaines, sociales et théologiques, donc d'un
devoir de compréhension. Mais, je crois qu’elles sont aussi mystiques, de
l'ordre de la grâce et du péché, et donc d'un devoir de conversion. Le
discernement doit aussi être spirituel.
b -
Forces d'inertie
Il est
commun de décrire les deux courants, qui semblent incompatibles, dans l’Église
de France.
Celui
majoritaire, réformateur modéré, qui concourt à un renouveau progressif dont
témoigne l’évolution de notre Église depuis la « Lettre des Évêques de
France » en 1996. Il se limite au constat d’indices préoccupants [3]
car toute critique trop brutale lui parait devoir entraver plutôt que favoriser
la poursuite de l’adaptation en cours. Tout récemment, Ecclésia 2007 et
l’Assemblée des Évêques à Lourdes étaient le point d’orgue de ce sentiment
unitaire. Ainsi les propos du Cardinal Ricard au terme de son mandat de
Président de la Conférence Épiscopale Française : l’Église de France ne
va pas si mal que ça[4].
L’autre
minoritaire, eut du mal à trouver sa place. Le Cardinal Lustiger[5]
en fut une figure bousculante, soulignant aussi la part propre à la crise de
l’institution ecclésiale. Le Cardinal Decourtray[6]
témoignait après l’effondrement du mur de Berlin, qu’un renouveau allait
surgir, difficilement recevable pour le courant aux commandes. Tout récemment,
Mgr Gaidon vient d'essayer, sur un ton humble et juste, de relire cette
douloureuse vérité[7].
L’interpellation des évêques de France en 2003[8],
nous permet d’ouvrir la porte avec audace. Et l’élection du Cardinal
Vingt-Trois est perçue par tous, avec bonheur ou inquiétude, comme le signe
d’un retournement de tendance.
Les belles
pousses de printemps ne sauraient nous dispenser de poser les questions
difficiles et de faire l’impasse sur la chute des feuilles. L’automne de
l’Église de France n’est pas fini !
3 - …
face aux discernements théologiques, pédagogiques et sociologiques
a -
Sociologique : - 20 et - 15%, - 1 et - 3%
Il nous
faut situer notre analyse dans celle plus large, à la mesure des derniers siècles,
qui voit notre Église chercher sa juste position dans la modernité nouvelle.
D’abord dépassée par les mouvements protestants, puis révolutionnaires et
sociaux, elle a eu le sentiment d’être disqualifiée et de devoir s’adapter à
une vérité et à des autorités extérieures.
Pour
répondre à ce défi, l’Église, alors qu’elle est elle-même source de modernité
par la Révélation, a du accueillir bon gré mal gré, tous ces mouvements de
l’évolution sociétale. Suivre et s’adapter, au risque de « perdre son
âme ». Mais, ce travail difficile permet aujourd’hui à l’Église de
retrouver peu à peu son équilibre. Elle commence à discerner dans cette
modernité ce qui vient d’elle, ce qu’elle n’a pas vu venir, ce qu’elle doit en
recevoir, ce qu’elle doit en refuser. Il est inévitable que dans une communauté
aussi vaste, les positions de chacun concourent à la recherche de la juste voie
mais aussi freinent l'émergence de questions gênantes.
Notamment,
il est aujourd'hui ces chiffres à voir, -20 et -15%, -1 et -3%, qui sont
souvent ignorés et sûrement toujours contournés. Chaque année, les tracts du Denier
de l'Église de mon diocèse annoncent 5 000 baptêmes, 2 000
communions et 1 000 confirmations ! Seconde constatation, les statistiques
publiées par la Conférence des Évêques de France[9],
révèlent que les confirmations baissent plus vite encore que les baptêmes, au
rythme de 3% par an contre 1%. A cette vitesse, en vingt ans de ministère, ce
ne sont même plus 20%, mais seulement 15% des baptisés qui ont droit à une
initiation complète. A quel pourcentage, 12%, 9%, 7% de confirmés,
rejoindrons-nous l'asymptote horizontale ? Si les sacrements sont bien « Œuvre de Dieu », premiers et
fondements de notre « œuvre pour Dieu », alors de tels chiffres
doivent interroger notre théologie pastorale. Baptêmes multitudinistes,
confirmations élitistes, le grand écart devient insupportable.
b - Pédagogique
Ces dernières décennies, le mouvement catéchétique a eu
l'immense mérite d'accompagner la révolution pédagogique en évitant à l'Église
de s'en exclure[10]. Mais, en privilégiant l’individu sur
le groupe, l’autonomie sur l’autorité, la société s’épuise à perdre tout
repère. L’Église, emportée dans ce mouvement, en subit l’onde de choc. Comment
garder le meilleur des recherches pédagogiques sans sombrer dans le vide d'une
société en panne de transmission ? C’est là, dans le cadre d’une pédagogie de
l’initiation[11] qu’en cours
de route, a été perdu la cohérence de ce rite du passage qu’était le ternaire
initiatique, vrai « seuil » entre un avant et un après, frontière
entre le dedans et le dehors. Il est urgent de le redécouvrir.
c - Théologique
Depuis Proposer
la Foi et Aller au cœur de la Foi, l'Église de France en phase avec
Rome, a réévalué positivement une série de fondamentaux passablement négligés
depuis quelques décennies : le Jour du Seigneur, la Parole de Dieu,
l’Eucharistie, la Paroisse …
Le problème
de la sincérité, de la qualité et de la vérité de la profession de la foi des
préadolescents et des parents croyants-non-pratiquants à l’occasion du baptême
de leur bébé, est une vraie question pour tout pasteur de terrain. Ainsi, nous
sommes acculés à devoir donner les sacrements non « à cause de la
foi » mais « en vue de la foi » ! Alphonse Borras parle de
« logique du guichet ».
Ces questions
récurrentes ne débouchent sur rien de concret, car il nous faudrait toucher à
certains désordres anciens véhiculés en notre Église d’Occident qui ont
conduit, en un siècle, à l’effondrement de la confirmation. Or, il ne sera ni
« Nouvelle Evangélisation » ni « Nouvelle Catéchèse » au sens
catholique, sans que l’Église ne retrouve le moyen de tendre à ce que 100% des
baptisés bénéficient de cette plénitude du don de l’Esprit-Saint, vital pour
« la force et le témoignage ». L’Église catholique se doit de
préférer « l’Œuvre de
Dieu » à son « œuvre pour Dieu », et donc de croire que les
sacrements doivent être servis dans leur vérité et non plus être manipulés,
négligés, malmenés, instrumentalisés à l'infini, au risque de l'épuisement
général.
Ainsi avec l'éclatement
occidental du ternaire initiatique, les questions essentielles de la
progressivité, de l'âge, de la maturité nécessaire pour recevoir tel ou tel
sacrement reviennent dans toutes les études.
Au sujet de l’âge du baptême, conféré également aux adultes
et aux bébés, la question de la maturité ne joue pas.
Concernant
l’âge de la première communion, elle était donnée au plus tôt à 12 ans. Dans
nombre de vie de saints, on entend la supplique des enfants repoussée par le
rappel de cette échéance alors intouchable[12].
Le décret de Pie X de 1910[13]
donne alors une réponse simple : dès l'âge de raison, l'enfant devient
responsable de ses péchés. Il doit donc se confesser. Il a donc aussi besoin et
droit, pour ce combat spirituel contre le péché et pour Dieu, à recevoir la
force de l'eucharistie.
Quant à l'âge
de la confirmation, les réponses sont plus complexes et plus désordonnées. Dès
1905[14],
fait rarement souligné, Pie X demandait que celle-ci soit aussi donnée à 7 ans
et toujours à sa place, en second dans le ternaire initiatique[15].
Encore plus étonnant, en 1932[16]
la Sacrée Congrégation des sacrements rappelait la légitimité de la coutume
hispanique et sud-américaine de confirmer avant même l’âge de raison. Enfin
dans leur Directoire Pastoral de 1951, en faisant référence spécialement à la
réalité du combat spirituel à mener très tôt dans la vie pour garder et
défendre la foi, les évêques de France[17]
réaffirmaient et l’ordre traditionnel du BCE[18]
et l’âge normal de l’âge de raison.
Malheureusement,
d’autres considérations sociologiques et pédagogiques l’emportèrent conduisant
au désordre actuel. Alors qu’à l’époque du Concile, la confirmation était enfin
donnée vers 7 ans, ce sacrement fut instrumentalisé par d’autres et reculé
jusque 14, 17 ou 20 ans pour servir d’accroche dans la pastorale des jeunes. Le
mieux étant parfois l’ennemi du bien, ce rite d’entrée pour tous est devenu en
réalité un rite réservé à un quelques adolescents à la foi bien fragile.
L’intelligence même du sacrement en est obscurcie quand, à l’expression
« je reçois la confirmation », il est préféré les expressions
« Dieu confirme ton baptême » et même pire, « je confirme mon
baptême ». Dans une tonalité toute protestante, cette confirmation est
devenue de fait, une seconde Profession de Foi.
Dernier dérapage, à mon sentiment dramatique : l’interdit imposé aux curés, en divers diocèses de France, de donner selon la Tradition et la Loi de l’Église[19] la confirmation aux catéchumènes qu’ils baptisent. Nos documents parlent encore officiellement du BCE, mais la pratique tend désormais pour tous, y compris les adultes, vers le BEC. Cette grave dérive ne pose pour beaucoup, aucun problème de conscience.
4 -
Questionnement théologico-pastoral
Une fois abordées ces questions, il faut aller plus avant dans le
questionnement théologico-pastoral mais aussi spirituel.
a –
Appauvrissement des Professions de Foi
Afin
d'assurer une « persévérance » au delà de l'âge de la puberté pour
les enfants de famille non pratiquante, la profession de foi s’est approprié
l'espace rendu disponible par l'avancée de la 1ère communion à l’âge
de raison. « Libérée » de sa seconde place dans le ternaire, la
confirmation reportée toujours plus loin dans l’adolescence voulut servir à
revaloriser ce sacrement méconnu, mais aussi, il faut le reconnaître, devint
alors une vraie « carotte »[20]
pastorale, pour maintenir en contact
les ados avec leur Église paroissiale. Des « années de
persévérances » inventées en 1930 jusqu’au recul de l’âge de la
confirmation, tout a été tenté, mais en vain, pour que cette profession de foi
ne rime pas avec sortie de l’Église.
Quant aux
adultes, chacun vit la profession de foi à sa mesure : aux catholiques
militants, celle de la Nuit de Pâques ; aux pratiquants ordinaires, celle du
Jour du Seigneur ; aux croyants non pratiquants, celle de plus en plus rare et
vraiment infiniment pauvre, à l’occasion du baptême de leur bébé. Et de nos
quotidiens et hebdomadaires de révéler cette non-intelligence du Mystère
chrétien pour la plupart de nos contemporains catholiques.
Une de nos
difficultés vient de ce que l’Église, ne baptisant plus que les bébés, a perdu
l’habitude de s’assurer de la qualité de la foi des adultes. Bien plus, le
Droit Canon l’en empêche : un adulte, juste baptisé et absolument ignorant
de tout, a « droit » à tout, mariage et baptême des bébés, sans autre
chose qu'un engagement formel dont tout pasteur honnête reconnaît l'inanité. La
« logique du guichet » marche à plein régime.
b – Des
causes plus idéologiques
A ces
causes sociétales vinrent se greffer d'autres considérations plus idéologiques.
Après la crise de 1905, l'Eglise ruinée dût chercher ses propres finances. Elle
demanda aux plus favorisés des honoraires plus importants. Péché oblige, elle
leur donna un peu plus d'apparat, jusqu'à l'institution d'un système scandaleux
de différenciation sociale avec par exemple, les 3 ou même 7 « classes
d'enterrement ». Avec les mouvements sociaux modernes, un nouveau clergé
« conscientisé » voulut corriger ces contre-témoignages si peu évangéliques.
Avantage certain, ils favorisèrent la catéchèse paroissiale, lieu neutre et
égalitaire. Mais, comme toute décision ambivalente, celle-ci s'appuya sur une
défiance idéologique envers les riches familles catholiques. Ainsi, elle
supprima leur rôle de cellule de base de l'évangélisation et de discernement
pastoral que Pie X, selon le principe de subsidiarité, leur avait reconnu. En
effet, il est sain et légitime, indépendamment de toute considération
économique, qu’aux familles confessantes, l’accès aux sacrements soit ouvert
dès 7 ans et qu’aux familles non confessantes, on demande la transition d’une
catéchèse paroissiale.
Ainsi,
contre la doctrine de Pie X qui avait introduit une distinction prenant en
compte la foi des parents, recherche de maturité et idéologie politique ont
concouru à cette homogénéisation dans laquelle nous sommes enfermés
aujourd’hui.
c – Des
attentes contradictoires et incompatibles
Sans aller
dans le détail, il faut toutefois nommer un autre blocage : nous ne
voulons ni de la tendance confessante protestante refusant le pédobaptisme, ni
pas de la tradition orientale donnant toute l’initiation au bébé. Catholiques,
nous voudrions la richesse de chacune des deux lignes, mais nous devons alors
assumer les impasses de cette position.
Nous nous
voulons « multitudinistes », généreusement ouvert à tous. Et nous
refusons une Église d’élite pour quelques purs, de type protestant évangélique,
ne baptisant que des adultes. Mais il nous faut alors assumer la fameuse
« logique du guichet » avec 90 % des croyants non pratiquants et, à
raison de moins 1% de baptêmes par an, un véritable effondrement du
« sacrement pour tous ».
Simultanément,
nous voulons aussi une sincérité des adhésions dans la ligne
« confessante ». Nous refusons alors un achèvement de l‘initiation
qui ne serait pas de qualité. La Tradition Orientale, orthodoxe mais aussi
catholique, de l’initiation complète des bébés, nous parait impossible. Toute
réflexion sur la confirmation qui proposerait un rajeunissement, et donc un déficit de formation préalable, ne nous semble pas recevable. Il nous faut alors
assumer la « logique de l’élitisme » : les moins 3% de
confirmations par an, et l’effondrement du « sacrement pour quelques
uns »
d –
Premières conclusions partielles
Une
première évidence s'impose. Il est urgent de réintroduire, indépendamment de
toute considération économique, la légitime distinction d’accueil et de
parcours selon que les familles sont pratiquantes ou non pratiquantes. Mais là
aussi, toute décision est ambivalente.
Imaginons
que nous décidions, pour éviter ces 20, 15 et peut-être un jour 5% de confirmés
parmi les catholiques, de reprendre la tradition orientale en donnant aux bébés
le BCE. C'est légitime, mais on objectera que nous allons relancer une Église
formelle.
Imaginons
donc que nous décidions de renoncer au pédobaptisme et de proposer le baptême à
partir de 15 ou 18 ans comme dans certaines Communautés ecclésiales
évangéliques. C’est pensable, mais on objectera de la légitime tradition
catholique des familles confessantes à demander la grâce du baptême pour leur
bébé. Et de plus, on pourra objecter de l’exclusion brutale prévisible de tous
les chrétiens du seuil, réelle composante de l’Église et un de nos principaux
lieux de mission notamment par la préparation au baptême.
Ainsi pour
aider à sortir d’une telle impasse, il nous faut aborder deux points nouveaux.
e - Des
âges, psychologique et spirituel
De nos
jours, âges psychologique et spirituel vont de paire. Leur convergence nous est
évidente : au bébé, par le baptême, la
naissance spirituelle, au jeune adulte, par
la confirmation, la maturité et l'engagement. En fait, seule une finalité
ecclésiologique, visant en Occident à privilégier le rôle de l’évêque, explique
l'éclatement du Ternaire et, à posteriori, la justification de l’adéquation
nécessaire entre âge spirituel et âge psychologique.
Pourtant,
ce lien n’est pas obligatoire. En effet, la Tradition veut que le catéchumène
adulte reçoive en une seule nuit, les deux dons de la nouvelle naissance et de
la maturité spirituelle. Quant aux bébés, non seulement chez les Orthodoxes
mais aussi chez nous Catholiques de rites orientaux, le simple curé leur donne
« ordinairement »[21],
et en une seule liturgie, les trois sacrements.
De manière
très suggestive, le Père Camelot[22]
évoque Thomas d'Aquin plutôt appelé d’ordinaire pour justifier cette lecture
psychologisante. Or, c’est le même Saint Thomas[23]
qui souligne que la vie spirituelle et
surnaturelle est indépendante des vicissitudes de l'âge corporel.
Confirmant la justesse de la pratique orientale, la perfection de l'âge
spirituel peut être reçue au temps de la petite enfance ou bien de la jeunesse,
et la grâce de la naissance spirituelle peut-être reçue en l'âge adulte.
Le second sacrement confère au bébé une grâce de virilité surnaturelle, dont le germe, déposé en son âme, grandira, s'épanouira et mûrira avec la croissance et la maturité physique et psychologique. En même temps que le petit enfant grandira jusqu'à l'adolescence puis à l'âge adulte, se développeront en lui les virtualités spirituelles qui en feront progressivement un adulte dans le Christ. On ne peut qu'admirer ici la divine pédagogie du Christ et de son Église !
f – Les
avis du Magistère Romain
Jusqu'à Pie
X, les fondamentaux latins sont globalement homogènes. La confirmation est le
second sacrement que l’Église autorise à partir de 12 ans, privilégiant le rôle
de ministre « ordinaire » de
l'évêque et exigeant une formation paroissiale des enfants.
Pie X,
contrairement à l’apparence, maintient cet ordre des sacrements. Mais il
introduit une distinction majeure : désormais, les familles
« confessantes » peuvent légitimement obtenir dès 7 ans, la
confirmation[24] et la
« 1ère communion privée »[25].
Les autres doivent toujours attendre la formation paroissiale suppléant à la
catéchèse familiale déficiente.
Paul VI
veut chercher une voie médiane. La « 1ère communion
privée » reste offerte théoriquement à 7 ans, seule la confirmation est
repoussée à nouveau vers 12 ans.
En fait,
par ce choix étonnant, Paul VI privilégie à nouveau la catéchèse paroissiale
contre le rôle des familles confessantes. La décision de la confirmation leur
est retirée. Mais, simultanément, dans les paroisses, la décision de la « 1ère communion
privée » vers 7 ans a déjà été de fait, retirée aux parents de familles
confessantes. Toute 1ère communion est désormais
« publique », alignée pour tous, dans le cadre de la catéchèse
paroissiale, vers 9 ans. C'est donc toute la réforme de Pie X qui se trouve
alors disqualifiée ! Sous les apparences du maintien de la 1ère
communion précoce, ce sont bien les deux sacrements qui sont progressivement
retirés aux familles et confiés aux paroisses et à ses services militants, les
patronages et les mouvements de jeunesse.
Mais, il est
évident que Paul VI n’imaginait pas que 50 ans plus tard, ce souci de la
formation des enfants chrétiens servirait de prétexte au sursaut de la ligne
pédagogique, cherchant des âges toujours plus élevés, 14, 17 ou 20 ans, et que,
dans cette dynamique, le dérapage s’introduirait jusque dans l'initiation des
adultes avec ces diocèses où les curés se sont vu interdire ces dernières
années, contre toute tradition même latine, de confirmer les catéchumènes dans
la nuit de Pâques !
La position
de Paul VI ainsi analysée, il est évident que l'enseignement constant du
Magistère exige de revenir à l'ordre traditionnel des trois sacrements et à
leur don dès que légitime. Voici un siècle, Léon XIII[26]
confirmait à l'évêque de Marseille que l'usage français ne s'accordait pas
avec l'ancienne et constante discipline de l'Église. En 1983, le
« Code de Droit Canonique »[27]
réaffirme cet ordre et cette précocité. Et
tout récemment, les trois documents du Synode sur l'Eucharistie[28]
de 2005, L'Instrumentum laboris, Les 50 propositions des
pères synodaux et L'exhortation
apostolique post-synodale de Jean-Paul II, convergent tous dans un même
appel à une remise en ordre[29].
5 – Pour
ouvrir le chemin
a - La
responsabilité de l'Église de France
Une telle
perspective pourrait faire craindre à certains de devoir en conséquence, perdre
tout l’acquis pédagogique tant travaillé dans notre Église de France. En fait,
il n’en est rien. Bien plus, il convient d’œuvrer ensemble à l’union de ces
deux essentiels, l’ordre et la précocité traditionnelle et le développement de
trajectoires adaptées aux divers âges et types d’adhésion. Ce travail ne pourra
progresser que si nous acceptons de clarifier le fait que les sacrements de
l'initiation ne peuvent plus être infiniment manipulés et réduits à de simples
« outils » permettant d’étaler tout au long d’une vie, ce nécessaire
parcours d'initiation à la Vie du Ciel.
La clef de
cette synthèse se trouvera peut-être dans une clarification non encore opérée
entre « Vie chrétienne » comme parcours d'initiation jusqu'à l'heure
de la mort, et « Sacrements de l'initiation » comme vrai
« seuil » entre un avant et un après, entre un dehors et un dedans.
Pour cela,
notre souci légitime de la pédagogie contemporaine peut retrouver dans l'époque
patristique la même conviction et des procédures nullement dépassées. Cela est
souhaitable, possible, nécessaire. Et c’est l'unique chemin de développement
catholique.
Les trois
sacrements de l'initiation, dans leur unité de temps et leur ordre traditionnel
n'ont pas besoin d'être « désintégrés »[30]
pour servir ce nécessaire dynamisme de la vie chrétienne. Bien d'autres étapes
restent à inventer. Et surtout, il ne faudrait pas négliger tout ce que la
Tradition de la liturgie nous donne :
- Avant
« l'Entrée en Église », il y a d'abord cette
approche mystérieuse d'une personne qui découvre la lumière de la Bible ou de
l’Église, et qui va un jour oser frapper à la porte.
- Dans le
temps du catéchuménat et particulièrement lors du « Grand Carême »,
juste avant les sacrements de l'initiation, l'Église lui propose un chemin
défini dans « Rituel de l'Initiation » restitué, qui nous donne le
cadre d’un magnifique parcours. Peu de confères en déclinent toute sa richesse.
Il n'y a que 4 ans que j'ai osé demander à deux jeunes catéchumènes de préparer
et de faire leur reditio du Grand
Credo de Nicée-Constantinople, devant l'Église réunie. Combien voulaient m'en
dissuader. Trop dur le « par cœur » pour ces deux femmes de 23 et 27
ans, humiliation assurée. Et pourtant, le jour prévu, tous missels fermés, du
par cœur, du fond du cœur ... quel moment pour elles et pour l'Église
accueillant dans un silence fort, cette proclamation hésitante ! Quelle
merveille ! Croire au caractère initiatique de la liturgie. Ce fut évident pour
tous. Point de créativité catéchétique originale. Juste une entrée paisible
dans un patrimoine, dans une belle et riche tradition redécouverte.
- Puis, il
y a l’essentiel, « Le Seuil » vécu dans la Profession de Foi et le
Ternaire initiatique donnés lors de la Vigile Pascale, « Le Passage »
si bien revisitée en 2003[31].
- Viennent
les 50 jours, le temps pour les néophytes, de la mystagogie. A ce jour, je n'ai
rien réussi de concret.
- Enfin,
tant pour les baptisés bébés ou pour baptisés adultes, il y a tout au long de
la vie jusqu'à l'heure de la mort ce même défi de ne pas dormir sur nos
lauriers, mais de progresser en sainteté. Depuis les origines de l'Église, avec
la plainte de Paul en Hébreux 10, 25, l'effort pour réduire la distance
pratique entre appel et réponse demeurera incontournable. Il faut que la Grâce
informe la vie. Il est ces néophytes, nombreux, qui deviennent
croyant-non-pratiquants. Il y a des chrétiens un peu dans le coma. Mais il y a
aussi chez nous cette vietnamienne, une parmi beaucoup, qui est devenue chrétienne
et qui, désormais bien formée, propose tous les 15 jours aux paroissiens un
« chemin biblique » et qui est devenue responsable du catéchuménat.
« Des
itinéraires de type catéchuménal vers les sacrements » et le « Texte
national pour l’orientation de la catéchèse en France » [32]
de 2006 disent bien ce nécessaire chemin et les beaux fruits qu'on peut en
recevoir. Mais, incontournable, il nous faudra bien trouver comment rendre au
Ternaire initiatique ce rôle clair et net du « seuil ».
b – Une
nouvelle disposition pour la Profession de Foi et pour le BCE
Pour le
BCE, comme le vivent nos frères catholiques orientaux, nous pourrions revenir à
le donner aux bébés. Mais qu'en serait-il du rôle de l'évêque et de nos fameux
parcours ?
Ce serait
tout l'intérêt de l'invention de la « profession de foi adulte »
devant l'évêque, qui nous permettrait de sortir du mythe que nous honorons si
mal par l'actuelle profession de foi de quelques pré-ados en plein
effondrement, et de ces quelques confirmations d'adolescents, émouvantes pour
les pasteurs, mais toutes aussi pauvres que le reste. En poursuivant notre
ouvrage pastoral qui allonge les préparations au mariage et au baptême des
bébés, nous pouvons proposer, puis un jour demander aux jeunes adultes, une
profession de foi devant l'évêque.
Selon le
mot du Père Hervé Legrand, OP, il faut avancer progressivement, par des
« apprentissages » :
- D'abord,
pour sortir des « je confirme mon baptême », il faudrait remplacer le
mot de « confirmation » par celui de « chrismation ». Avec
la confession en passe de devenir réconciliation et avec l'extrême-onction en
passe de devenir sacrement des malades, nous savons l'utilité de changer un
concept. De plus, comme cela existe ailleurs notamment avec la cresima
en Italie, la chrismation ferait avantageusement système avec et par sa
proximité avec notre « messe chrismale »,
- Est aussi
souhaitable l'invention, dans la ligne et les formes des « confirmations
diocésaines d'adultes », de mettre en oeuvre ces « professions de foi
diocésaines d'adultes devant l'évêque ».
-
Incontournable enfin, si l'horizon du BCE aux bébés nous effraye trop, de
commencer par rajeunir progressivement l'âge de la confirmation pour la donner
avant la première communion, soit dans le cadre de la catéchèse familiale des
familles pratiquantes vers 7 ans, soit dans le cadre de la catéchèse
paroissiale vers 12 ans pour les enfants des familles non pratiquantes.
- Restera à
poursuivre la proposition faite aux enfants et adolescents par les paroisses et
mouvements de jeunesse, avec leurs pédagogies et étapes ritualisées à
réinventer
Au terme,
en abandonnant l'utilisation du Ternaire initiatique comme outil d'étapes
liturgiques sur le chemin d'initiation à la foi, nous devons tendre à redonner
à ces sacrements, leur rôle de « geste-seuil ». Pour rythmer
liturgiquement ces chemins d'initiation de nos jeunes, d'autres outils sont
possibles. J'ai proposé moi-même des étapes[33].
Mais le champ reste vaste. Il y a ceux qui existent déjà, comme la
réconciliation et la profession de foi. D'autres qui sont remis à l'honneur,
comme la traditio et la reddito par le Cardinal Martini à Milan.
D'autres enfin sont en cours d'invention comme en témoigne la belle créativité
manifestée sur les 150 lieux de proposition d'Ecclésia 2007 à Lourdes.
B :
L’ « Œuvre de Dieu » : oser une question de Foi à propos des
deux Esprits inversés
Tout ce qui
vient de précéder dans cet article n’est pour moi, que remise en ordre plus
mûre d’un thème qui me travaille et que je travaille depuis quinze ou vingt
ans. Mais il s’agit aussi pour moi aller « plus au large, en eaux plus
profondes » dans une intelligence nouvelle des raisons de l’inertie de l’Église, identifiées par certains comme des mutations complexes de notre
Église en Occident, mais que Jean-Paul II[34]
désigne comme « l'apostasie silencieuse » de l'Europe ! La mise de
côté des questions précédemment évoquées, bien au-delà d’un simple débat
d’opinions, m’apparaît comme un empêchement, un « aveuglement » au
sens biblique du terme : il y a un « ne pas pourvoir voir », un
« ne pas vouloir voir » qui relève du Mystère du péché.
Or cette question d’aveuglement rejoint un autre domaine
d’observation de la vie de notre Église, et fait système avec celui de
l’initiation chrétienne. Depuis une dizaine d'années, comme tous les
observateurs, je suis interrogé par les nouvelles formes de l'intrusion du
surnaturel dans notre vie ordinaire, dans cette société athée, matérialiste,
positiviste. Il y a tous ces discours raisonnables, rationnels, culturellement corrects.
Il y a simultanément ces foules qui se précipitent dans les mille apparitions
mariales, et d'autres chez tous les guérisseurs et les devins ! Il est aussi un
autre lieu du ministère de l’Église qui provoque beaucoup de gène parmi les
pasteurs, ou qui plutôt, hormis quelques revues et communautés à priori
marginales et suspectes, fait l’objet d’un véritable ostracisme. Je parle de
l’exorcisme. Le prêtre-exorciste avait
quasiment disparu des annuaires diocésains dans l’après-Concile. Depuis une
vingtaine d’année et sous la pression de la demande, les évêques en ont un
renommé un. Pourtant, derrière ce
fait, il est de notoriété publique que ces prêtres, dans leur grande majorité,
n’exorcisent pas ou fort peu.
Face à ce nouveau constat, on est en droit de
s’interroger : pourquoi le Saint Esprit en la confirmation est-il donné
avec autant de parcimonie quand le combat contre le Mauvais Esprit est lui-même
mené avec autant des réserves ? En régime catholique, nous sommes bien obligés
de constater, si nous croyons vraiment à l’action de Dieu dans nos liturgies,
que cette parcimonie entrave l’action du Saint Esprit et favorise l’action du
Mauvais Esprit ! Comment pouvons-nous prétendre renouveler notre
« œuvre pour Dieu » par la catéchèse et l’évangélisation, si l'
« Œuvre de Dieu » est ainsi fondamentalement négligée.
Pour certains, mon approche d’un tel sujet ne sera pas
reçue. Mais le sujet ne me semble pas impertinent : avec une telle
question, suis-je encore dans le sujet qui m’est imparti ? Je le crois. En
effet, la question de la catéchèse est en complet renouvellement, pour toucher
tous les espaces de la vie de l’homme contemporain. Ainsi, cet ami, avocat
ecclésiastique, m’a fait comprendre combien, souvent aux seuils de l’Église,
les causes juridiques de nullité de mariage sont un vrai lieu pastoral et un
vrai lieu de catéchèse. Il en va évidement de même, quant à cet autre ministère
discret qu’est celui de l’exorcisme. Il est en ce temps, un lieu pastoral et de
catéchèse privilégié.
Ainsi, avec Saint Augustin parlant des « Deux
Cités », analogiquement, il nous faut parler des « Deux
Esprits ».
1 - Le
Saint Esprit
Je viens
d'évoquer la crise du sacrement de la confirmation. A ce jour, même si nous
l'invoquons plus, et tant mieux, cela se fait de façon limitée et dans un
parfait désordre.
Ainsi lors
d’une célébration, après l’épiclèse du clergé adressée au Père, les laïcs ont
été invités à entonner un chant adressé à l’Esprit Saint ! Beaucoup m'invitent
à ne pas pinailler, mais lex orandi lex
credendi, la plus grande justesse et l’estime de nos liturgies ne saurait
être réservée à quelques esprits un peu « tradis » !
Quant à donner généreusement la
confirmation, à chaque fois que l'on évoque les difficultés et les fragilités
de nos jeunes face à la sécularisation, à leurs amis musulmans, à l'attrait des
médias, j'entends évoquer diverses causes : leur formation, le ton de nos
liturgies paroissiales, le développement des mouvements de jeunesse, leur
accueil dans nos conseils... Bien que
j'évoque le fait que la confirmation est aussi et d'abord, l’Saint-Esprit donné
pleinement « pour la force et le
témoignage », afin que « l'Œuvre de Dieu » fonde et
féconde nos « œuvres pour lui », mille bonnes raisons sont évoquées
pour reporter toujours plus loin ce sacrement. Pourtant, avec Saint Paul, je
voudrais que 100% des catholiques puissent dire : « ce n'est pas moi qui
agit, c'est l'Esprit qui agit en moi ». Mais rien de semble pourvoir
ébranler la détermination actuelle. A partir de quel chiffre, 12, 9 ou 5% de
confirmés allons-nous nous réveiller ? Á ce jour, rien ne saurait faire plier
le postulat, le dogme ou l'idéologie établie alors que le psaume avertit que
« Si le Seigneur ne bâtit la maison ... »[35]
et que Mattieu rappelle le « Roc » sur lequel il faut bâtir, sans
quoi …
En tant que catholiques, notre
théologie des sacrements nous oblige à ne pas sans cesse contourner ce
« Signe des temps ». Vu la conscience acquise de tels enjeux, ne pas
réagir serait désormais pour moi cause de péché.
2 - Le
Mauvais Esprit
Tout le
monde parle du Diable sauf les curés. Entre le trop qui perturbe, et le pas
assez qui nie, nous avons choisi le silence. De mémoire de séminariste, je n'ai
pas souvenir d'avoir reçu grand chose qui m'arme face à la déferlante actuelle
du satanisme sous tous ses modes. « Mme Irma » est plus fréquentée
que l'abbé du coin ! Hors de nos cercles religieux, il nous faudrait tous lire
les 93 pages du rapport de la Commission Interministérielle à ce sujet[36].
Il y eut de
bonnes raisons à ce silence. L’émergence de la modernité a critiqué bien des
aspects archaïques de notre pensée et de notre vie religieuse. Devant la
sévérité de la mise en cause de la position traditionnelle préscientifique de
l’Église, notre repli a du être radical, au risque de l’excès. La
« démythologisation » a tout balayé, le positivisme a tout happé, et
nos mentalités ne s’en sont pas encore remises. L’exégèse, la théologie en ont
été profondément marquées. Les nouveaux exorcistes eux-mêmes, bien souvent, ne
reconnaissent pas l’enjeu fondamental de leur ministère et limitent leur rôle à
servir d'aumônier délocalisé de la psychiatrie. Un exorciste même m’a confié ne
pas « croire au Diable » mais à Dieu ! Pourtant, il me semble
qu'avec les distinctions entre credere
Deum, credere in Deum et credere Deo, on devrait arriver à dire
sans blasphème : « je crois que le Diable existe », qu'il n'est pas
que l'expression mythologique du mal qui habite en moi et entre nous. Jésus aux
tentations[37], dans
l’institution des douze[38],
lors de ses prédications[39]
et lors de ses nombreux exorcismes[40]
n'a pas plané dans la mythologie. C'est d'un Sauveur que nous avons besoin, et
non pas d'une grande thérapie cosmique. Coincés entre « Monsieur
Freud » et « Madame Irma », l'Église et ses ministres ordonnés
sont-ils réduits au rôle de spectateurs. Mon ministère, c'est l'Église et non
pas l'hôpital psychiatrique. C’est pourquoi, il nous est urgent de réinvestir
cette question difficile du surnaturel, dans les récits évangéliques, dans la
foi des sacrements de l’Église mais aussi dans l’inattendu de ses diverses
« manifestions », mystiques ou diaboliques, au cœur de notre monde
contemporain. Ou bien, à visage découvert, il faudrait achever la
démythologisation et nous décider honnêtement à rayer 80% de la Bible et de nos
Rituels ! N’aurions-nous rien de nouveau et d’équilibré à trouver en ces
domaines ? En attendant, je préfère qu'on se moque de moi pour ces lignes,
mais qu'au dernier jour, Saint Pierre n'ait pas à me reprocher d'avoir
abandonné mon troupeau au Loup. Vue la conscience acquise de tels enjeux, ne
pas réagir serait désormais pour moi cause de péché.
Conclusion.
Malgré
le mot étonnant de Mgr Dubost à Lourdes dans le contexte dynamique d'Écclésia
2007[41]
:
Il est vrai que toute organisation à tendance à s'auto-reproduire
mais une des causes qui fait que ça va mieux, c'est que ça va moins bien et il
faut éviter de critiquer au moment où il faut se resserrer,
il
est évident qu’en plus de l’actuel ouvrage infiniment généreux de tous, il est
urgent d'oser nommer ces deux chantiers qui détermineront l’avenir de notre
« catéchèse » au sens large.
L’un
pour travailler de façon nouvelle au « Seuil » de notre Église :
servir une Profession de Foi de qualité adaptée différemment aux confessants et
aux croyants-non-pratiquants, et rendre aux trois sacrements de
l’Initiation leur vraie identité de
« seuil ».
L’autre
pour oser un examen de conscience au sujet des deux Esprits, de notre foi dans
la vie sacramentelle et au sujet des manifestations extraordinaires du surnaturel
et de nos discernements et pratiques vis-à-vis de ce surnaturel. L’indifférence pratique à l’égard de
la confirmation et de l’exorcisme est un « signe des temps » que l'on ne
peut plus négliger, sans quoi un autre Mgr Gaidon, en 2028, écrira un
nouveau livre stigmatisant, sous les loyales générosités de 2007, certaines
inerties peu évangéliques.
Ainsi, la
réussite de notre « œuvre pour Dieu » ne pourra se faire qu’en
révélant la profondeur de ce qui ressemble à un « aveuglement » et en
opérant un travail de discernement et de conversion pour remettre en premier
« l’Œuvre de Dieu » par le don en plénitude du Saint Esprit et par la
reprise d’un combat délaissé contre le Mauvais Esprit. « N'ayons pas peur », il nous faut « Aller au
large ».
Abbé Bruno DANIEL - mars 2008
[1] P-T. CAMELOT, Spiritualité du
Baptême, Coll Lex orandi n°
30, Éd du Cerf 1960, p.243.
[2] Cardinal M. OUELLET, Archevêque de
Québec et Primat du Canada, Accommodements raisonnables et liberté
religieuse au Québec, Rapport du 30 octobre 2007
[3] Lettre des Évêques de France, Proposer
la foi dans la société actuelle, Éd du Cerf 1996, p20
[4] J-P RICARD, « La Croix »
du 30 octobre 2007
[5] J-M. LUSTIGER, Le choix de Dieu,
Entretiens avec J.L.Missika et D.Walton, Éd de Falloïs, Paris 1987.
[6] Analyse disponible sur mon
blog : http://theologipastoral.canalblog.com
[7] M. GAIDON, Un évêque français
entre crise et renouveau de l’Eglise, Éd de l’Emmanuel, 2007.
[8] Commission épiscopale de la
catéchèse et du catéchuménat, Aller au cœur de la foi, questions
d’avenir pour la catéchèse ? Éd. Bayard 2003, p14 : « Bien sûr,
il nous faudra proposer de nouvelles idées, trouver de nouveaux rythmes pour la
catéchèse, organiser de nouvelle manière notre pratique catéchétique ».
[9] Conférence des Evêques de France,
"Guide 2004 de l'Eglise catholique en France" : 1992 : 89 528
confirmations pour 449 571 baptêmes, soit 20%. 2001 : 55 916 confirmations pour
391 665 baptêmes, soit 15%.
[10] Mgr DUBOST, in France Catholique n°
3093 du 16 novembre 2007, p10.
[11] « Les itinéraires de type
catéchuménal vers les sacrements », Service National de la Catéchèse et du
catéchuménat, sous la direction de Jean-Claude REICHERT, Éd Bayard, Paris 2007,
94p
[12] Ce n'est pas sans faire penser aux
mêmes réponses données aujourd'hui aux parents ou même aux enfants qui
demandent plus jeunes à recevoir la confirmation. Sur mon blog le 25 novembre
dernier : Bonjour Père Bruno, j'ai 12 ans je suis en 5éme
à Guynemer et je prépare ma profession de foi pour juin 2008. J'ai très envie
de faire aussi ma confirmation. Je ne sais pas si c'est possible et si on peut
se préparer en dehors de la catéchèse, qu'en pensez-vous ? Louise.
Malheureusement, je sais qu’en sa ville, il lui sera imposé d’attendre encore
quatre ans, qu’elle arrive au lycée !
[13] Décret de la Sacré Congrégation des
Sacrements, Quam singulari, 8 août 1910
[14] Pie X, Petit catéchisme,
Ch.3 : « A quel âge est-il bon de recevoir la confirmation ? Il
est bon de recevoir la confirmation vers l’âge de 7 ans, parce qu’à cet âge
commencent habituellement les tentations … ».
[15] Il est étonnant de constater
comment, durant 19 siècles, la 1ère communion fut en théorie et dans
les faits, « l’achèvement » de l’initiation chrétienne. Ce n’est que
ces dernières décennies, sans même nous en rendre compte, que l’on a attribué
ce titre à la confirmation.
[16] REVEL, op.cit. p.17
[17] Directoire pour la pastorale des
Sacrements, 1951, n°33 dans REVEL, op.cit p. 20,
[18] « Baptême - Confirmation -
Eucharistie »
[19] Description détaillée des divers
rituels, rubriques et article du Droit Canon dans de paragraphe « C / Des
consignes très embrouillées" de mon document de 2004 op.cit
[20] Soeur O. SARDAT, OP, SNPLS,
Conférence à Beauvais, le 23 novembre 2007
[21] A noter que pour Vatican II,
« Lumen Gentium » n° 26, unité catholique de tous les rites oblige,
l'évêque n'est pas le ministre « Ordinaire » mais
« Originaire » de la confirmation.
[22]
P.T CAMELOT, op.cit. pp. 253-254
[23] Thomas d'AQUIN, « Somme
Théologique », IIIa, 72, 8 et 2m.
[24] Pie X, « Petit
catéchisme », 1905, Chap III : « Il est bon de recevoir la
Confirmation vers l’âge de sept ans, parce que à cet âge, commence habituellement les tentations et qu’on a assez de connaissance
pour apprécier ce sacrement et se rappeler ensuite qu’on l’a reçu ».
[25] Pie X, Quam singulari, 1910
[26] J.P REVEL, Traité des sacrements,
II. La confirmation, Éd Cerf, Paris, 2006, p15.
[27] Jean-Paul II, 1983, Can. 891 :
« Le sacrement de confirmation sera conféré aux fidèles aux alentours de
l'âge de raison, à moins que la conférence des Évêques n'ait fixé un autre âge,
ou qu'il n'y ait danger de mort ou bien que, au jugement du ministre, une cause
grave ne conseille autre chose ».
[28] Trois petits textes disponibles sur
mon blog : http://theologipastoral.canalblog.com
[29] Texte disponible sur mon
blog, op.cit.
[30]
Op.cit, CAMELOT p 242
[31] Commission épiscopale de la
catéchèse et du catéchuménat, Aller au cœur de la foi, questions d’avenir
pour la catéchèse ?, op.cit.
[32] Op.cit et TNOCF, Éd Cerf, Paris, 2006.
[33]
http://theologipastoral.canalblog.com .
En
2004, L’initiation chrétienne, une urgente remise à plat s’impose ! fut
ma réponse à la question des évêques qui, dans Aller au cœur de
la foi, demandaient « du neuf », et en juin 2006, un article dans la
revue dominicaine de Lyon, « Lumière et Vie » 207 : Redonner tout son
sens à l’initiation chrétienne : un défi à relever.
[34]
Jean-Paul II, Ecclesia in Europa, 25 octobre 2004.n°9.
[35] Ps 126-127,1 et Mt 7, 24-29
[36] « Rapport de la Commission
d’enquête sur les sectes », Parlement Français, 22 décembre 1995. Á noter
l’introduction de J-M ROULET, préfet, président de La Mission
interministérielle, Miviludes : « Pourquoi la République se préoccuperait-elle du Diable ? »
[37] Mt 4, 1
[38] Lc 3,
15
[39] Mt 13, 39
[40] Mc 5,
1-13
[41] Mgr M.
DUBOST, dans « France Catholique », 16 novembre 2007, n°3093, p10.
01 sept. 07
2006-2007 Le synode sur l'Eucharistie a bien sûr parlé de la confirmation et des 3 sacrements de l'initiation ...
Le synode sur
l’Eucharistie a bien sûr parlé
de la
confirmation et des 3 sacrements de l’initiation…
Le synode des Evêques, réuni du 2 au 23 octobre 2005, me
donne l’occasion de poursuivre l’approfondissement de ce travail rendu à Pâques
2004 sur « l’Initiation Chrétienne ».
Cet article présente :
- les trois textes publiés
- 16 et 17 de « l’Instrumentum Laboris
- 13 des « Propositions finales »
apportées à notre Pape Benoît XVI.
- et finalement, de l’Exhortation Apostolique
- quelques commentaires personnels.
I. LES TEXTES DE REFERENCE
SYNODE
DES ÉVÊQUES - XIème
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE
2-23
octobre 2005
L'Eucharistie : source et sommet de la vie et de la mission de l'Église
INSTRUMENTUM
LABORIS
Ière PARTIE
EUCHARISTIE ET MONDE ACTUEL
Chapitre II : Eucharistie et communion
ecclésiale - Rapport entre l'Eucharistie et les autres sacrements
Proposition 16 et 17 : La séquence des
sacrements de l’initiation chrétienne
16. Il existe un lien théologique entre la Confirmation et l’Eucharistie, car l’Esprit Saint conduit l’homme à croire en Jésus-Christ notre Seigneur. Afin de rendre ce lien plus évident, la pratique d’administrer la Confirmation avant la Communion a été réintroduite dans certaines Églises particulières.
L’Eucharistie est le sommet d’un itinéraire authentique de l’initiation chrétienne. Vivre en chrétien signifie actualiser le don du Baptême, ravivé par la Confirmation, en l’alimentant avec la participation régulière à la Sainte Messe du dimanche et des jours prescrits.
On observe que les prêtres sont souvent délégués pour conférer la Confirmation, et ceci a pour conséquence le risque de mettre au second plan le fait que c'est l’évêque qui en est le ministre ordinaire. De cette manière, on enlève aux nouveaux confirmés une occasion de rencontrer le Père et le Chef visible de l’Église particulière.
17. Plusieurs réponses soulèvent la question de l’âge le plus opportun pour l’admission au sacrement dans l’Église de Tradition latine, compte tenu des bons résultats spirituels et pastoraux obtenus lorsque la Sainte Communion a été reçue dans la petite enfance. Il est utile de rappeler ici la constatation du Pape Jean-Paul II dans son livre «Levez-vous, et allons !».31 Plus récemment, lui-même rappelait que «les enfants sont le présent et l’avenir de l’Église. Ils jouent un rôle actif dans l’évangélisation du monde, et à travers leurs prières ils contribuent à le sauver et à l’améliorer».32
Dans le passé, sur ce même argument, le Décret Quam singulari admettait les enfants à l’Eucharistie dès sept ans, un âge considéré comme faisant usage de la raison, quand ils pouvaient distinguer le Pain Eucharistique du pain ordinaire, après avoir accompli la première confession sacramentelle.33 Cette orientation semble aujourd’hui encore plus nécessaire du fait que l’usage de la raison, tout comme les dangers et les tentations aussi, arrivent plus précocement. Avec cette pratique, on professe la primauté de la grâce qui a apporté de grands bénéfices à l’Église, favorisant aussi les vocations sacerdotal
SYNODE DES ÉVÊQUES - XIème
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE
2-23
octobre 2005
L'Eucharistie : source et sommet de la vie et de la mission de l'Église
50
PROPOSITIONS des PERES SYNODAUX
Ière PARTIE
LE PEUPLE DE DIEU EDUQUE A LA FOI DANS L’EUCHARISTIE
Chapitre III : Catéchèse et mystagogie
Proposition 13 : La séquence des sacrements de l’initiation chrétienne.
Le lien étroit existant entre le baptême, la confirmation et l’Eucharistie n’est pas suffisamment perçu. Il est par conséquent opportun d’expliquer que nous sommes baptisés et confirmé en relation à l’Eucharistie. Il convient donc de favoriser une meilleure intégration du lien entre les trois sacrements de l’initiation chrétienne dans la célébration de chacun de ces trois sacrements, quel que soit l’ordre chronologique ou l’âge de la confirmation et de la première communion. Un approfondissent théologique et pastoral de la confirmation pourrait en ce sens être de grande valeur. Tout cela aurait par ailleurs une valeur positive dans le dialogue œcuménique.
L’âge approprié pour la confirmation pourrait être repensé. Il faudrait également voir si dans l’Eglise latine la séquence baptême, confirmation, première communion doit être observée uniquement pour les adultes ou également pour les enfants. La tradition latine, qui se différencie de la tradition orientale en ce qui concerne la séparation de la célébration de la confirmation et de celle du baptême, possède son droit propre et sa propre valeur ou sa propre importance. Par ailleurs, les différences entre les deux traditions ne sont pas de nature dogmatique. Les deux traditions donnent en réalité une réponse pratique différente à la situation identique du grand nombre de baptême d’enfants.
EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE
SACRAMENTUM CARITATIS
DU PAPE BENOÎT XVI
AUX ÉVÊQUES, AUX PRÊTRES, AUX DIACRES, AUX PERSONNES CONSACRÉES ET AUX FIDÈLES LAÏCS
SUR L'EUCHARISTIE, SOURCE ET SOMMET DE LA VIE ET DE LA MISSION DE L'ÉGLISE
I. Eucharistie et initiation chrétienne
L'ordre des sacrements de l'initiation
18. À cet égard, il est nécessaire de porter attention à la
question de l'ordre des sacrements de l'initiation. Dans l'Église, il existe
des traditions différentes. Une telle diversité se manifeste avec évidence dans
les traditions ecclésiales de l'Orient, (50) et dans la pratique occidentale
elle-même en ce qui concerne l'initiation des adultes, (51) par rapport à celle
des enfants. (52) Néanmoins, de telles différences ne sont pas proprement
d'ordre dogmatique, mais de nature pastorale. Concrètement, il est nécessaire
de vérifier quelle pratique peut en réalité aider au mieux les fidèles à mettre
au centre le sacrement de l'Eucharistie, comme réalité vers laquelle tend toute
l'initiation. En étroite collaboration avec les Dicastères compétents de la
Curie romaine, les Conférences épiscopales vérifieront l'efficacité des
parcours actuels d'initiation, afin que, par l'action éducative de nos
communautés, le chrétien soit aidé à mûrir toujours davantage, en parvenant à
donner à sa vie une authentique assise eucharistique, de sorte qu'il soit en
mesure de rendre raison de son espérance d'une manière adaptée à notre temps
(cf. 1 P 3, 15).
II. COMMENTAIRES PERSONNELS
- La proposition 16 de l’« Instrumentum
laboris » me semble pleine de
promesses.
On y trouve
beaucoup de choses :
- L’évocation des
diocèses ayant récemment réintroduit l’ordre traditionnel BCE.
- Le rappel de
l’Eucharistie, sommet de l’Initiation chrétienne.
- La mention du
fait que dans l’Eglise latine , des
prêtres sont souvent délégués pour confirmer, atténuant de fait la cause
première de la séparation des B et C en l’occurrence le rôle de l’évêque
ministre ordinaire de la Confirmation
- La question sur
l’âge opportun pour administrer la Confirmation, eu égard à l’heureux
rajeunissement (par Pie X réaffirmé par Jean-Paul II) de l’âge de la 1ère
communion. Argument de la primauté de la grâce et de l’aide à la dynamique des
vocations sacerdotales.
S’appuyant sur ces
arguments de foi (grâce), de théologie (magistère, œcuménisme ) et de pratique
, il est manifeste que le souhait implicite de l’Instrumentum laboris est de
pouvoir donner à l’enfant de 7 ans et dans l’ordre, les 3 sacrements de
l’Initiation chrétienne.
Dans les faits la
situation est plus complexe : de nombreux évêques délèguent la
Confirmation aux prêtres minimisant ainsi l’intérêt de la ligne occidentale qui
vise à privilégier le contact avec l’évêque quand simultanément certains
diocèses réintroduisent déjà l’ordre traditionnel BCE
Il semble évident
que cette proposition sous-tend implicitement la remise en ordre BCE, ce que je
pouvais ni mieux ni plus espérer, avec
le maintien de la 1ère communion dès 7 ans précédée du passage de la
Confirmation au même âge.
- Dans la
« Proposition 13 » des Pères synodaux apparaît … une non proposition.
Bien sûr, cette
proposition évoque en introduction le lien organique entre ces trois sacrements
mais sans l’expliquer. Est posée en début de cette proposition la théorie
normale, positive, mais tout le reste du texte semble soutenir tout le
contraire.
Ainsi, « l’ordre chronologique (des 3
sacrements) tout comme l’âge de la confirmation
et de la première communion » n’entrent déjà plus dans les perspectives
d’explication.
De nombreuses
questions se posent alors en lisant ce texte :
1. De quel
« approfondissent théologique et pastoral de la confirmation »
entend-on parler
2. En voulant
s’éloigner encore plus de la théologie commune, quelle perspective œcuménique
positive espère-t-on partager avec les Orthodoxes et même avec les
protestants ?
Comment ne pas
imaginer un sentiment de déception des Orthodoxes devant ce nouvel éloignement contredisant nos grands discours
œcuméniques.
Par contre,
j’imagine le sourire de nombre de protestants à qui nous reprochons de négliger
5 des 7 sacrements et qui nous voient continuer une évolution (une
dérive ?) peu charpentée théologiquement.
5. Au sujet de : « La tradition latine, qui se différencie de
la tradition orientale en ce qui concerne la séparation de la célébration de la
confirmation et de celle du baptême, possède son droit propre et sa propre valeur ou sa propre importance » je
vous renvoie directement aux arguments du texte de 30 pages cité en
introduction.
Rien de net, tout semble ouvert, mais rien n'est précis. Visiblement, il n'existe pas de convergence intellectuelle et la peur de faire vaciller le vieil édifice l'emporte sur le courage d'affronter le problème. Ce jour incontournable s'imposera bien vite. La baisse drastique des confirmations en France ( 95 000 en 1995, 50 000 en 2005, chiffres de la Conférence épiscopale ! ) l'annonce sans pitié. Alors, le chantier à mettre en oeuvre ne se fera pas sans dommages collatéraux.
- Dans
l’Exhortation Apostolique, je crois pourvoir discerner une pierre d’attente qui
me réjouit.
Le pape ne peut
pas ne pas prendre acte de l’état de la question, et de l’impossibilité des
évêques à proposer quelque chose.
Il en appelle donc à un nécessaire travail en prenant acte que l’état d’hétérogénéité des pratiques n’engage pas la théologique. Il affirme très nettement pour pouvoir mener à bien ce travail, il serait bon que tous et chacun puissent s’appuyer sur « Pierre », en son successeur avec ses collaborateurs des dicastères. Il donne la clef de la solution dans une étonnante phrase au centre du paragraphe 18, que l’Eucharistie est le « Centre-Terme » de l’Initiation. Le BCE est ainsi subtilement réaffirmé.
Abbé Bruno DANIEL, 9 septembre 2007
30 août 07
Juin 2006 Redonner tout son sens à l'initiation chrétienne : un défi à relever
Cet article a été précédemment publié dans la revue "Lumière et Vie" n°270 de juin 2006
REDONNER TOUT SON SENS À L'INITIATION CHRÉTIENNE :
UN DÉFI À RELEVER
Avec les évêques de France qui nous interrogent, je partage le constat d’un grand renouveau, mais aussi d’un sacré naufrage : 90% des fiancés n’ont aucun souvenir, quand ils l’ont suivi, de leur catéchisme. Les baptêmes baissent de 1% l’an, et malgré la beauté des fameux recommençants et les très émouvantes lettres de nos chers ados, les confirmations sont passées en 10 ans, de 90 000 à 55 000, soit moins 4% l’an.
En 20 ans de prêtrise, dans une réflexion tout à la fois très catholique et très œcuménique, j’ai réalisé trois choses :
D’abord, je suis devenu incapable de défendre la position de mon Eglise devant mes catéchistes et les frères d’autres Eglises.
Ensuite, très heureux du rappel de nos sources - Bible, Jour du Seigneur, Eucharistie - je suis convaincu qu’il nous faut aussi ouvrir le chantier des sacrements, tout particulièrement des trois gestes de l’unique initiation chrétienne, de leur unité et de leur cohérence.
Enfin, je pense qu’il nous faut dessiner un projet très audacieux et simultanément très progressif afin de redonner tout son sens à l’initiation chrétienne.
Face à un malaise omniprésent …
Lorsque j’explique aux catéchistes qu’on ne devrait plus entendre « Je confirme mon baptême », ni même « Dieu confirme mon baptême », mais bien « Dieu me confirme », et que le célébrant emploie la seconde formule, comment tenir dans une cohérence tout à la fois théologique, pastorale et diocésaine ?
Quand je rencontre mes frères chrétiens, là aussi, je suis incapable de défendre ce qu’on me demande de faire. Nous mettons déjà nos propres frères catholiques orientaux dans une situation difficile tant il est malaisé de justifier notre pratique sacramentelle devant nos frères orthodoxes. Pareillement, face aux protestants qui, dès l’orée des temps modernes, travaillèrent l’articulation entre pédobaptisme et profession de foi adulte, notre pauvre « communion solennelle » fait pâle figure.
Notre histoire est ponctuée de mille dérapages successifs, et notamment de deux brisures majeures. La première, au 4ème siècle avec B – CE, qui voulait nous dire l’importance d’un vrai contact entre l’évêque et son peuple. La seconde au début du 20ème siècle, quand Pie X engageant une 1ère correction, rajeunit la 1ère communion. Malheureusement, cette correction partielle en négligeant la confirmation, suscita une nouvelle brisure et une inversion, qui nous conduisit à la situation actuelle, B – E – C. La confirmation de plus en plus tardive s’éloigne de son vrai sens théologique. Ce qui était, et notre rituel continue de le prétendre, « la marque de l’Esprit-Saint, le don de Dieu » est devenu, moyennant un « petit complément » de Saint-Esprit, simplement une belle profession de foi et aussi, proposée de plus en plus tard, une vraie « carotte » pédagogique pour tirer les jeunes et les catéchumènes.
Quand tant d’évêques s’extasient devant les quelques lettres de jeunes qu’ils reçoivent, quand ils s’émerveillent des quelques recommençants qu’ils confirment chaque année, s’aperçoivent-ils que l’arbre cache une désertification galopante ? Selon les statistiques officielles de l’Eglise de France, on note une chute catastrophique des baptêmes et plus encore des confirmations. Seuls 20% des baptisés sont confirmés ! L’évêque latin revendiqua d’être le ministre ordinaire de l’achèvement de l’initiation, confirmation ET 1ère communion, pour 100% des catholiques. Il voulait manifester la dimension épiscopale de l’Eglise particulière. Quinze siècles plus tard, son vicaire général donnant lui-même la confirmation, l’évêque a perdu l’exclusivité de ce sacrement et ne confirme plus que 10% de son Peuple.
Résultat, non seulement le ternaire initiatique est mis à mal, mais il n’est pas impossible que cette situation soit une des premières causes de notre misère. Le Directeur National du Catéchuménat lui-même reconnait le nombre de néophytes qui ne seront jamais confirmés. Et pourtant, la dérive continue. Ces dernières années, on constate pour les jeunes de nouveaux reculs de l’âge de la confirmation et, pour les adultes son report après la nuit de Pâques. Jusqu’où irons-nous pour justifier notre bienveillance pédagogique ? La théologie n’est pas là pour cautionner nos errements mais elle doit être à la source même du sens et de la cohérence de notre démarche.
Eclairé par un siècle de travail catholique et œcuménique, il est urgent de garder le meilleur de Pie X et de corriger ses effets négatifs. A l’appel de nos évêques en 2003, il faut poursuivre le travail « en imaginant de nouvelles idées, en trouvant de nouveaux rythmes pour la catéchèse, en organisant de nouvelle manière notre pratique catéchétique »
… proposer une trajectoire catéchétique en trois moments …
- Initier les bébés. Il faut revenir aux finalités premières de l’ordre sacramentel : Dieu qui veut se donner. Avec les orthodoxes, mais aussi les catholiques orientaux, donnons à nos bébés, l’ensemble BCE, et que les prêtres le fassent ordinairement.
- Offrir une catéchèse pour les jeunes de 7 à 21 ans. Pour les jeunes ‘éveillés’ à la foi, ayant reçu le BCE bébé, le petit enfant doit continuer de communier normalement, comme chez les orientaux. Puis, réaménageant nos actuels ‘éveil à la foi’, ‘catéchisme’ et ‘aumônerie’, avec des étapes liturgiques tous les deux ans, nous lui proposons ce type de chemin :
- A 8 ans, après un début d’éveil à la foi, ‘Entrée officielle en formation chrétienne’. -
- A 10 ans, catéchisé, il sait le prix du Pain : célébration de sa ‘Première-communion-solennelle’. -
- A 12 ans, comme à tout âge, s’engager est utile et légitime. Il faut garder la traditionnelle ‘Profession de foi’.
- A 14 ans, l’Eglise le charge de scruter et de proclamer la Parole par et dans sa vie quotidienne : ‘ Remise de la Bible’. C’est aussi, avec diverses associations, l’âge de prendre un ‘Service d’Eglise et dans la société’: célébrons-le.
- A 16 ans, la ‘Traditio’ du Credo de Nicée-Constantinople : en âge d’approfondir sa foi, il se prépare à la ‘Reditio’.
- A 18 ans, majeur, c’est la ‘Remise de la Croix’ : il confesse la sagesse du Christ qui a manifesté sa puissance dans sa faiblesse.
- A partir de 21 ans, instituer une Profession de foi adulte. Devenu plus autonome de sa famille, le jeune peut célébrer solennellement sa‘Reditio’. Dans l’une de ces 5 grandes assemblées diocésaines instituées lors du Temps Pascal, il rencontre aussi des adultes en plein réveil religieux et des fiancés qui préparent leur mariage. Il écrit sa‘lettre de demande’ à l’évêque. Puis il professe sa foi, communie et échange avec lui le baiser de paix. Il achève ainsi son « initiation objective et subjective »; son introduction est signée. A lui désormais d’écrire le reste du livre de sa vie. Notamment, l’Eglise peut compter sur lui pour assumer les 4 responsabilités canoniques du chrétien : devenir parrain ou marraine, avancer vers le mariage, les vœux ou l’ordination.
Des passerelles. Certes, avec l’actuel désordre, peu vivront complètement ces trois étapes et il faudra des années pour confirmer les 80% de catholiques non confirmés. Des cursus adaptés sont donc aussi à inventer pour les autres.
Il y a les ‘consommateurs’ plus ou moins disposés, demandant le mariage ou le baptême d’un bébé, et dont beaucoup n’ont jamais fréquenté la moindre catéchèse. Poursuivant l’évolution des préparations, les paroisses leur proposeront sur 12 ou 18 mois des rencontres sur la Bible, le credo, la prière, les sacrements, la vie chrétienne… Ils seront ensuite invités à écrire à l’évêque et à rejoindre les grandes assemblées de printemps pour leur profession de foi. Alors, ils pourront se marier à l’Eglise ou professer la foi pour leur bébé.
Certains trouveront cette ‘Reditio’ un peu superficielle : on ne s’éveille pas en quelques mois à la foi vive, surtout quand la célébration du mariage semble en dépendre ! Certes, mais l’acceptation d’une préparation longue et d’un déplacement pour la célébration diocésaine avec l’évêque, permettra une meilleure profession de foi, bien supérieure à celle que nous acceptons actuellement des parents au baptême de leur bébé.
Il y a les recommençants de tous âges. Tel jeune non chrétien ou juste baptisé qui s‘éveille, peut rejoindre le cursus des étapes prévues et la préparation aux sacrements, notamment avec le rituel du baptême en âge de scolarité. Tel autre, en plein réveil à 48 ans alors qu’il avait tout arrêté à 12 ans, est rentré sur la pointe des pieds ; il peut se joindre aux jeunes adultes et fiancés dans ce chemin de profession de foi adulte. Il est invité à écrire à l’évêque.
L’exigence pourrait effrayer : pourtant une réelle audace pastorale est seule en mesure d’enrayer le déclin en cours et même de valoriser ce souci latin du lien direct entre l’évêque et son peuple. Ce ne sera plus par 1000 lettres d’ados, voire moins avec l’actuel recul de la confirmation, mais par 3000 ou 5000 lettres de jeunes adultes que ce contact sera enrichi.
… au service d’une plus grande cohérence.
Des signes encourageants semblent précéder cette prise de conscience.
Les grandes recherches et orientations de la Conférence Episcopale - allongement des préparations au mariage et pour le baptême des bébés, catéchèse de toute la vie, organicité de toute l’Eglise - s’inscrivent comme acte de réception des trois nouveaux rituels du baptême des bébés, des jeunes et des adultes. Dans d’autres pays comme en Italie, des parcours de 7 à 21 ans fonctionnent. Il existe aussi en France et ailleurs, des rajeunissements de la confirmation avant l’âge de 7 ans.
Ainsi, il nous faut abandonner les reculs successifs de la confirmation des ados et dans un premier temps, la ramener avant, ou avec la première communion.
Quant aux adultes, nous avons à distinguer la confirmation des catéchumènes que l’Eglise situe naturellement au cœur de la nuit de Pâques, de celles des recommençants qui est proposée par certains diocèses au cours du Temps Pascal.
Notre Eglise a voulu redonner tout son sens théologique et réorienter l’intelligence de la réconciliation et du sacrement des malades en les renommant. De même, pour la confirmation, il serait bien plus explicite, en lien avec la messe « chrismale », de la renommer « chrismation ».
Depuis des siècles, la Tradition nous dit que Dieu se donne dans cette cohérence théologique originelle du BCE. Dans l’esprit du ‘commonitorium’ de Vincent de Lérins, tout un courant plus vivant qu’on ne le croit, cherche et espère un progrès théologico-pastoral respectueux de cette identité. Seule cette obéissance nous rendra une « convergence de vue » (Jean-Paul II, NMI, 45) et la communion œcuménique tant recherchée. Puisse le Seigneur nous rassembler tous dans l’unité de la foi, et que 100 % des chrétiens de toutes confessions puissent recevoir le don de Dieu, l’Esprit-Saint.
Abbé Bruno DANIEL, diocèse de Beauvais - juin 2006
Avril 2004 L'initation chrétienne, une urgente remise à plat s'impose !
L’INITIATION CHRÉTIENNE
Une urgente remise à plat s’impose !
"Allez au coeur de la foi"
Secrétariat de la Conférence des évêques de France
106 rue du Bac
75341 PARIS cedex 07
Chers Pères,
Voici déjà quelques années que j’ai entamé une réflexion sur ces sujets passionnants et ai commencé à travailler ce texte, toujours en dialogue avec mon Eglise diocésaine en toutes ses composantes. Je ne m’attendais pas à recevoir, avec tous ceux qui sont engagés dans l’œuvre apostolique, cette question directement de la Conférence des évêques de France. Avec tous ceux qui auront la joie de répondre à cette invitation, je veux, d’abord, remercier le Seigneur de ce qu’il nous est donné de vivre en ce temps de grâce.
Avec Monseigneur Claude DAGENS, dans sa présentation de la ‘Lettre aux catholiques de France’ en 1996 [1], je crois que toutes ces collaborations sur la proposition de la foi nous dépassent. Elles n’obéissent à aucune stratégie, elles sont seulement une manifestation de la liberté de cette foi en Jésus-Christ qui nous fait vivre au service de l’Eglise, et de chacune de nos Eglises locales. Je partage sa joie profonde.
Voici donc ma contribution :
‘L’initiation chrétienne, une urgente remise à plat s’impose !’
Bien que personnelle, elle est le fruit de 18 années passionnées de pastorale avec mes frères et sœurs chrétiens.
A la grâce de Dieu.
Père Bruno, Diocèse de Beauvais.
L’INITIATION CHRÉTIENNE
Une urgente remise à plat s’impose !
INTRODUCTION
La crise, c’est la crise
I. LES LIEUX DE NOTRE IMPASSE
A. les lieux du malaise
- à propos du mariage
- à propos du baptême
B. un langage qui se cherche
C. des conséquences très embrouillées
D. des pratiques ankylosées
- de la dimension diocésaine
- de la personne de l’évêque
II. CATHOLIQUES LATINS ET OECUMENISME
A. Evolution historique et identités réciproques
B. La trajectoire occidentale
- la trajectoire des mots
- des pistes incertaines
C. La trajectoire orientale
D. Un appel œcuménique
- de la nécessité du dialogue
- Une vision commune
III. PROPOSITION GLOBALE
A. Au niveau de la sacramentaire
- chrismation : changer le mot
B. Sur le plan de l’ecclésiologie
- perte ou gain pour la ligne catholique ?
- servir mieux encore ceux qui arrivent
C. un projet global pour les 7-21 ans dans un chemin de 0 à 77 ans et plus
- adapter les âges de la profession de foi et des sacrements
- baliser un chemin
- exemples de chemin :
· pour jeunes de famille ‘éveillée’
· pour les ‘recommençants’
D. La confirmation, un sacrement en deux moments
CONCLUSION
- l’Église au risque de la sévérité
- un rêve un peu fou
NOTES
BIBLIOGRAPHIE
¤ - ¤ - ¤
INTRODUCTION
La crise, c’est la crise.
Le moindre article, le meilleur ouvrage, tous sont d’accord, et ne sont d’accord que sur ce point : la demande de sacrements ( baptême, mariage, confirmation … ) est en baisse constante. Je crois que derrière cette crise particulière se cache une crise générale qui se manifeste à la fois dans la société et aussi dans l’Eglise. L’évolution de la théologie-pastorale au cours de siècles en Occident et l’émergence du monde moderne, Lumières, sécularisation, mondialisation, nous ont peu à peu fait dévier de nos sources au point que nous avons peine à trouver une position équilibrée aujourd’hui. Et c’est très logiquement que notre Eglise de France s’est engagée dans une profonde réflexion sur la manière de ‘Proposer la Foi’ dans notre société moderne.
La baisse des demandes de baptêmes des bébés et des très jeunes enfants de 1% par an, que la démarche catéchuménale de certains adultes ne compense pas, n’est qu’un des éléments révélateurs de la crise sociétale identifiée en 1996 dans la ‘Lettre des évêques de France’. Cette crise touche aussi l’Eglise : 20% seulement des catholiques sont aujourd’hui confirmés, nombre de fiancés demandent le sacrement du mariage sans n’avoir suivi aucune formation religieuse.
Ce malaise se manifeste également dans notre propre langage.
Comment ne pas être interpellé par cette invitation à réfléchir , lors d’une formation diocésaine, sur le thème ‘Initier aux sacrements de l’initiation’, ou par le langage désordonné autour de la Confirmation qui selon l’intervenant variera entre ‘je confirme mon baptême’, ‘Dieu confirme mon baptême’, ‘Dieu me confirme’.
Se posent alors deux questions principales:
- celle du chemin de toute la vie, jusqu’au jour de la mort et du passage
Etre initier à la Foi chrétienne c’est avancer dans l’Alliance, dans le Mystère tout au long de sa vie. C’est la vocation humaine à Dieu et nous sommes tous, sans cesse, dans cette démarche à l’initiation à la foi.
- celle, à court et moyen terme, des étapes de ce chemin
Cette autre dimension est plus conjoncturelle et circonstanciée ; ce sont les propositions relatives à ces étapes de la vie chrétienne et particulièrement l’accès aux sacrements et notamment à l’accès aux trois sacrements de l’initiation chrétienne.
Ces deux dimensions qui portent le même nom, initier, apparaissent aussi dans l ‘évolution de notre usage du mot ‘catéchèse’. Nous venons d’une culture où la chrétienté avait mis en place les 4 années de catéchisme, nous évoluons désormais dans une culture où la catéchèse accompagne toute vie du cherchant Dieu, du catéchumène, du néophyte et de tout membre de l’Eglise.
Proposer la foi c’est vraiment redéfinir les différents sens de ces mots. Cela implique un nouvel ordre de la Pastorale, une remise à plat de bien des pratiques tant dans l’ordre de la sacramentaire que dans l’ecclésiologie. C’est à cet ouvrage que notre Eglise travaille. Nos évêques dans leur lettre ‘Aller au cœur de la foi’ nous y invitent explicitement :
‘Bien sûr, il nous faudra imaginer de nouvelles idées, trouver de nouveaux rythmes pour la catéchèse, organiser de nouvelle manière notre pratique catéchétique. Sur ce plan, nous restons à la fois modestes, humbles et profondément heureux de constater la générosité et la créativité dont font preuve les personnes en charge de la catéchèse’ … ‘Aller au cœur de la foi’.
Notre réflexion, typique de notre Eglise de France, cette recherche de cohérence, doit aussi être éclairée par la pensée de tous les autres catholiques et même de tous les chrétiens de la terre, de même que notre travail viendra à intéresser, nous l’espérons, les autres catholiques et autres chrétiens.
Dans l’inconfort du malaise actuel, des convictions nouvelles se forgent et attendent d’être mises en ordre, des évolutions collectives sont prêtes à faire système. Nous ne partons pas de rien. Ma réflexion rejoint les efforts de tous. Ce projet doit être chrétien, riche d’Evangile, de Tradition, de Magistère, de ‘Sensus Fidei’.
Curé en mon diocèse, je ne prétends pas, dans ces pages, faire œuvre universitaire ni mal redire ce que d’excellents articles apportent comme matière sur ce sujet. Je souhaite aborder cette question centrale de l’Initiation et humblement apporter ma contribution à ce thème en proposant un exemple de Pastorale adapté aux nouvelles donnes de notre société.
I. LES LIEUX DE NOTRE IMPASSE
Dans cette société en crise qui, nous l’avons déjà évoqué dans notre introduction, voit le nombre de nouveaux baptisés chaque année baisser, où les mariages se font à l’église sans qu’aucun des fiancés ne soient gênés par l’absence totale dans sa vie de la prière et de l’eucharistie, où de plus en plus de funérailles se font civilement, comment ne pas nous interroger sur les écueils de notre système et regarder en face la crise interne qui nous mine.
Il ne s’agit donc pas de quelques difficultés, mais d’un grave malaise général qu’il est urgent d’oser affronter. A la croisée des évolutions de l’Eglise d’Occident et du monde moderne, nos orientations nouvelles, nos corrections de trajectoire, engendrent plus d’effets secondaires négatifs que de résolution des problèmes.
Nous hésitons pastoralement, craignant les conséquences des choix que nous avons à opérer. Nous sommes figés, indécis entre deux exigences apparemment incompatibles : rejoindre le plus grand nombre … sans affadir l’exigence chrétienne. Quantité et qualité, ou encore Eglise confessante et pourtant multitudiniste, le problème n’est pas nouveau.
Autrefois, il y avait les ‘chrétiens des 4 temps’ : baptême, communion, mariage et funérailles. Avec le recul du catéchisme, nous en sommes arrivés aux ‘chrétiens des 3 temps’ : baptême, mariage et funérailles. (Parfois, souvent désormais, des concubins demandent le baptême pour leur bébé. Il ne restera pour eux, parents, que baptême et funérailles, ‘chrétiens à 2 temps’ !
Aussi, il y a ce devoir de trouver une pastorale cohérente qui reconnaisse l’existence concrète des individus et prenne en compte les demandes de nos deux publics : celles des quelques jeunes de familles pratiquantes et celles de tous ceux non pratiquants, qui suivent nos catéchèses et nous rejoignent de plus en plus nombreux en cours de route. Sans parler de tous ces adultes qui demandent mariage pour eux et baptême pour leur bébé, quasiment sans avoir reçu eux-mêmes aucune catéchèse et sans avoir jamais eux-mêmes professé la foi chrétienne, certains sans avoir été eux-mêmes baptisés !
A - Les lieux du malaise
- à propos du mariage
L’effondrement du catéchisme fait que de plus en plus nombreux sont les chrétiens qui viennent se marier, munis de leur seul certificat de baptême.
Quand l’un des fiancés n’est pas chrétien, on présente à l’évêque le dossier de mariage en vue d’obtenir une dispense, ce qui se fait toujours simplement si la forme canonique est respectée.
Mais quand, dans cette même hypothèse, l’autre fiancé (la partie chrétienne !), n’est que baptisé, la liste des manques devient hallucinante : il ou elle n’a suivi aucune catéchèse, n’a jamais participé ou assisté à une eucharistie dominicale, n’a jamais lu un passage de Bible (juste entendu 2 ou 3 fois lors de tel baptême ou telles funérailles), ne connaît pas le Notre Père, n’a jamais fait ni sa profession de foi, ni aucune profession de foi un quelconque dimanche, n’a même jamais dit ni même entendu le Credo, et bien sûr, n’a jamais reçu la confirmation ni le Pain de Vie, sans parler de son point de vue général souvent indifférent sur le sujet. Où va-t-on ? Si la préparation au mariage doit ordinairement faire tout cela, c’est bien un constat de quasi-mort qu’elle annonce ! Aujourd’hui, dans bien des cas de mariage, nous faisons porter la dimension pascale de cet autre sacrement, pour le meilleur et pour le pire, sans plus rien d’autre qu’un baptême de bébé pour un seul des conjoints ! Ne faudrait-il pas que chaque curé envoie à son évêque, mille et mille demandes de dispense bien plus conséquentes pour indifférence religieuse et initiation naufragée … de la partie chrétienne !
Un abus fréquent complique toute volonté de qualité.
Nos lois canoniques prévoient souvent, qu’au jugement du pasteur, des exceptions soient possibles. Malheureusement, s’appuyant sur une telle possibilité, contre l’esprit de la loi, l’abus fréquent conduit à une habitude perverse qui veut que ces exceptions soient perçues comme la norme légale minimale et donc suffisante.
En poussant ainsi, force est de constater finalement que l’usage laisse entendre qu’on peut faire l’impasse sur la confirmation[2]. Et de fait, seulement 20 % des catholiques sont confirmés dans notre diocèse ! Et il en va de même de l’eucharistie [3]. Seulement 50 % des catholiques font leur première communion. Et nous savons bien que cela ne donnera pas l’habitude à la plupart de recevoir l’eucharistie comme le pain de leur route. C’est ce que vivent sereinement 80 % de nos chrétiens.
Ainsi le vivons-nous habituellement en confiant le ministère du mariage à une population aussi peu ‘fondée sur le Roc’. Notre Eglise latine tout entière serait-elle tellement engluée dans ses contradictions qu’elle aurait fait le deuil théorique de sa base sacramentelle ?
Le mariage à l’église est un droit que nos simples baptisés revendiquent sans aucun état d’âme.
Le code de Droit canon de 1983, C.1065.1, stipule : ‘Les catholiques qui n’ont pas reçu le sacrement de confirmation le recevront avant d’être admis au mariage, si c’est possible sans grave inconvénient’. Cet article est une reprise quasi mot à mot du canon 1021.2 de 1917.
En Italie, encore fréquemment, et rarement en France, la mentalité populaire savait qu’il fallait être confirmé pour se marier à l’Eglise. Nombreux étaient les jeunes qui, de fait, continuaient vaille que vaille, poussés par leurs parents, leur ‘persévérance’ jusqu’à ce sacrement pour pouvoir un jour se marier à l’Eglise.
Mais comme à l’habitude, le code prévoit l’exception, et selon la pente de la facilité, celle-ci est devenue la règle. Et puisqu’on peut ‘légitimement’ se passer de la confirmation et de l’eucharistie, le dérapage va à son maximum : de quel droit exigerait-on le baptême, sur quelle cohérence ? Au terme de cette évolution, nous connaissons tous de ces couples où aucun des deux n’est baptisé et qui sont, de bonne foi (sic), scandalisés de ce que l’Eglise ne veuille pas les marier !
Plus difficile encore. Autant je suis en parfait accord avec la doctrine de l’Eglise quant au non-accès aux sacrements pour les divorcés remariés, autant je suis choqué qu’on laisse désormais habituellement les fiancés démarrer dans le mariage sans avoir reçu la totalité de l’initiation chrétienne.
Des conséquences paradoxales en découlent. Suite aux échecs du mariage, 35 % de divorces en France, ces simples baptisés, non confirmés et non communiés, contractent souvent un second mariage civil. Il n’est pas rare qu’en chemin, ‘recommençants’ à s’intéresser à leur foi chrétienne, ils nous demandent la confirmation et l’eucharistie, auxquelles ils n’y ont plus droit, tout comme la réconciliation. Nous leur avons laissé porter le signe de l’alliance du Christ et de l’Eglise, le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, du baptême dans le mariage, sans s’assurer des bases acquises et que leur amour soit fondé sur le Roc : la vie de l’Esprit-Saint et la force de l’eucharistie. La tempête a soufflé, ma maison s’est écroulée, elle n’était pas bâtie sur le Roc, et c’est notre faute. Elle ne pourra jamais plus l’être. Et notre Eglise, acceptant cet abus de l’esprit du Droit Canon, trouve cela légitime, légal. Ce n’est pas normal.
- à propos du baptême
Au sujet des baptêmes de bébés, je n’ose évoquer les nombreux parents qui ne sont pas eux-mêmes baptisés, mais là encore, la lettre de la loi, devenue norme suffisante, n’exige rien d’autre à l’extrême, qu’une bonne information, un simple consentement et l’espoir relativement fondé (sur quoi ?) d’une future catéchèse [4].
Nous savons cependant que seulement 50 % des bébés baptisés feront leur catéchisme et leur première communion.
Paradoxalement, sur les anciens registres encore en fonctionnement, reliquat de l’époque antique des baptêmes d’adultes, la signature des parents n’est même pas prévue.
Bref, parfois avec un réel désir religieux, mais souvent sans désirer le baptême pour eux-mêmes, ces parents peuvent, avec un bon parrain, demander le baptême pour leur enfant !
Or il était déjà fréquent que des parrains ou marraines ne soient pas confirmés. Avec le recul de la catéchèse, il devient courant qu’ils soient tout juste baptisés et, que nombreux soient ceux qui sont simplement non-baptisés ou carrément d’une autre religion.
Devant l’impossibilité dans nombre de familles de trouver des parrains idoines, c’est à dire pouvant attester au moins ‘de la croyance et des deux communions’, il m’arrive devant la complexité pastorale du dialogue, de chercher des solutions bizarres. Quand une des deux personnes choisies ne peut être parrain, il est devenu d’usage de l’inscrire comme témoin. Sur les imprimés, cela est même déjà prévu. Bien sûr, nous savons que la famille ne fera finalement pas la différence.
Une fois, les deux candidats parrain et marraine étaient l’un musulman et l’autre baptisée sans catéchisme. Comme il m’était impossible de renvoyer les deux personnes déjà publiquement désignées dans la famille, je demandais aux jeunes parents du bébé de proposer une troisième personne qui serait ce jour-là, le répondant, le parrain ou la marraine officielle pour la liturgie. Le jeune couple me proposa l’arrière-grand-mère ‘qui avait tout fait’ et, après qu’ils l’aient consultée, j’inscrivis les trois noms, deux témoins et une marraine. Bien sûr, même si on a bien compris les doctes explications du curé, pour la famille, se seront les deux témoins qu’on appellera parrain et marraine. Au terme de cette dégringolade, dans le même abus de la loi, le parrainage finira par être facultatif [5].
A l’extrême, des païens peuvent obtenir simplement un baptême de bébé ! Et si nous voulons garder un minimum d’exigence, les familles ont bien compris qu’avec un peu de patience, elles trouveront toujours un curé d’accord pour faire, le sacro-saint accueil étant roi, ce qu’on attend de lui. La ‘chasse au curé’ n’est pas prête d’être fermée !
B. Un langage qui se cherche.
Autrefois, l’aspect collectif, l’intégration à la chrétienté, la pratique des rites de passage, n’appelaient pas, comme maintenant, à une profession de foi moderne, subjective, des adultes. Dans une société où, en principe, tous étaient baptisés, on appartenait de fait à la chrétienté. Depuis la première rédaction de ces mots, la « Lettre des évêques de France » de 1996 [6] souligne cet état de fait.
Ainsi, aujourd’hui encore, et malgré le progrès intervenu par la création des deux rituels de baptême pour bébés et pour enfants et le rituel de l’initiation chrétienne des adultes, nous n’avons toujours pas réglé le problème de la profession de foi.
Le seul critère reste l’idéologie à la mode en matière pédagogique. On joue avec les mots. Lors d’une récente formation de catéchistes et animateurs, on se demandait « comment initier aux sacrements de l’initiation » (sic) ! On peut pousser la manipulation à l’extrême. Pourquoi dans cette ligne, ne pas attendre 18 ans pour confirmer ?
Finalement, qu’ils n’aient jamais suivi de catéchisme ou bien qu’ils aient fait une profession de foi à 9, 12 ou 15 ans et quelle que soit leur conviction religieuse, qu’ils se soient arrêtés de toute vie liturgique, ou bien encore qu’ils soient pratiquants réguliers à 21 ou 25 ans, ces adultes baptisés bébé se retrouvent, quel que soit leur itinéraire personnel, avec les mêmes devoirs et les mêmes droits !
Aujourd’hui, nous n’avons pas encore trouvé la bonne façon de dire la distinction entre le don de Dieu (‘objectivité’ des sacrements) et l’expression de la foi (‘subjectivité’ de l’accueil de ce don par l’adulte). Les problèmes de langage le manifestent. Nous essayons de faire disparaître l’expression ‘Je confirme mon baptême’, en proposant, puisque les deux gestes sont toujours espacés dans le temps, ‘Dieu confirme mon baptême’. Pourtant, c’est ‘Dieu me confirme’ ou plutôt, ‘Dieu m’oint, Dieu me marque du Saint-Chrême’ qui devrait être spontanément l’expression juste.
Comme en Italie avec la ‘cresima’, le choix du retour au mot ‘chrismation’ serait déjà une victoire. Une telle décision réaliserait et manifesterait le début de la correction de notre trajectoire.
C. Des consignes très embrouillées
Notre utilisation du ‘ternaire initiatique’, de plus en plus bizarre théologiquement, ne pourra jamais être reçue ni estimée par les orientaux, et ils ont bien raison ! Le dialogue avec les catholiques d’autres rites et l’œcuménisme avec les chrétiens des autres Eglises est la perspective dans laquelle nous devons réfléchir les réalités de la foi. La rencontre avec les autres chrétiens, orientaux en l’occurrence, est le lieu de l’interpellation sur nos pratiques liturgiques respectives. Avec le renouveau du baptême des adultes, le rituel tend à privilégier l’ordre BCE. Pourtant les diocèses ne manquent pas où l’évêque lui-même demande, dans la tradition occidentale, et malgré le canon 866 aussi juste qu’impératif, qu’on lui réserve habituellement, en la reportant de quelques semaines ou d’un an, la confirmation des néophytes.
De façon logique, en 1964, Vatican II [7] fait de l’évêque le ministre ‘originaire’ et non pas ‘ordinaire’ de la confirmation. Ce concile œcuménique concerne tous les rites catholiques.
En 1971, dans son introduction au rituel de la confirmation, Paul VI ne s’intéresse qu’à la forme du sacrement qui nécessite onction ‘et’ imposition des mains. L’Ordo confirmationis n°11 en reste aux problématiques anciennes.
En 1983, le nouveau Code de droit canonique n’évoque qu’une seule fois au canon 842 §2 et en trois lignes, le lien intime des sacrements de l’initiation et n’en tire aucune norme canonique. Au canon 882, §1, l’évêque est ministre ‘ordinaire’ et non pas ‘originaire’ de la confirmation. Nous sommes en régime latin. Pourtant, à la fin de ce canon et au canon 883, §1, 2 et 3, le prêtre est reconnu, dans certaines circonstances, lui aussi, ministre ordinaire !
En 1996, les notes doctrinales et pastorales de l’édition française du nouveau rituel manifestent bien ce malaise en nous faisant tourner en rond. Il est vrai qu’elles doivent interpréter, en fonction des évolutions de la problématique, un Ordo initiationis christianae adultorum qui est de 1972.
Par exemple, p.141, n.211, RR34 – Selon un usage ancien, toujours observé dans la liturgie romaine, un adulte ne sera pas baptisé sans recevoir la confirmation aussitôt après le baptême (n.47), sauf si une raison grave s’y oppose.
Le n.47, p.22, RR44, précise – Il faut souhaiter que (l’évêque) lui-même, autant que possible (...) célèbre les sacrements de l’initiation lors de la veillée pascale.
Mais alors, que devient le ‘aussitôt’ quand dans la majorité des cas, c’est en paroisse que l’adulte est initié ? Doit-on remettre la confirmation à une assemblée diocésaine présidée par l’évêque ? Ou bien le curé doit-il s’exécuter et donner toute l’initiation à la veillée pascale ? La réponse semble donnée p.23, n.49, RR46 – En l’absence de l’évêque, le prêtre (…) qui baptise un adulte (…) lui donnera aussitôt la confirmation, à moins que ce sacrement ne doive être reporté à une autre date (n.59) note18.
La note 18 renvoie au rituel de la confirmation, p.17, n.24, RR7 qui rappelle que ‘le ministre ordinaire de la confirmation est l’évêque. C’est lui qui, habituellement, donne la confirmation. Ainsi la confirmation est plus clairement reliée à la première effusion de l’Esprit-Saint au jour de la Pentecôte’. On peut remarquer que la référence sélectionnée [8] fait l’impasse sur la précédente p.16, n.22 (sans RR !) du rituel de la confirmation qui parle de l’évêque ministre ‘originel’ de la confirmation.
Quant au renvoi en n.59, p.25, RR56, il mentionne ‘que l’on peut, en certains cas, renvoyer la confirmation vers la fin du temps de la mystagogie, par exemple au dimanche de la Pentecôte (nn.211 ; 241). Et la boucle est bouclée par le renvoi au n.211 déjà en tête de cette petite liste.
Il invitait à ne pas scinder, sauf raison grave, les trois gestes de l’initiation ! Les habitués du droit canon savent la différence entre les formules souples qui en appellent à la créativité, et les rappels rigoureux qui veulent éviter les dérives sur des points essentiels. Ainsi, reporter de façon exceptionnelle la confirmation peut se concevoir, l’imposer de façon ordinaire ne respecte ni l’esprit ni la lettre de la loi.
En ce qui concerne l’autre renvoi au n.241, la démarche est tout aussi confuse. Quelle que soit la porte d’entrée, on finit par tourner en rond.
La difficulté, qu’on aurait pu croire œcuménique, se révèle donc bien être d’abord un problème de cohérence interne au monde catholique.
D. Des pratiques ankylosées.
Les laïcs qui rejoignent les pasteurs dans les préparations au mariage et au baptême font vite l’expérience douloureuse du vide spirituel de la plupart des demandes de sacrement. Le titre et le contenu de l’ouvrage de Monseigneur Hyppolite Simon, ‘Vers une France païenne ?’ décrivent bien notre problème. Comme le disait l’un des animateurs de la préparation au mariage : ‘ils se disent croyants-non-pratiquants, mais ce jour-là, ils sont plutôt pratiquants-non-croyants !’ Nos animateurs doivent vite passer de l’aide gentille au curé, à l’engagement spirituel fort pour tenir dans ce type de service quasi catéchuménal.
- de la dimension diocésaine
Contrairement à l’apparence, l’expression de cette dimension diocésaine qui devrait être manifestée par l’achèvement de l’initiation par l’évêque lui-même, n’est aujourd’hui que très pauvrement réalisée.
De fait, peu, très peu de chrétiens sont confirmés. Aujourd’hui, à peine la moitié des baptisés fait son catéchisme. De ceux qui viennent demander le mariage chrétien, pas même la moitié a reçu une ou deux fois dans sa vie l’eucharistie, et seulement 20 % a reçu la confirmation et donc rencontré l’évêque et la dimension diocésaine que cela implique. Si donc l’onction du baptême n’est pas confirmation selon la doctrine latine, c’est que notre Eglise n’initie plus convenablement que 20 % de ses baptisés.
Désordre plus grand encore pour les quelques néophytes mis habituellement et contre la règle [9], de côté la nuit de Pâques pour être confirmés par l’évêque lui-même quelques semaines ou années après. Et nous savons que beaucoup seront rapidement perdus de vue.
Un directeur national du catéchuménat évoquait la question en 2001 [10].
C’est aussi une expérience locale [11]. Ce Mardi Saint, le clergé a écouté, entre autres, la responsable diocésaine du catéchuménat entourée de deux membres de son équipe locale, personnes que je connais bien pour avoir collaboré huit ans, dans la même Aumônerie de l’Enseignement Public, comme aumônier et elles, en tant qu’animatrices d’équipe de jeunes.
Dans son exposé, cette responsable nous disait: ‘Nous faisons l’apprentissage de l’humilité et de la patience : leurs [ les catéchumènes ] projets ne sont pas les nôtres et inversement. En septembre dernier, nous attendions une jeune baptisée de Pâques, nous pensions la mener à la Confirmation cette année et elle n’est pas revenue. D’autres priorités dans sa vie. Nous avons à nous remettre en question en permanence, c’est quelques fois un peu fatigant. Avons-nous fait tout ce qu’il fallait ?’ Il me semble que devenues accompagnatrices de catéchuménat, ces anciennes animatrices d’équipes d’adolescents n’envisageaient le chemin du catéchuménat des adultes que comme un chemin long, toujours en devenir, au cours duquel les sacrements devaient être reçus l’un après l’autre, quand les personnes seraient mûres, au risque de n’être jamais vécus. Dans cette perspective, les sacrements sont autant de moyens concrets pour jalonner et entraîner les catéchumènes plus loin, quand le baptême obtenu, ils ne disparaissent pas. Le parcours des adultes apparaît, donc, tout simplement copié sur la pédagogie élaborée pour les adolescents.
Ce qui doit être source de vie dans l’Esprit Saint et tenir lieu de signe fort de l’Eglise, l’onction réservée par et à l’évêque, ne concerne en fait que 20 % de son Eglise. Une misère !
Pour les chrétiens ordinaires, concrètement, l’Eglise, c’est d’abord leur paroisse, où, ‘tous’, selon l’expression d’Alphonse Borras, devraient trouver le minimum nécessaire pour devenir chrétiens’. Donc au moins l’initiation !
En fait, c’est aujourd’hui par les célébrations diocésaines, par la participation à la mission pastorale des Mouvements et Services, par la vie des Conseils, par la participation aux formations et grandes assemblées diocésaines, que nombre de catholiques militants découvrent concrètement tout à la fois la dimension diocésaine et le rôle de l’évêque ! Il y est bien un pasteur à l’œuvre pour une Eglise.
Comment faire pour que l’évêque soit reconnu par tous, et non seulement par les pratiquants et militants, comme le pasteur du diocèse ? Pour la plupart des autres, une brève rencontre, un courrier, une célébration, devient la part normale, et il est évident que ce ne peut être plus.
Même si nous nous réjouissons du nombre relativement important de nos confirmés par rapport à celui d’autres diocèses, nous le voyons, la dimension diocésaine ne parle de fait qu’aux militants, aux quelques jeunes et recommençants confirmés chaque année. Sur tout un diocèse, cela ne représente que 10% de chrétiens directement rencontrés.
Nous sentons bien la difficulté théologique et pastorale quand de tels chrétiens se présentent à nous pour assumer une responsabilité en Eglise : l’animation catéchétique, mais aussi le parrainage, le mariage, les vœux et l’ordre. Comment leur donner ainsi une charge alors qu’ils n’ont pas reçu l’initiation.
Face à ce bilan, ces nouvelles orientations pastorales permettraient à un plus grand nombre de chrétiens de prendre conscience de la réalité du diocèse et du ministère de l’évêque en vivant pleinement les trois gestes de l’initiation sacramentelle en paroisse puis leur profession de foi devant l’évêque.
Comme évoqué pour la trajectoire des chrétiens orientaux, en laissant au curé le soin de donner toute l’initiation, l’évêque est resté l’évêque, et le diocèse, le diocèse. Tout est clair. Il ne semble pas que ces Eglises manquent de dimension diocésaine du seul fait que ce n’est pas l’évêque qui confirme. C’est fort de cette évidence que le Concile Vatican II a pu ratifier l’antique discipline des sacrements en vigueur dans ces Eglises. Au paragraphe 13 du Décret sur les Eglises orientales catholiques, il est fait mention du prêtre désigné comme ‘le ministre du Saint-Chrême’. Révélateur, me semble-t-il, d’un certain malaise, la construction grammaticale du texte emploie l’expression ‘ce sacrement’ sans la faire précéder, comme il conviendrait, du mot ‘confirmation’.
- de la personne de l’évêque
L’autre enjeu concerne la personne même de l’évêque.
Aujourd’hui, alors que seulement 20 % des baptisés sont confirmés, l’évêque n’en confirme lui-même que la moitié puisqu’il en délègue ordinairement l’autre moitié à ses vicaires généraux. Le fait-il de bon cœur pour partager humblement sa charge, c’est que la thèse ecclésiologique est très relative ! Le fait-il parce qu’il ne peut tout faire lui-même, c’est que l’évolution se poursuit, et que la théorie doit suivre.
De fait, lorsque l’évêque vient dans une communauté et qu’il y a trop de candidats, il demande à un ou d’autres prêtres de confirmer avec lui. C’est une situation intermédiaire entre celle de la confirmation donnée par l’évêque lui-même et celle de la délégation pleine du sacrement en son absence. Il y a là délégation en sa présence. L’important pour dire la dimension diocésaine n’est plus qu’il confirme lui-même, mais qu’il soit là.
Parfois, contrairement à ce qui est prévu dans les notes du rituel de l’Initiation chrétienne des adultes [12] , le choix du prêtre concélébrant ne porte pas volontairement sur le pasteur habituel de la communauté avec qui la confirmation a été préparée. De même, lorsque les confirmands sont trop nombreux, le choix d’un prêtre autre que celui du lieu, marque fortement la prérogative de l’évêque même, comme nous l’avons vu, contre l’esprit et la lettre de la loi.
Finalement, l’évêque lui-même n’oint que la moitié des adolescents baptisés, soit 10 % du total des baptisés de son diocèse ! Ce qui devrait être son premier souci passe derrière une question seconde qui absorbe toute son attention : pour manifester la dimension diocésaine et contre le rituel de la confirmation [13], le pasteur habituel de la communauté, curé ou aumônier, ne doit pas être le pasteur qui confirme.
Il en va de même en ce qui concerne la confirmation annuelle des adultes recommençants et adultes néophytes. Normalement, sauf ‘raison grave’ [14] , ils auraient du être confirmés la nuit de leur baptême ! Ces dernières années, ayant été réservés pour la célébration diocésaine, leur grand nombre a poussé l’évêque à donner la confirmation aidé de trois autres célébrants !
Cette question plutôt théologique et pastorale, relève aussi de sentiments très humains, ce qui ne veut pas dire sans spiritualité : les prêtres désireux d’un contact direct et vivant avec les personnes, s’inquiètent aussi d’être éloignés de leur communauté de base ! Bernard Pitaud, PSS, expert en la matière, témoigne : ‘Dans les périodes de changement, on perd les points de repère habituels. Si la question : ‘y a-t-il un spécifique du prêtre ?’ est posée, c’est moins parce qu’il y aurait un doute radical sur le rôle spécifique du ministère presbytéral dans l’Eglise, que parce qu’on voit moins bien la manière concrète dont s’exerce le ministère. … On ne comprend bien que ce que l’on vit. On ne peut pas fonctionner de manière suffisante uniquement sur le registre abstrait. Représenter le Christ-Tête, oui, mais comment ?’ [15]
De même pour l’évêque : au travers des 20 % des baptisés, et finalement 10 % qu’il oint lui-même, en majorité adolescents, ce dernier réalise une véritable tournée pastorale annuelle de son diocèse [16] qui lui donne de rencontrer au moins quelques jeunes et leurs familles. En ces temps difficiles, c’est du concret qui rassure et réjouit. Le témoignage des évêques devant l’importance des courriers et de ces contacts manifeste bien tout ceci.
II. CATHOLIQUES LATINS ET OECUMENISME
Heureuse Antiquité où l’Eglise encore indivise, parlant de baptême, entendait parler de l’Initiation en ses trois gestes. L’auteur de la belle ‘catéchèse de Jérusalem aux nouveaux baptisés’ que l’Eglise nous donne en nourriture et enseignement à l’office des lectures du vendredi de l’octave de Pâques, n’hésite pas : ‘Vous êtes devenus des christs en recevant l’empreinte de l’Esprit-Saint (…) une fois que vous êtes remontés de la piscine sainte, eut lieu la chrismation, image exacte de celle dont fut marqué le Christ’.
Notre histoire chrétienne a éclaté, nos Eglises se sont divisées. Notre Eglise catholique affirme que l’unité voulue par le Christ subsiste de façon inamissible en elle [17] et pourtant rien ne peut se faire sans démarche, sans sagesse œcuménique, sans recevoir la richesse et l’interpellation des Eglises orthodoxes et des Communautés ecclésiales de la Réforme. Chacune de ces trois lignes, catholique, orthodoxe (et catholique-orientale) et réformée (ou moderne), doit voir sa richesse reconnue. Elles sont plus complémentaires qu’étrangères et l’unique Esprit y parle.
Aussi, pour creuser notre sujet, je préfère m’en tenir aux deux aires culturelles occidentale et orientale de notre Eglise catholique.
A. Evolution historique et identités réciproques
Comment pouvons nous repérer les marques de cette évolution ? ( cf : annexes en fin de texte )
Pendant longtemps, l’ordre BCE avait été maintenu.
A cause du risque de mourir sans baptême, le bébé recevait le plus vite possible ce sacrement des mains de son curé. Mais pour manifester le diocèse et le rôle de l’évêque, ce dernier donnait la confirmation plus tard. On trouvait alors un bon argument en Saint Paul (1Co 11, 29) qui demande que l’on ‘discerne le Corps du Christ’, pour justifier le retard de la communion.
Là encore, la cohérence des arguments n’était pas recherchée. L’évolution pratique devait seulement être justifiée. De fait, ou bien il faut savoir ‘distinguer le Corps du Christ’ pour communier, mais donc aussi pour professer sa foi et être baptisé … ou bien, l’on peut être baptisé bébé sur la foi d’autres adultes, et logiquement, on doit pouvoir communier aussitôt, même inconscient. On reçoit la vie et la nourriture qui va avec, c’est ce que vivent logiquement les chrétiens catholiques et orthodoxes d’Orient ! Pas moins, mais pas plus non plus, que pour le baptême, l’âge de raison n’est nécessaire à la confirmation. Si nous soutenions l’inverse, il nous faudrait rejoindre les Anabaptistes et ne baptiser que des adultes et donc demander aux Orthodoxes et Catholiques orientaux de cesser leur pratique !
L’évolution du XXème siècle est tout aussi passionnante. En 1910, Pie X demande la communion fréquente et surtout dès l’âge de raison. Cela veut dire que la première communion était alors plus tardive, vers les 11 ans. On entend souvent dire que la ‘Communion Solennelle’ a été inventée par Saint Vincent de Paul. C’est faux. Dans la suite du Concile de Trente, ‘l’École Française’ avait inventé une ‘Première Communion Solennelle’, ce qui n’est pas du tout pareil. Et celle ci, mais il faudrait poursuivre les recherches, devait être immédiatement précédée de la confirmation.
Avec Pie X, une ‘première communion privée’ est donc instituée. Mais comme pour toute réforme, il faudra des décennies pour que celle-ci entre dans les mœurs. Dans les années 1950, au témoignage de curés âgés, nombreuses encore étaient les familles qui maintenaient la pratique de la première communion à 11 ans, la vraie première communion. Pour les autres, la ‘petite-communion’ ou ‘communion-privée’ était peu à peu entrée dans les mœurs.
Bien sûr, l’ancienne, la solennelle demeurait. Devenue la ‘grande-communion’, le clergé, pour combler le vide, en fit peu à peu, une utile profession de foi. Celle-ci devait encore être précédée de la confirmation donnée, selon la mémoire de certains anciens, la veille au soir. Mais on trouve encore, en 1961, dans les ‘Documents Catéchétiques’ dirigés par le R.P.Papillon, une série de photos étonnantes dans le dossier n°9 ‘la confirmation’. On y voit un évêque donnant la confirmation à des adolescents … revêtus de l’aube blanche des professions de foi ! Il a donc aussi cette autre figure pastorale de la ‘profession-de-foi-confirmation’ ou peut-être ‘confirmation-profession-de-foi’ ? Dans le dossier n°13 ‘la profession de foi’, ‘non seulement cette profession de foi est une profession de foi de baptisé, mais très souvent aujourd’hui les enfants admis à la communion solennelle sont déjà confirmés’.
Un prêtre âgé me rapportait que dans le diocèse de Bourges, en 1955, l’évêque passait tous les 3 ans, pour sa visite pastorale au cours de laquelle, il donnait la confirmation. La recevaient, les enfants de 3ème année de catéchisme, ceux de 4ème année et les persévérants. Seuls les professants de 4ème année et les persévérants étaient revêtus de l’aube. Il pouvait aussi se faire, selon son témoignage, que la confirmation soit donnée la veille de la profession de foi, ou bien 2 jours après la communion solennelle, comme pour lui en 1928.
C’est dans les années 1965 que l’on voit poindre un renouveau de la confirmation ‘sacrement de la croissance’ : toujours pour des raisons secondes d’ordre pédagogique, celui-ci est reporté plus tardivement dans l’adolescence, d’abord 11-12 ans puis 12-18 ans. En résulte deux appauvrissements : non seulement, on communie sans avoir reçu l’Esprit Saint, mais désormais, on doit professer sa foi et mener le bon combat sans avoir reçu ce même Esprit. Pour avoir le droit de corriger cet état de fait, sans toucher au dogme actuel, et ouvrir encore plus la fourchette d’âge, certains demandent que l’âge de la confirmation s’étende de 7 à 18 ans. Par le rajeunissement obtenu, ils pourraient obtenir ce qu’ils cherchent : remettre la confirmation avant la 1ère communion, ainsi s’assurer qu’elle sera de toute façon reçue et éviter ce qu’ils vivent eux-aussi comme un drame, que 80 % des enfants de leur catéchisme décrochent à 11 ans en ‘ayant tout fait, monsieur le curé’ … sans être confirmé ! Qu’on ne réussisse pas à faire progresser le taux de pratiquants n’oblige pas à laisser nos pré-adolescents dans un état d’initiation aussi bancal.
B. de la trajectoire occidentale
La ligne catholique latine avait privilégié une perspective ecclésiologique : favoriser, en période d’agrandissement de l’Eglise, le contact de tous chrétiens au ministère de l’évêque. Et nous avons accepté d’utiliser et même de réduire la confirmation à cette fin.
Dans le monde catholique occidental, des siècles avant la fixation du nombre des sacrements, nous avons divisé les trois gestes de l’unique liturgie de l’Initiation en trois sacrements. Il fallait préserver, signifier l’Eglise locale et le rôle de l’évêque. Finalement, pour ne pas trop retarder la communion, nous avons osé, puis pris l’habitude d’inverser le ternaire B.C.E. en B.E.C.
Un deuxième usage ‘subjectif’ est peu à peu apparu.
Avec l’expression ‘ad robur’ (pour rendre fort, robuste), l’intérêt fut d’abord spirituel (du combat contre le mal), puis missionnaire (force pour témoigner), puis pédagogique (durer dans la catéchèse) et finalement quasiment psychologique (expression plus mûre de la foi du jeune). ‘Il était en tout cas fatal qu’il convînt de lier la confirmation à la psychologie religieuse et de trouver des raisons autorisant et même fondant le délai de la confirmation’ [18]
- La trajectoire des mots.
On trouve dans la Catéchèses Mystagogiques de l’Eglise de Jérusalem [19] . ceci : ‘Par la chrismation, le baptisé devient ‘Christ’’… pour vous : une fois que vous êtes remontés de la piscine sainte, eut lieu la chrismation, … car il m’a consacré par la chrismation ; … Dieu, ton Dieu, t’a consacré … c’est de ce parfum qu’on te chrisme symboliquement sur le front et les autres organes des sens. Tandis que ton corps est oint de parfum visible, l’âme est sanctifiée par le saint et vivifiant Esprit’.
Alors que le mot ‘crésima’ demeure aujourd’hui en Italie, il faudrait s’intéresser à cette période obscure de transition pour savoir comment le langage a glissé en France de la ‘chrismation’ à la ‘confirmation’ au sens si différent :
- ‘Firmus’ : qui a de la consistance, vigoureux, robuste, qui nous ramène au ‘ad robur’ de la même époque !
- ‘Firmare’, o : fortifier, rendre solide.
- ‘Confirmatio’ : selon le R.P. Papillon, O.P., ‘confirmer’ veut dire ‘fortifier, affermir, rendre solide’..
Et peu à peu la confusion s’installe. Puisque l’Esprit est à l’œuvre dans le baptême, on en vint à penser qu’il est déjà un peu là et que la confirmation complète et achève seulement ce don. On va donc inconsciemment jouer sur les mots.
Aujourd’hui, le sens originel du mot est oublié. Le sens subjectif l’a emporté. Tous, jeunes, parents, catéchistes et même parfois les ministres de l’Eglise parlent de ‘confirmer son baptême’, bref, de professer ce qui avait été reçu inconsciemment lors du baptême. La confirmation pour tous quasiment, tient alors lieu de seconde profession de foi. L’idée d’un don conjoint à celui du baptême d’un adulte, a cédé la place à un mot adapté pour l’onction d’un adolescent ou d’un adulte baptisé bébé qui, arrivé à l’âge de raison, est désormais engagé dans le combat spirituel et le devoir de témoignage. Tel évêque, conscient du problème, préfère l’expression : ‘Dieu confirme ton baptême’. Mais cette avancée n’est pas suffisante. Quelle formulation inventer, quand, un soir de Pâques, cet évêque donne lui-même simultanément ces deux sacrements ?
Mais alors, que se passe-t-il si l’Esprit est quasiment déjà donné au baptême et que, pourtant, un nouveau geste est nécessaire ? Que veut dire cette onction post-baptismale du saint-chrême sur le front du bébé baptisé ?
Autrefois, semble-t-il, le prêtre oignait le corps, laissant à l’évêque le soin d’oindre plus tard le front en signe d’achèvement de l’Initiation. Donc, la confirmation était donnée et complétée par sa manifestation diocésaine. J’ai un heureux souvenir d’avoir vu un prêtre Arménien apostolique donner à un bébé dans mon Eglise, les trois sacrements de l’initiation. Pour la confirmation, il oignait non seulement la tête, mais aussi tout le corps. D’une sorte de petit pinceau, il badigeonnait les sens, les membres, tout le corps du bébé, accompagnant ces gestes d’autant de prières que nous en avons pour la grande signation des catéchumènes. Magnifique.
Surgissent alors d’autres questions liées aux pratiques actuelles !
Lorsque des évêques demandent aux prêtres qui baptisent des adultes à Pâques, de ne pas donner la confirmation, se la réservant pour plus tard, durant le Temps Pascal, ou pour une année suivante, tout le monde sait qu’il y a une grosse déperdition en route : ‘Si le nombre de catéchumènes qui demandent le baptême est en hausse, explique le P.André Dupleix, directeur du service national du catéchuménat, il y a par contre une nette baisse des demandes de confirmations. Cela veut dire que nous ne suivons pas assez les catéchumènes (sic ! faut-il les appeler ainsi ou néophytes ?) après leur baptême’ [20]. Et, par cette critique, il me semble bien vite s’exonérer d’une question sur notre catéchuménat, sur notre conception du catéchuménat et sur notre théologie des sacrements.
Quand nous questionnons les protestants sur leurs positions relatives aux sacrements, il nous serait bien difficile de répondre à de semblables questions posées par les Eglises orthodoxes, alors même que nous prétendons partager la même doctrine sur les sacrements !
Et encore, lorsque je baptise à Pâques un adulte et qu’un de mes évêques se réserve pour plus tard la confirmation, que se passe-t-il le soir de Pâques ?
Je dois quand même, dans un tel cas, donner à cet adulte une onction post-baptismale du saint-chrême sur le front. Quelle signification donner au geste que j’accomplis ? J’ai du mal à me convaincre qu’il ne s’agit pas en fait d’une confirmation, même si je n’ai pas le droit de le dire ou de le croire.
Pourtant, il est possible que tout ce désordre laisse apparaître des pistes d’évolution très saines !
Sous prétexte de Pastorale des Jeunes, de recherche de qualité et de maturité, la confirmation la plus fréquente, celle des ados, est de plus en plus détournée de sa fin propre ; elle est utilisée de fait, et est comprise par le plus grand nombre comme une sorte de deuxième profession de foi. Elle est proposée telle une vraie ‘carotte’ pour faire patienter les ados.
Si donc la confirmation sert de seconde profession de foi pour les grands ados, c’est qu’une telle profession de foi "de grand" semble à beaucoup de plus en plus nécessaire. Inutile dans la chrétienté d’autrefois, la nécessité d’une telle prise de parole personnelle, apparaît avec l’Humanisme, la Réforme, les Lumières, la Révolution.
L’encyclopédie des catéchistes, Thabor, évoque page 21 l’apparition du catéchisme : ‘L’Occident se réveille au XV et XVI° siècle … cela favorise alors une renaissance du sujet : un intérêt nouveau pour l’homme, pour l’individu, pour ce qu’il peut trouver et penser par lui-même’. La tension née de la Réforme, et du devoir de choisir sa Confession de foi, va stimuler cette évolution. ‘L’instruction religieuse systématique doit permettre à chacun de savoir ce qui est nécessaire au salut’. Bien vite, il ne faudra plus seulement savoir, mais admettre, choisir. Le monde moderne est là.
- Des pistes incertaines
Parfois, on entend dire que la confirmation donnée par l’évêque serait simultanément l’achèvement de l’initiation chrétienne et la confirmation elle-même. On laisse entendre également que l’onction donnée par le prêtre au moment du baptême serait une partie de cette confirmation alors inachevée.
Autant, la doctrine des trois degrés d’un unique sacrement de l’ordre est fondée, autant il me semble que l’on assiste là à une tentative de justification à posteriori qui ne s’appuie, à ma connaissance, sur aucune tradition magistérielle ni théologique.
Quant à la proposition de pouvoir confirmer dès 7 ans. Pourquoi pas ? Citant l’Ami du Clergé, 1919 p1221, dans son commentaire du ‘Code de Droit Canonique’ de 1939, Adrien Cance rapporte [21] : ‘Quant à la question de savoir s’il convient de différer la confirmation jusqu’au temps de la 1re ou 2e communion solennelle des enfants… c’est une difficulté d’ordre tout particulier que ne touche point expressément le Codex… Tout ce que l’on peut dire à coup sûr, en règle générale, c’est qu’il faut procurer le bénéfice de la confirmation aux enfants le plus tôt possible après l’âge de sept ans.’ Il rapporte de lui-même la citation du Codex qui dit : ‘Dans l’Eglise latine, l’administration de la Confirmation est différée opportunément (convenienter) jusqu’à l’âge de sept ans environ (c. 788), et on ne peut l’administrer avant cet âge que dans les deux cas suivants … le péril de mort ou le jugement du ministre, pour des raisons justes et graves’. Cance continue de lui-même : ‘Il est pourtant permis, en raison de la coutume, dans l’Espagne et l’Amérique Latine, de donner la Confirmation avant l’âge de raison, même immédiatement après le baptême .’ [22] Même après l’âge du baptême ! On trouve des choses étonnantes dans notre histoire, comme cette coutume hispanique, sûrement antique pour être ainsi reconnue par Rome. Et cela me rassure un peu sur mon compte : à la charnière de ces époques de rajeunissement puis de vieillissement des âges, j’ai moi-même reçu en 1965, la première communion à 5 ans et 10 mois et ai été confirmé à 6 ans et 8 mois !
Ce qui est gênant dans cette proposition n’est donc pas la précocité de l’âge, mais de maintenir une fourchette de 7 à 17 ans qui manifeste que le fond du problème n’est pas réglé et que chacun peut faire ce qu’il veut.
Bref, tout ceci témoigne que dans l’actuelle confusion, le magistère ayant défendu diverses positions, chaque curé peut faire selon sa propre conviction en privilégiant plus ou moins l’un des deux axes de l’initiation chrétienne, celui de l’éducation pour les tenants de la maturité, celui de la conversion pour les tenants de la précocité.
Tout ceci témoigne aussi que nos évêques ne savent toujours pas ce qu’il faut dire à leur clergé.
Pour néanmoins justifier théologiquement tout ceci, autant en 1961 qu’en 2004, on affirme que l’Esprit Saint est déjà ‘dans une certaine mesure’ donné dans l’onction du baptême, et qu’à la confirmation, il y en a un peu plus, pour compléter. Nous l’avons déjà évoqué, c’est une piste nouvelle et dangereuse.
Osons opérer un retournement salutaire, vers le bon sens, en reculant l’âge de la profession de foi et en avançant l’âge de la confirmation.
D’abord, il faut le redire et le souligner, la profession de foi est de création récente, survenue après Pie X, quand la ‘première-communion-solennelle’ des enfants de 11 ans s’est trouvée vidée de contenu par la ‘première communion-privée’ des enfants de 7 ans. Tout à la fois par résistance des familles, qui ne voulaient pas perdre l’occasion d’une fête aussi importante, que par la nécessité du monde moderne d’en venir à faire exprimer personnellement la foi à l’âge de raison, les pasteurs ont fait évoluer cette célébration des grands vers notre profession de foi. C’est là la vraie époque de l’invention de la profession de foi, et non pas avec Saint Vincent de Paul comme on l’affirme trop rapidement aujourd’hui. Du reste, dans son cours d’initiation catéchétique en second cycle à Issy les Moulinaux, le Père Yvon Aybram, curé de Saint Cloud, donne un tableau faisant apparaître la profession de foi en 1910.
De fait, aujourd’hui l’évolution tend à reculer la profession de foi, qui à 11 ans paraît trop précoce, vers l’âge de13 ans, ce qui semble mieux adapté.
On peut remarquer qu’en Alsace, en proximité de la Réforme pour qui la confirmation équivaut à profession de foi, la profession de foi des jeunes catholiques se fait vers 15 ou 18 ans !
On peut remarquer aussi que l’âge canonique légal pour être parrain [23] est de 16 ans accomplis, ce qui semble induire pour l’Eglise Catholique que l’âge actuel de la profession de foi, selon notre coutume française, n’est pas suffisant pour valoir ce qu’elle prétend être ! Quand plus loin, je parlerai de l’ouverture des 4 droits, c’est dans cet esprit que je les évoquerai.
Il est probable que ce sera à terme, vers 21-25 ans qu’elle devra un jour être proposée, quand le jeune, travailleur ou étudiant, a déjà suffisamment quitté le berceau familial.
Libérée de cette charge de devoir porter la profession de foi des grands, la confirmation sera libre de redevenir d’abord elle-même. Nous retrouverons alors la liberté d’utiliser la confirmation selon le projet initial de Dieu : donner Sa Vie à l’adulte qui professe la foi ou bien donner Sa Vie au bébé dont les parents professent leur foi.
La prise de conscience de ce vrai et grave désordre, alors même que nous en avons perdu conscience, peut donc être source d’un bien à venir. Elle souligne de plus en plus la nécessité de distinguer ‘objectivité’ du sacrement [24] et ‘subjectivité’ de l’adhésion de foi par l’homme moderne adulte, et par conséquent d’inventer les formes modernes de la profession de foi.
C’est dans ce monde occidental que l’interpellation de la Réforme est survenue. L’émergence progressive dans le peuple, et non plus seulement chez les élites, de l’affirmation des droits de la personne a eu un retentissement considérable, d’abord déstabilisant mais dont nous pouvons aujourd’hui chercher à recevoir le fruit.
Certaines de ces Communautés Ecclésiales, doutant alors du sérieux de la confession de la foi et de l’engagement à instruire les enfants, préférèrent instruire leurs jeunes avant de recevoir leur profession de foi pour les introduire au sacrement du baptême. D’autres communautés acceptèrent de baptiser les bébés et de leur demander dans l’adolescence une profession de foi appelée … confirmation.
C. de la trajectoire orientale
La ligne réformée a protesté, au seuil de la modernité, de l’incontournable profession de foi de l’individu adulte.
La ligne orthodoxe n’a pas été confrontée à cette question moderne et a maintenu une perspective liturgique et sacramentelle fondamentale. Le bébé n’a demandé ‘ni la vie de la terre’ ; ‘ni la vie du ciel’, et l’on n’attend pas pour l’éduquer, ni encore moins pour le nourrir, qu’il sache le demander raisonnablement. Ainsi, et bien avant l’âge de raison, il est bon que l’humain encore bébé, reçoive la nourriture terrestre et les sacrements du Salut.
Dans leur monde, les Eglises orientales, orthodoxes mais aussi anté-chalcédonniennes, et même catholiques de rite oriental, ont privilégié la cohérence traditionnelle du ternaire sacramentel d’initiation donné en une seule liturgie. Le curé de la paroisse donne baptême, confirmation et eucharistie de façon ordinaire.
Devrions-nous craindre, selon la logique occidentale, l’affaiblissement du signe épiscopal comme pôle axial de l’Eglise locale ? Je défie quiconque d’en trouver les signes !
Le lien du chrétien à son diocèse, à l’Eglise locale, ne se fait plus, ne se manifeste plus comme autrefois par l’achèvement dans les mains de l’évêque, de l’initiation chrétienne. Le prêtre allait jusqu’à oindre le corps de saint-chrême, l’onction de la tête était réservée à l’évêque.[25] En Orient, ce lien est légitimement et efficacement médiatisé par le rôle du prêtre. Lieutenant de l’évêque, celui-ci a été ordonné par lui. Il a reçu de lui, au cours de la messe chrismale, le saint-chrême (si bien évoqué au Décret sur les Eglises orientales catholiques, § 13). Il prie à chaque messe en communion avec lui et pour lui. Il reçoit de lui le ministère d’une communauté. Les évêques ne sont pas alors les ministres ‘ordinaires’ de la confirmation, mais ils en demeurent, et c’est l’essentiel, les ministres ‘originaires’. Le Concile Vatican II, en LG 26, se montre là encore naturellement très orthodoxe alors que le canon n° 882 du Code de droit canonique de 1983 en reviendra au terme ‘ordinaire’ !
Rien ne fera changer ces Eglises d’Orient de leur fidélité à cet ordre traditionnel.
Peut-être un jour, notre forme de modernité répandue sur ces terres, ces Eglises éprouveront-elles le besoin de vérifier, elles aussi, la véracité de la foi de leurs adultes par une profession de foi solennelle personnelle.
Comme ‘on n’entre totalement dans la communauté chrétienne que lorsqu’on a rencontré personnellement l’évêque’ [26] c’est dans le monde moderne, lors de la profession de foi des adultes que le chrétien devrait professer sa foi devant l’évêque, communier à la même table et échanger le baiser de paix avec lui. Ces trois gestes ratifieraient, achèveraient, confirmeraient (!) l’initiation qui se ferait ordinairement dans les paroisses. Alphonse Borras nous rappelle qu’elles sont, à l’instar du diocèse, et avec les aumôneries d’internat, les seules communautés ecclésiales de plein droit, car on y trouve tout pour tous, c’est-à-dire l’essentiel et le minimum nécessaire pour devenir chrétien et faire Eglise.
D.Un appel œcuménique
Une conséquence étonnante surgit.
Dès le début, nous avons voulu nourrir notre réflexion à la lumière des identités et des richesses, des autres Eglises et Communautés Ecclésiales chrétiennes. Ce travail nous a amené à repenser , entre autres, notre compréhension de la confirmation. Si cette nouvelle manière d’appréhender ce sacrement aboutissait dans notre monde catholique latin, les autres Eglises de rites catholiques, de rite orthodoxe, protestant et les communautés ecclésiales ne seraient-elles pas, elles aussi, appelées à revisiter ce sacrement ?.
L’importance de la question nous oblige à être attentif au retentissement chez nos frères chrétiens, quelque soit le degré de communion qui nous uni ,et aux conséquences œcuméniques qu’un tel sujet entraîne. Apprendre à nous consulter, , réfléchir ensemble à des questions comme le ‘filioque’, Qu’il s’agisse du ‘filioque’, de l’Immaculée Conception, de l’ordination des femmes devrait être une évidence. Il ne s’agirait plus alors d’agir seul dans son coin, sûr de son bon droit, mais de bénéficier de nos mûrissements internes spécifiques, et d’ainsi, favoriser l’évolution commune de toutes les Eglises .Chacun agissant dans son coin, on avance tout seul, sûrs de notre bon droit, et les autres finiront bien par suivre. Ne devrait-il pas devenir normal, désormais, que l’on apprenne à se consulter préventivement pour que nos propres mûrissements favorisent l’évolution commune de toutes les Eglises ?
Touchant à l’ordre des Sacrements, à sa définition, on touche aussi à la conception que s’en font les Catholiques Orientaux et les Orthodoxes.
Il faudrait déjà en parler avec nos frères Catholiques des Rites orientaux.
Nous venons de manifester notre estime envers le ‘bons sens’ maintenu dans leur théologie et leur pastorale qui donne au bébé les trois sacrements en une seule liturgie. Pourtant, notre idée d’un sacrement en deux moments, si elle est valide, doit leur poser question. Au moment où nous pensons devoir rejoindre leur pratique, non plus seulement du pédo-baptisme, mais de la pédo-initiation, nous devons leur dire nos raisons et ses conséquences. Il devient souhaitable que, dans une pensée partagée, ils puissent découvrir l’importance de cette chrimation confirmante, achèvement de la chrismation baptismale et de l’initiation chrétienne que l’évêque doit donner un jour à tout baptisé, et dans notre pensée, à partir de l’âge de 21 ans !
- de la nécessité du dialogue
Cette première démarche en appelle une autre, d’une toute autre envergure ! Si notre projet est ‘catholique’, il doit aussi être ‘orthodoxe’, et donc ‘recevable ‘ par les Eglises orthodoxes. Mettre : un vrai dialogue avec elles devient opportun, inévitable et nécessaire.
Ces Eglises [27] comptant elles aussi 7 sacrements depuis le 13ème siècle, (Op cit ‘Dieu est vivant’ page 370) toute évolution importante d’une Eglise de façon autonome, sans regard délicat vers ses ‘sœurs’, nuirait évidement à la démarche œcuménique.
Mais comment faire ?
Un Concile pan-chrétien est actuellement impensable. Ne pourrait-on pas, sur un tel sujet, proposer une consultation ‘dans les formes’, avec les patriarcats et par eux, vers leurs Eglises autocéphales ? Jérusalem, Alexandrie (lien par les Coptes avec les autres Anté-Chalcédoniens : Arméniens …), Antioche ( où le dialogues Orthodoxes-Catholiques est très avancés), Constantinople (1er ‘inter pares’ d’honneur), mais aussi Moscou (pour faire droit à l’histoire vivante de ces Eglises sœurs).
Plus loin encore, même si les Protestants n’ont pas [28], pour la plupart, de chrismation, leur avis est aussi utile et nécessaire, pour nous, autant que pour notre espérance de rapprochement.
Pourquoi ne pas vivre toutes ses consultation via le C.O.E., et, pour ce travail déjà, reprendre aussi le B.E.M. ?
- Une vision commune
Le milieu œcuménique valorise ‘la méthode du consensus différencié, mise en œuvre déjà dans la déclaration sur la justification’. [29]
Effet retour, ces accords génèrent dans les Eglises des ‘perturbations’. ‘Les questions œcuméniques ont cessé d’être une question de relations aux autres pour devenir une question interne’. [30] Grâce à cette méthode, ce sera désormais au cœur de chaque Eglise et donc de notre Eglise catholique, que les conflits d’interprétation se dévoileront et qu’un devoir de clarification s’imposera. [31]
Ainsi, l’évocation des trois lignes, des trois traditions Catholique, Orthodoxe et Protestante, nous amènera à regarder ‘ad intra’ nos propres conflits catholiques d’interprétation. Et de fait, le voisinage des rites latin et orientaux se vit davantage comme juxtaposition que comme heureux mariage. D’externe, la question de l’initiation devient interne et la ‘perturbation’ acceptée pourrait se révéler féconde.
Au terme de l’évolution occidentale, la finalité ecclésiologique première de la brisure du ternaire initiatique a cédé le pas. Le développement non encore repéré et officialisé du besoin pour l’adulte moderne de professer sa foi, nous mène, tant Protestants que Catholiques, à faire professer la foi de nos jeunes dans une liturgie, non sacramentelle pour les uns et sacramentelle pour les autres.
Mais loin de constituer une triste nouveauté, nous retrouvons dans un nouveau contexte ce qui appartient à l’Evangile : ‘Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé’.
A nous catholiques de repérer ce qui gène.
III. PROPOSTION GLOBALE
Riche de ‘Charité Pastorale’ [32] , quotidiennement au coude à coude avec les acteurs de l’Eglise des paroisses, des aumôneries, des services diocésains, participant particulièrement à la Formation du Diocèse, j’approfondis, depuis des années, ce sujet. Et je voudrai aujourd’hui apporter ma propre contribution à cette question pour finalement :
Proposer une trajectoire catéchétique en trois moments …
Donner au bébé les 3 sacrements de l’Initiation : Baptême, Chrismation et Eucharistie.
Proposer un parcours catéchétique élaboré aux 7-21 ans.
Demander aux adultes une Profession de Foi diocésaine.
…
Pour sortir des difficultés actuelles …
Seulement 50 % des baptisés communient.
Seulement 15 % des baptisés sont confirmés.
La Profession de Foi signe la fin du chemin dans les familles non pratiquantes.
Les jeunes adultes qui viennent se marier sont quasi étrangers à la foi catholique.
…
En honorant les intuitions et identités …
Catholiques : ecclésiologie et ministère épiscopal, progressivité du chemin catéchétique.
Orthodoxe : initiation en une seule fois et dans l’ordre, de l’adulte ou du bébé.
Protestante : adhésion subjective adulte incontournable dans le monde moderne.
…
Sans tout révolutionner mais en poursuivant des évolutions.
Faire évoluer le nom du sacrement de la confirmation.
Prépa mariages et baptismales des bébés : tonalité catéchuménale, allongement.
Rassemblements diocésains : célébrations de profession de foi adultes.
Inscription diocésaine : registre de ces professions de foi.
Notre commission diocésaine ouvrait ainsi son enquête par une dernière question qui peut emmener loin. Elle demandait : ‘quels seraient vos rêves ?’ Qu’un service diocésain propose le rêve, l’utopie me plait.
C’est d’abord la manifestation et la reconnaissance que notre pratique n’est plus pertinente. C’est ensuite l’invitation à nous mobiliser dans un effort pastoral et intellectuel pour exercer une fonction de discernement, d’orientation, de conseil, en indiquant un horizon, en décrivant un chemin, en mobilisant les bonnes volontés. Bref, chercher ensemble des pistes. Providentiellement, on reconnaît dans cet appel à la base, l’inspiration qui travaille toute notre Eglise puisque la même question nous est maintenant posée par la Conférence Episcopale.
C’est enfin la confirmation que l’on ne peut plus se satisfaire de solutions "à la petite semaine". On ne peut plus ajouter tel ou tel petit correctif ou aménagement aux précédents, source de nouveaux effets secondaires négatifs.
Par exemple, la tentation est grande actuellement d’ouvrir de plus en plus la fourchette d’âge possible de la confirmation (entre 6 à 18 ans) pour satisfaire à moindre frais les sensibilités infiniment variées de chacun des acteurs de la pastorale !
Il ne s’agit pas plus de tracer des plans irréalisables. Les pistes proposées doivent s’inscrire dans les évolutions en cours, respecter, et reprendre les richesses des identités de tous.
Il faudrait, bien sûr, ne pas partir d’une théorie de plus, d’une réforme à imposer mais d’une demande spirituelle en plein réveil et d’une pratique en pleine évolution.[33] ‘Certes, il ne s’agit pas de légiférer dans l’abstrait et chaque conférence épiscopale devrait prendre ses dispositions’ .[34]Et ‘On ne réforme pas par décret, on ne change qu’au prix d’un apprentissage progressif’.[35] Les ‘Textes de références’ et les ‘Orientations’ son toujours en dialogue avec la vie des diverses communautés chrétiennes.
C’est pour cela que de tels passages ne se font pas en un jour ; deux, trois … des générations sont nécessaires. Raison de plus pour ne pas tarder.
A - Au niveau de la sacramentaire
- Chrismation : changer un mot :
Il nous faudrait abandonner le mot de ‘confirmation’ source de tant de problèmes et d’ambiguïtés pour revenir à celui de ‘chrismation’.
Il ne s’agirait probablement pas d’une nouveauté mais d’un retour à la normale. Ce terme demeure en Italie, peut-être ailleurs.
Et notre Eglise de France a l’expérience de ces passages. L’‘extrême-onction’ devient progressivement ‘sacrement des malades’. La ‘confession’ devient progressivement ‘réconciliation’. La ‘communion solennelle’ devient progressivement ‘profession de foi’ !
Cela prend des décennies à changer les mentalités, mais le vocabulaire conditionne bien ces changements. Raison de plus de commencer par cela.
Enfin, et ce ne serait pas le moindre des intérêts, nous partagerions avec les orthodoxes ce vocabulaire, signe de crédibilité et du renouveau de notre théologie. Dans la ‘Catéchèse Orthodoxe : Dieu est vivant, Catéchisme pour les familles’, le chapitre XI est intitulé : ‘Le mystère de la chrismation : la Pentecôte personnelle ou sacerdoce royal des laïcs’. Il y est dit : ‘par la chrismation chacun de nous reçoit la personne du Saint-Esprit, Don fondamental, qui le fait membre d’un peuple de prêtres’.
Et pourquoi ne pas espérer que par ce renouveau sacramentel, l’œuvre de Dieu puisse retrouver sa vitalité, et nos problèmes de pratique dominicale se résorber ?
Puisque ce sacrement a du prix en notre Eglise, nous sentons bien qu’il faut lui redonner vie.
Mais renoncer à quasi-exclusivité du sacrement de confirmation et de tout ce qu’il représente actuellement pour lui, peut conduire l’évêque à écarter cette solution car trop perçue comme deuil et éloignement.
Mon but est d’essayer de trouver une nouvelle cohérence opératoire et théologiquement fondée. A terme, elle doit garder, valoriser et ordonner toutes nos richesses respectives. En particulier, pour notre identité catholique latine, les trois éléments de notre tradition : le rôle central de l’évêque, une vie diocésaine concrète pour tous les chrétiens, et la progressivité du chemin d’accès à la profession de foi pour les jeunes et les adultes.
Ainsi, au terme d’une évolution issue d’une véritable croissance organique et non d’une réforme imposée, il me semble souhaitable que tous les adultes qui le veulent, ou qui demandent à exercer une des 4 responsabilités en Eglise (le parrainage, le mariage, la consécration ou l’ordination), vivent une préparation et rencontrent l’évêque pour cette profession de foi adulte. L’expression du rituel du baptême[36], ‘Et ils seraient reconnus membre à part entière de l’Eglise, avec les droits et les devoirs qu’entraîne cette dignité’ peut, me semble-t-il, évoquer, entre autre, ces quatre responsabilités.
Adrien Nocent va dans la même direction [37]: ‘Or, s’il ne peut être admis à cette confession publique de sa foi, il ne pourra plus recevoir les sacrements jusqu’au moment où il aura pu répondre aux exigences de l’Eglise … on pourra trouver sévère le refus des sacrements à ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas prononcer la renonciation publique et les promesses baptismales. Mais comment recevoir aux sacrements quelqu’un qui n’entend pas confesser publiquement sa foi ?’
Cette rencontre avec l’évêque serait d’abord normalement proposée aux jeunes cheminant dans l’Eglise, dans les paroisses et mouvements, au terme de leur parcours de jeune de 7 à 21 ans.
Elle serait également proposée aux recommençants adultes de tout âge, ainsi qu’aux adultes demandant un sacrement de mariage pour eux ou de baptême pour leur bébé.
Les jeunes de nos communautés arriveraient au terme de leur chemin avec la ‘reditio’.
Les recommençants auraient un parcours propre, soutenu par une branche du Service Diocésain du Catéchuménat.
A ceux qui, très éloignés et sans réel contact avec la communauté, demanderaient le mariage ou un baptême, serait proposée, outre l’actuelle préparation au sacrement, une préparation spécifique sur la foi. C’est ce type d’orientation que l’évêque de Beauvais demande officiellement à son diocèse : ‘Je préconise qu’avec détermination et souplesse, demande soit faite aux jeunes qui veulent se marier chrétiennement de se présenter si possible un an à l’avance (…) Ce délai donnera le temps d’améliorer les conditions de ce qui se fait déjà : une préparation au mariage comportant un minimum de formation pour tenter de réduire l’écart chez certains jeunes entre l’attente de ritualisation de leur engagement au mariage et la célébration proprement sacramentelle de leur union par l’Eglise. La préparation au mariage constitue à l’évidence un terrain favorable pour l’annonce de l’Evangile’.
Il est heureux de constater que cette note d’Eglise de Beauvais de Janvier 2001 sera retenue par la Conférence des évêques de France dans les ‘Orientations’ de Lourdes 2002.
Il serait tout à fait possible et cohérent qu’au jour de cette profession de foi, tous ceux qui en ont besoin, reçoive la confirmation et l’eucharistie.
Combien juste serait alors le positionnement de l’évêque en son diocèse. Avec cet horizon, l’évêque catholique latin trouverait ce dont il rêve : que le diocèse vive et que l’évêque ait un visage pour tout catholique adulte. La confirmation ne serait plus ce maillon fragile sur lequel notre pastorale fait porter l’effort.
Avec son presbyterium, l’évêque, ne peut ‘pas échapper à cette période de restructuration que nous traversons’. ‘Malgré les peurs que cette période engendre et l’obscurité qu’elle entraîne, nous pouvons aussi la vivre comme une époque passionnante, où l’une des tâches consiste justement à élaborer avec les autres chrétiens une nouvelle manière d’être prêtre’ [38] et je me permets d’ajouter, d’être évêque.
Enfin, je ne résiste pas, pour conclure ce paragraphe, à citer encore Jean-Yves Lacoste qui évoque l’état actuel de l’initiation dans notre Eglise [39] : ‘L’aporie, à ce compte, ne serait-elle totale, et la théologie médiévale de la confirmation, dont toutes nos esquisses contemporaines sont les héritières, sinon tout à fait fidèles, du moins tout à fait conséquentes, ne serait-elle en fait qu’idéologie justifiant post eventum l’épiscopalisation occidentale du sacrement dans la perte de l’économie générale de l’initiation chrétienne ?’
B - Sur le plan de l’ ecclésiologie
- Perte ou gain pour la ligne catholique ?
Ce titre, ‘perte ou gain’ se réfère au Cardinal John Henry Newman, lorsqu’il écrivait au moment de sa conversion sous le titre ‘Loss or gain ?’ la première ébauche de ce qui deviendra plus tard son ouvrage ‘Apologia pro vita sua’.
La proposition faite jusque là serait périlleuse si elle nous faisait perdre notre identité. Nous avons proposé une nouvelle mise en perspective de l’initiation chrétienne, un renouveau éclairé par l’apport conjoint des lignes orientale et occidentale. Serait-ce pour voir disparaître la spécificité catholique latine et donc une des richesses de l’Eglise catholique ?
La ligne latine traditionnelle entendait maintenir une vigilance pour la dimension diocésaine de l’Eglise notamment en la polarisant autour du contact avec la figure de l’évêque. Elle est précieuse.
Aux dires des historiens, notre Eglise s’est formée progressivement dans l’assemblée des chrétiens d’une ville et de ses environs, peuple réuni dans la cathédrale, rassemblé autour de son évêque accompagné de son collège d’anciens et de ses diacres. La grande ville devenue chrétienne avec ses églises dispersées, les villages et la campagne christianisés, l’Eglise prenant sa place dans la société, l’évêque a dû progressivement céder à son presbyterium le contact direct avec les catéchumènes. En se réservant l’onction de la tête, les évêques latins maintenaient l’unité de l’image : l’évêque doit signifier sacramentellement l’Eglise locale.
Mais l’histoire de l’Eglise continue à évoluer. A partir du moment où le diocèse dépasse une dimension raisonnable, la décentralisation du ministère doit se poursuivre : les prêtres reçoivent en ministère ordinaire beaucoup de ce qui était réservé à l’évêque, tout en respectant une fonctionnalité et une cohérence théologique.
Apparaissent donc clairement deux questions imbriquées et pourtant bien distinctes. Celle de l’unité diocésaine à manifester et celle du rôle que l’évêque souhaite et doit jouer en personne.
- Servir mieux encore ceux qui arrivent
Après ces années de regard vers l’extérieur, hors de nos sacristies, pour aller courageusement à la croisée des chemins du monde, ne devons-nous pas accueillir, tout aussi courageusement, tous ces croyants non pratiquants qui frappent aux portes de nos presbytères, comme ces envoyés que Dieu nous indique ?
Il y a déjà le chemin des catéchumènes de plus en plus nombreux et, surtout, bien que plus difficilement quantifiables, des ‘recommençants’ qui, selon le retournement des mots opéré par Xavier Emmanuelli, ‘rentrent sur la pointe des pieds’.
Il y a déjà l’accueil long, proposé désormais en bien des endroits, pour la préparation au mariage et celle du baptême des bébés. Nos évêques confirment et stimulent cette évolution dans leur document de Lourdes 2002.
Il y a aussi, avec un rituel spécifique, l’accueil long proposé aux enfants ou adolescents qui demandent le baptême.
Ainsi, avec ces exemples, nous vérifions que les mœurs commencent déjà à accepter comme une évidence ce qui semblait révolution et abus d’exigence il y a quelques années. Profitons-en pour mieux baliser, adapter, qualifier ces chemins d’accueil.
C. Un projet pastoral pour les 7-21 ans
dans un chemin de 0 à 77 ans et plus
- Adapter les âges de la profession de foi et des sacrements
Il faudrait, et c’est là l’essentiel, en venir à formaliser une distinction nécessaire car on n’a pas à ‘initier aux sacrements de l’initiation’. Il y a d’une part les gestes objectifs : les sacrements de l’initiation. Et il y a d’autre part le sentiment subjectif : l’initiation à la foi.
Dans le cas d’un baptême d’adulte, on a d’abord le processus subjectif conduisant à la profession de foi, puis les gestes objectifs de l’initiation sacramentelle, selon la parole de l’écriture : ‘Celui qui croira et serra baptisé, sera sauvé’ (Marc 16, 16).
Dans le cas d’un baptême de bébé, sur la foi subjective des parents, on donne au bébé les gestes objectifs de l’initiation en espérant leur appropriation subjective pour qu’il arrive un jour à sa profession de foi personnelle adulte.
De plus, il faudrait adapter le processus d’adhésion à chacun, venant de famille pratiquante ou non.
Il faudrait proposer des cursus variés, de type aumônerie pour un adolescent engagé dans une communauté ou bien de type catéchuménal pour tel jeune adulte surgissant pour demander un mariage.
Comme nous l’indique l’éditorial de Monseigneur Thomazeau [40] , des évolutions sont déjà en cours.
Et les ‘Orientations pastorales - les baptêmes d’enfants de 2 à 7 ans’ [41] vont dans le même sens.
Ces évolutions manifestent clairement que nos césures chronologiques, elles-mêmes, sont dépassées. Actuellement, on nous demande de classer statistiquement les baptisés dans les catégories : 0-1 an, 1-7 ans et 7 ans et plus. Cela veut dire qu’un baptême normal doit se donner dans les premiers mois, qu’à 2 ou 6 ans, avant l’âge de raison, on est considéré de la même façon, ‘infans’ baptisable et que dès 7 ans, on peut faire une profession de foi … engageant la vie tout entière. Il est évident qu’aujourd’hui ces catégories sont obsolètes. La création du rituel pour enfant en âge de scolarité veut ouvrir une route nouvelle. Il faudrait aller plus loin avec de nouvelles catégories statistiques : une catégorie pour les bébés de 0 à 3 ans, une catégorie d’enfants de 3 à 7 ans, de pré-ado, d’adolescent et de jeunes de 8 à 21 ans, avec des degrés progressifs d’expression de profession de foi et de toute façon une profession de foi d’adulte à refaire à partir de 21 ans, et une troisième catégorie pour les baptisés jeunes adultes ou pleinement adultes.
Cet âge de la profession de foi des jeunes adultes me semble devoir être un peu retardé. Certains, qui y aspirent comme moi, proposent 18-20 ans [42] . Je préfèrerai pour ma part, 21 ans, car j’ai connu ces jeunes, très heureux jusqu’à 18 ans dans nos aumôneries, et qui ont trouvé leur foi complètement bousculée par deux ou trois années d’université. Je propose cet âge de 21 ans pour attendre que le jeune, par ses études ou son activité professionnelle, ait suffisamment quitté le nid de ses origines.
Tout ceci ne veut servir qu’un unique but, très traditionnel : que des adultes aient la joie d’être l’Eglise et que nos forces pastorales ne soient pas submergées par ces grands rendez-vous des ‘croyant-non-pratiquants’ qui sonnent aux portes du presbytère pour les baptêmes et les obsèques.
Adrien Nocent souligne avec beaucoup de justesse et de délicatesse, la ‘sévérité’ [43] que ces orientations annoncent. Il ne s’agit pas pour lui non plus, de se réfugier dans une ‘religion d’élites’ [44] . Toutes ces orientations plus exigeantes pour l’Eglise, sont vraiment portées par des pasteurs.
Alphonse Borras [45] évoque le passage de la ‘logique du guichet’ à la ‘logique du projet’. C’est encore vivre ces durées longues et ces attitudes d’apprentissage de l’Eglise, dont aime à parler Hervé Legrand, OP. Valoriser ces évolutions lentes, ces périodes longues, permet à l’Eglise de mûrir ses dossiers, de s’habituer à du nouveau, d’essayer des trajectoires, de donner aux mentalités le temps d’évoluer, de discerner, et de recevoir ce qui émerge légitimement.
- Baliser un chemin
Chacun est différent, chaque personne mais aussi chaque famille. Notre pastorale prend d’ailleurs cette donnée de plus en plus en compte. Elle sait s’adapter tant pour l’accès au baptême avec des rituels divers que pour proposer la première communion aux enfants de 6 ou 8 ans de familles pratiquantes, et en CM1 ou CM2 pour tous les autres. Nous apprenons à accueillir des enfants et adolescents qui viennent voir, ressortent et reviennent. C’est parfois éprouvant, mais c’est aussi très beau et très évangélique.
Il nous faut donc mettre un peu d’ordre et nous adapter.
En avril 2001, le Service Diocésain de la Catéchèse nous proposait toute une réflexion sur le parcours des ‘4 années de catéchisme’. Ce langage me semble obsolète. La catéchèse, c’est toute une trajectoire comprenant l’éveil à la foi, le catéchisme du primaire, l’aumônerie des collèges et lycées et les propositions aux adultes. Est-ce qu’un jour, tout jeune en 6ème au collège pourra se savoir en première année d’aumônerie et non plus, ô malheur, ‘en dernière’ année de caté ?
Ne serait-il pas tout aussi constructif pour l’avenir que les Services Diocésains de la Catéchèse et de l’Aumônerie œuvrent ensemble à la rédaction de questionnaires communs car, le chemin de chaque jeune s’insère dans la longue trajectoire catéchétique proposée de l’éveil à la foi à l’aumônerie des lycées.
Ne serait-il pas heureux désormais que les services d’éveil à la foi, de la catéchèse, des aumôneries et de la pastorale des jeunes étudient la cohérence de leurs propositions et s’accordent sur des chemins à proposer à tous ceux qui surgissent dans notre Eglise ? Il serait grandement positif qu’ils s’enrichissent des compétences des services diocésains du catéchuménat et de la liturgie sans oublier celles du clergé
Heureusement, la question est bien ainsi posée en 2003 par nos évêques avec le livret ‘Aller au cœur de la foi’.
‘Questions d’avenir pour la catéchèse ?’ citant en préface p7 ‘Christus dominus’ n°14, est bien entendu pour tous les âges.
- Exemple de chemin …
‘Bien sûr, il nous faudra imaginer de nouvelles idées, trouver de nouveaux rythmes pour la catéchèse, organiser de nouvelle manière notre pratique catéchétique. Sur ce plan, nous restons à la fois modestes, humbles et profondément heureux de constater la générosité et la créativité dont font preuve les personnes en charge de la catéchèse’. [46]
… pour jeunes de famille ‘éveillée’
Il faudrait :
- pouvoir donner au bébé d’une telle famille, dans sa paroisse, l’initiation chrétienne en ses trois gestes de baptême, de ‘chrismation’ et de première eucharistie et qu’il puisse communier normalement, bébé puis jeune enfant, comme chez les orientaux.
- proposer un chemin de type néo-catéchuménal, ou plutôt de néophyte, étalé dans le temps, reprenant et réaménageant nos actuels ‘éveil à la foi’, ‘catéchèse’ et ‘aumônerie’.
- favoriser un éveil à la foi depuis l’initiation jusqu’à l’âge de raison.
- réorganiser et inventer entre 7 et 21 ans des étapes liturgiques signifiantes [47] , et aussi mobilisatrices, ainsi par exemple tous les deux ans :
- à 8 ans, après un début d’éveil à la foi, une ‘entrée officielle en formation chrétienne’.
- à 10 ans, une ‘première-communion-solennelle’ : le Pain que tu manges depuis ta naissance, tu en sais désormais le sens et le prix.
- à 12 ans, une ‘profession de foi’ maintenue tout à la fois par respect de la ‘dévotion populaire’ et parce que, selon la maturité propre à chaque âge, il est légitime et utile de professer sa foi. C’est ainsi par exemple que procède la pédagogie scoute, qui propose en cours de route, à l’enfant, à l’adolescent puis à l’adulte, des cérémonials de promesse.
- à 14 ans, ‘Remise de la Croix’ : Préadolescent, veux-tu avancer en disciple du Christ qui a manifesté sa puissance dans la faiblesse ?
- et ‘Remise de la Bible’. Tu es déjà familier de notre histoire, aujourd’hui, tu en lis un passage devant l’Eglise. Elle te charge de la porter, de la proclamer par et dans ta vie quotidienne.
- à 16 ans, la ‘Traditio’ du Credo de Nicée-Constantinople. C’est la dynamique pédagogique remise en valeur à Milan par le Cardinal Martini. Tu as l’âge de creuser les mots de notre foi. Prépare-toi à la ‘Reditio’.
- à 18 ans, tu es majeur, tu rends un ‘Service d’Eglise et dans la société’. Célébrons-le.
- à partir de 21 ans, après tant de dimanches et de Pâques, tu peux célébrer solennellement ta ‘Reditio’. Tu écris ta ‘lettre de demande’ à l’évêque. Puis, tu vas à l’une des 5 assemblées proposées le dimanche après midi, dans divers lieux du diocèse, entre Pâques et Pentecôte. Là, avec les autres jeunes, achevant leur parcours d’aumônerie et avec les adultes recommençants, tu professes ta foi devant l’évêque, tu communies avec lui et tu échanges avec lui le baiser de paix. Cette liturgie achève ton initiation chrétienne. Sacrements de l’initiation reçus à la naissance et profession de foi rendue à l’âge adulte, tu es en droit d’assumer les responsabilités du chrétien : tu peux t’engager comme parrain ou marraine, tu peux avancer vers le mariage, les vœux ou l’ordination.
Sur le plan pratique cela amènerait à introduire des nouveautés dans les registres, comme on le fait tout le temps en ce moment. Déjà, au lieu des signatures, il n’est plus fait mention du prêtre mais du ministre pour s’adapter à l’émergence du groupe des diacres. De même, à côté des parrains et marraines apparaît la place du témoin, pour s’adapter à la réalité œcuménique émergente. Et surtout, il est à nouveau prévu la place pour la signature du baptisé lui-même !
Enfin, il faudrait continuer ces adaptations en instaurant un nouveau registre diocésain. De même qu’il existe le registre des inscriptions des noms des catéchumènes, il doit être relativement facile et simple, d’ouvrir un registre de ces professions de foi d’adulte.
Il est évident que ce chemin idéal de christianisation sera rare. Des cursus adaptés sont donc aussi à inventer pour les autres. Cela existe pour les catéchumènes, cela se met en place pour les recommençants.
… pour les ‘recommençants’
Dans le souffle du Concile Vatican II, la mission est déjà relancée, qui cherche, qui accueille nombre de commençants, nombre de recommençants. Certains osent le dire : c’est désormais pour entrer que certains, adolescents, jeunes ou adultes, se déplacent sur la pointe des pieds.
A nous d’imaginer ces chemins d’accueil, par exemple :
- Non-chrétien, tu es en CM2 ou en 6ème, un copain t’invite au caté. Tu t’éveilles en cours d’enfance ou d’adolescence ! Rejoins une équipe de ton âge et entre dans le cursus des étapes prévues par le rituel du baptême des enfants en âge de scolarité. Beaucoup déjà le vivent chaque année, viens voir, tu pourras recevoir l’initiation en 5ème ou en 4ème.
- Baptisé bébé, tu n’es pas venu au catéchisme. Rejoins une équipe de ton âge, au caté ou en aumônerie. Tu vas y découvrir l’Eglise, la Parole de Dieu et bientôt, tu pourras recevoir les autres sacrements de l’Initiation. Beaucoup déjà le vivent chaque année, viens voir.
- Tu as 25 ans et tu veux te marier ou faire célébrer le baptême de ton bébé, mais tu n’as pas vécu ou tu n’as fait qu’une partie de ton chemin de formation. Tu n’as donc pas, adulte, exprimé ta foi solennellement, tu n’as pas prononcé ta ‘Reditio’. Découvre-le, depuis quelques décennies, la préparation au mariage s’est beaucoup développée, courant sur 6, ou même souvent sur 12 mois : rencontres avec le célébrant, rencontres avec un couple, rencontres collectives. Progressivement, on lui a ajouté quelques rencontres de présentation de la Bible, du Credo, de la prière … pour préparer ta ‘Reditio’ à la Pentecôte. Alors, tu pourras te marier à l’Eglise.
Certains pourront s’étonner que l’on maintienne ces co-habitants dans le péché. Mais, les sachant ensemble depuis des années, déjà parfois parents, il me semble que l’urgence n’est pas de les sortir d’un état matrimonial insatisfaisant, mais bien plutôt, de les conduire vers un état théologal plus satisfaisant.
D’autres encore trouveront cette ‘Reditio’ un peu superficielle : on ne devient pas, on ne s’éveille pas en quelques mois à la foi vive, surtout quand la célébration du mariage semble en dépendre. C’est vrai, mais il faut aussi remarquer que l’acceptation d’une préparation longue et d’un déplacement pour la célébration diocésaine avec l’évêque, permettrait ce jour-là une profession de foi de qualité et de toute façon très supérieure à celle que nous acceptons actuellement de demander aux parents qui viennent pour le baptême de leur bébé.
Comme les autres au cursus plus régulier, tu auras aussi à faire cette fameuse lettre de demande, dont nos évêques successifs vantent tant la richesse pastorale et spirituelle.
Alors, au cours de l’une des 5 assemblées proposées le dimanche après midi, dans divers lieux du diocèse, entre Pâques et Pentecôte, à 20 , 35 ou 70 ans, tu achèveras ton initiation chrétienne. Là, avec les autres jeunes achevant leur parcours d’aumônerie et avec tous les adultes recommençants, tu professeras ta foi devant l’évêque, tu communieras avec lui et tu échangeras avec lui le baiser de paix. Cette liturgie achève ton initiation chrétienne. Profession de foi adulte et trois sacrements de l’initiation reçus, tu es en droit d’assumer les responsabilités du chrétien : tu peux t’engager comme parrain ou marraine, tu peux avancer vers le mariage, les vœux ou l’ordination.
Je constate avec joie que l’horizon proposé ici, se trouve en perspective dans les ‘Orientations’ et ‘Jalons’ de notre diocèse [48].
Par ces diverses pratiques, à développer sans violence, beaucoup de nos problèmes trouveraient une solution heureuse et une vraie cohérence théologique, œcuménique, ecclésiologique, canonique et pastorale.
D – La confirmation, un sacrement en deux moments.
Le catéchisme de l’Eglise catholique affirme dans son article sur le baptême [49]: ‘L’onction du saint chrême… signifie le don de l’Esprit Saint au nouveau baptisé.’ ‘… Dans la liturgie romaine, elle annonce une seconde onction … : le sacrement de confirmation qui, pour ainsi dire, ‘confirme’ et achève l’onction baptismale’.
Mais, alors, ne faut-il pas penser la confirmation comme un sacrement en deux temps ?
Puisque l’Esprit Saint est donné au baptême, cette onction est sacrement de confirmation. Elle est une confirmation ‘objective’, au sens où nous l’employions plus haut. Puisqu’il lui faut un achèvement, c’est qu’elle est déjà réellement commencée … et peut donc en porter le nom.
Peut-on soutenir que l’Esprit Saint, ‘à l’œuvre’ dans tous les sacrements, puisse ‘être donné’ en deux moments complémentaires ? Peut-on parler d’une unique confirmation en deux célébrations ?
Nous avions noté la difficulté, dans les Actes du Concile [50], à nommer clairement ‘ce sacrement’, la confirmation, quand il est donné par le prêtre de rite oriental au bébé. N’avons-nous pas, nous latins, la même difficulté à donner un nom à cette onction du baptême. Ne faut-il pas chercher un nom, recherche qui nous obligerait à clarifier notre pensée ? Comment dire, comment nommer cette réalité ?
- Avec le mot ‘confirmation’ : l’intitulé ‘Premier degré de la confirmation’ ne convient pas. Il n’y a pas, comme pour l’ordination, de degrés. ‘Première partie de la confirmation’ fait un peu lourd.
- Avec le mot ‘chrismation’ : ‘chrismation baptismale’ et ‘chrismation confirmée’, où l’on entendrait par le même mot commun, ‘chrismation’, l’unique don de l’Esprit donné différemment mais réellement lors des deux célébrations.
La ‘chrismation confirmée’ évoquerait cette deuxième onction, qui ‘confirme’ et achève l’onction baptismale’ [51] :‘Confirme’ l’onction du baptême (dimension subjective), ‘et achève’ cette première chrismation (dimension objective). L’initiation chrétienne serait alors totalement achevée : l’adhésion adulte serait honorée et tous les sacrements seraient donnés, complètement.
Nous proposions, lors des dimanches situés entre Pâques et Pentecôte, des célébrations diocésaines de la profession de foi, vraie ‘reditio’ des adultes, avec communion et échange de la paix avec l’évêque.
Enrichie de cette ‘chrismation confirmante’, cette liturgie serait le point d’orgue d’une catéchèse ‘imaginée à partir d’idées nouvelles, avec de nouveaux rythmes, organisé de nouvelle manière’ [52], repensée dans ‘la responsabilité que nous avons tous de ‘proposer la foi dans la société actuelle’’ [53].
Il serait enfin pleinement vrai que notre catéchèse susciterait des chrétiens adultes, 'reconnus membre à part entière de l'Eglise, avec les droits et les devoirs qu'entraîne cette dignité.' [54]
Une conséquence à relever : l’invitation à rejoindre l’évêque tout le monde. D’abord ceux qui, arrêtés après la profession de foi, se réveillent et vont recevoir de lui la seconde onction. Ensuite ceux qui auront ‘tout reçu au baptême’. Mais encore, c’est à souligner : même en cas d’initiation, par le curé en paroisse, d’adulte dans la nuit de Pâques, il faudra néanmoins aussi cette seconde onction, dans le temps pascal, avec l’évêque.
Autre conséquence : ces nouvelles liturgies diocésaines devraient être enregistrées. On pourrait craindre une inflation de notifications.
La solution se trouve peut-être dans le choix de maintenir une inscription principale, non plus le baptême mais l’initiation, et deux mentions marginales possibles, non plus la confirmation mais la chrismation confirmante et comme toujours, le mariage (ou ordre ou vœux)
29 août 07
Avril 2004 L'Initiation chrétienne : une urgente remise à plat s'impose" (conclusion, annexes, bibliographie)
CONCLUSION
a) L’Eglise au risque de la sévérité !
Nous
avons déjà évoqué l’inquiétude de nombreux chrétiens, et notamment des
ministres, qu’un surcroît d’exigence ne vide encore plus vite nos
églises !
Adrien NOCENT [55] évoque sans fart le sujet dans son paragraphe intitulé : ‘Une mystagogie exigeante qui conduit à un engagement décisif’. Evoquant le temps incontournable de cette mystagogie des adultes, il affirme : ‘Mais une exigeante authenticité à l’admission vers 18-20 ans à la renonciation et aux promesses baptismales rendra
sans doute possible la fréquentation de cette mystagogie. En effet,
celui qui ne la suivrai pas, ne pourrait être admis à cette célébration
solennelle de sa renonciation et de ses promesses ; il ne le serait pas
davantage si sa conduite publique laissait à désirer. Or, s’il ne peut
être admis à cette confession publique de sa foi, il ne pourra palus
recevoir les sacrements jusqu’au moment où il aura pu répondre aux
exigences de l’Eglise. Sans doute, nous sommes ici en présence d’une
sévérité nouvelle, jamais manifestée à ce point dans l’Eglise
contemporaine. Cela peut étonner et cependant je crois que nous sommes
arrivés à une époque où, sans cette sévérité, l’Eglise risque de
manquer de plus en plus de crédit. … En fait notre proposition se situe
entre l’organisation des groupes appelés ‘néo-catéchuménaux’ et le
laxisme destructeur ou encore l’absence de mystagogie’. Il reste
évident qu’il faudrait s’habituer à une certaine sévérité sans
compromis, sans se cacher que, de cette manière, on perdra beaucoup de
futurs chrétiens. Disons qu’ils sont déjà perdus[56]
. Il ne s’agit pas de constituer une religion d’élite, de rejeter hors
du filet les poissons de moindre qualité, il s’agit seulement de
veiller à constituer une Eglise authentique où les pêcheurs ont leur
place, à condition qu’ils ses reconnaissent pêcheurs et travaillent à
leur conversion et de ne pas accepter ceux qui veulent une religion de
pratique sans engagement véritable. On pourra trouver sévère le refus
des sacrements à ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas prononcer la
renonciation publique et les promesses baptismales. Mais comment
recevoir aux sacrements quelqu’un qui n’entend pas confesser
publiquement sa foi ? Nous ne doutons pas qu’il y ait un grand travail
à faire qu’il faille de la patience et de la prudence .mais nous
croyons que si nous permettons à un tout jeune chrétien de recevoir le
don de l’Esprit et si nous lui offrons un encadrement, il mûrira
jusqu’au moment où il sera en âge de proclamer hautement sa foi. LE don
de l’Esprit ne sera pas l’éventuelle récompense de ses efforts mais
c’est l’Esprit qui l’aura conduit jusqu’à ce moment décisif. La force
de la confirmation, l’exercice du sacerdoce reçu et agissant dans
l’eucharistie portera ses fruits. Ce n’est pas en allant contre la
tradition, contre une théologie de sacrement de la confirmation que
l’on pourra faire croître l’Eglise, mais en réfléchissant et en créant
un cadre qui puisse modeler celui qui s’engage dans une rencontre avec
le Christ dans son Eglise’.
Comment ne pas partager cette audace dans la foi. Comment ne pas entendre toute la fraîcheur de cette étape liturgique des catéchumènes qu’on appelle ‘l’appel décisif’ !
Et surtout, il me semble entendre la forme concrète de ce qu’intuitionaient nos évêques [57] dans leur lettre de 1996 : ‘De sorte que la pastorale dite ‘ordinaire’, souvent vécue comme une pastorale de l’accueil, doit de
plus en plus devenir une pastorale de la proposition. Cette évolution a
quelque chose d’onéreux ; certains la vivent comme une véritable
épreuve. Mais de plus en plus nombreux sont les prêtres et les laïcs
qui disent s’en trouver mûris et renouvelés dans leur foi. Un nombre
croissant de pasteurs et, pus largement, d’acteurs de la pastorale
comprennent qu’il y a là une exigence de la mission. Ils se découvrent
du même coup appelés à aller davantage au cœur de la foi’.
b) un rêve un peu fou
Voici, en cours d’étude, mon rêve de curé, rêve un peu fou, je l’avoue.
L’équipe
diocésaine qui l’a stimulé sait que certains rêves audacieux sont
porteurs d’avenir. Les évêques qui lancent cette vaste consultation
nous demandent un même effort de réflexion.
Ce texte n’est qu’une esquisse et je sais que ma réflexion, mes
lectures vont se poursuivre. Il me permet de baliser mon chemin et,
selon l’invitation reçue, de proposer mon point de vue : mettre en
lumière une question, esquisser un horizon et un chemin.
Il me semble que par ce chemin, nous pouvons trouver une cohérence qui nous permettrait de sortir de nos impasses et de proposer, à tous, une foi de qualité, adaptée au monde moderne, et recevable par l’ensemble des Eglises. Une Eglise tout à la fois confessante et multitudiniste.
Bernard Pitaud rappelait récemment ce texte du concile [58]: ‘Cette
obéissance conduit à une manière plus mûre de vivre la liberté des
enfants de Dieu ; quand l’accomplissement de leur tâche et l’élan de la
charité amène les prêtres à une recherche réfléchie de voies nouvelles
en vue du bien de l’Eglise, c’est l’obéissance qui exige, par sa nature
même, qu’ils exposent leurs projets avec confiance et qu’ils insistent
sur les besoins du troupeau qui leur est confié, tout en restant prêts
à se soumettre toujours au jugement de ceux qui sont, dans l’Eglise de
Dieu, les premiers responsables’.
‘Ecrivez-nous’ concluent nos évêques.
C’est dans cet esprit que j’ai voulu rédiger ces quelques pages.
Abbé Bruno DANIEL, Diocèse de Beauvais - Pâques 2004
ANNEXES
Merci de cliquer sur chacun des schémas pour améliorer leur lisibilité
Annexe 1 :
Evolution de l'ordre des sacrements et proposition d'une nouvelle mise en oeuvre
Annexe 2 :
Initier aux sacrements de l'initation, 2 trajectoires
NOTES
[1] Évêques de France : "Proposer le foi dans la société actuelle. Lettre aux catholiques de France",1996, Cerf, p118
[2] CJ, can.1065 §1
[3] CJ, can.1065 §2
[4] CJ, can.851 et 868
[5] CJ, can.872
[6] p38
[7] Vatican II, LG 26
[8] p17, n.24
[9] Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1233 avec références au Concile et au Droit Canon.
[10] La Croix, 4 Avril 2001 p.19
[11] Eglise de Beauvais n°9, 23 avril 2004
[12] p.23, n.49, RR 46
[13] notes générales, n.24
[14] RR34
[15] Conférence aux prêtres du diocèse 15 mars 2001
[16] ‘Instrumentum
Laboris de la X° Assemblée générale ordinaire de Synode des évêques :
‘L’évêque, serviteur de l’Evangile de Jésus-Christ pour l’espérance du
Monde’’, La Documentation Catholique n°2251, page 624.
[17] Vatican II, URn°14
[18] Jean-Yves Lacoste, Communio 1982 VII, 5, p.52
[19] Sources Chrétiennes 136, p120-124, in Bréviaire aux
Lectures du Vendredi dans l’Octave de Pâques
[20] ‘La Croix’ 4 avril 2001 p 19
[21] Op sit Tome second page 249
[22] S.C. des SS ; 30 juin 1932. A.A.S. 1932, p 271
[23] C.J., can.874.2
[24] selon la distinction qu’Alphonse Borras et Bernard Pottier désignent
dans un autre contexte dans ‘La grâce du
diaconat, Questions actuelles autour du diaconat latin’, p.127
[25] ‘Tradition Apostolique’ d’Hyppolite
[26] Jean-Philippe Revel, Communio
VII, 5 1982, p.31
[27] Sous notre
influence ? Voir l’article de De Clerck ! Nous quand ?
[28] Voir en Annexe une lettre reçue par une Réformée devenue
Catholique et qui demande son certificat de baptême pour confirmation !
[29]de 1999. Hervé Legrand, ‘Nature et
conceptions de l’Eglise’, revue ‘Unité
des Chrétiens’, n°123, page 34.
[30] Op sit page 33
[31] op sit page 33
[32] Vatican II, PO n°14
[33] Henri-Jérôme Gagey, La Nouvelle Donne Pastorale, p.18 et 100
[34] Adrien Nocent, ‘Le renouveau liturgique, une relecture’, page 120.
[35] Hervé Legrand, cité dans ‘La Croix’, 9 mai 2001 page 21.
[36] Rituel du baptême des petits enfants, note après le n°199, RR 156
[37] Adrien Nocent, op cit page 122-123. La dimension pastorale de cette sévérité a déjà été évoquée plus haut.
[38] Bernard Pitaud, op. cit
[39] p.56
[40] ‘Jalons pour la pastorale du mariage, mieux servir les jeunes demandeurs du mariage à l’église’, Eglise de Beauvais, janvier 2001, p.83
[41] Diocèse de Beauvais, Septembre 1999, 12.p
[42] Pierre-Marie HOMBERT, op cit ; Adrien NOCENT, op cit page 1Je me sens très proche de ces pages
120-123, sans partager pourtant, le point de vue de l’auteur sur la
confirmation et la 1ère communion à 7 ans. Son opinion est encore
motivée par une finalité pédagogie, en direction des parents, qui le conduit
comme beaucoup, à préférer manipuler la cohérence sacramentelle que l’on
devrait pourtant, toujours privilégier.
[43]
Op cit page 122-123.
[44]Op cit page 123.
[45] ‘Remodelage paroissial et
pastoral des vocations’, dans la revue ‘Jeunes
et vocation’ n°95 Paris, 1999, page 8
[46]‘Aller au cœur de la foi’ p14.
[47] Nocent Adrien, op cit page 122.
[48] op. cit
[49] n° 1241 et 1242
[50] Concile Vatican II, OE n°13
[51] n° 1242
[52] Aller au cœur de la foi, page 14
[53] Aller au cœur de la foi, page 12
[54]Rituel du baptême des petits enfants, note après le n°199, RR 156
[55] Adrien NOCENT, op cit page 120 à 123.
[56] Beaucoup
d’ouvrages avancent la baisse annuelle des baptêmes en France : moins
1% par an malheureusement confirme les affirmations de A.Nocent.
[57]Op cit, page 38.
[58] Vatican II, P.O. n°15
BIBLIOGRAPHIE
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THURAIN Max, ‘La Confirmation, consécration des laïcs’, Neuchâtel (Switzerland) Ed Delachaux et Niestlé, Collection Communauté de Taizé, 1957, 120. B. Publication
PITAUD Bernard, PSS, polycopié, ‘conférence aux prêtres du diocèse de Beauvais’, mars 2001.
THOMAZEAU Guy, ‘Eglise de Beauvais’, ‘Jalons pour la pastorale du mariage, mieux servir les jeunes demandeurs du mariage à l’église’ janvier 2001.
‘Catéchèse Orthodoxe : Dieu est vivant,
Catéchisme pour les familles’, Cerf, Paris 1987, 510 pages. ‘Catéchisme de l’Eglise Catholique’, Mame/Plon, Paris 1992, 680 pages.
Concile Vatican II et les Codes de Droit Canonique de 1917 et de 1983.
Diocèse de Beauvais, Collectif, ‘Orientations pastorales - les baptêmes d’enfants de 2 à 7 ans’, Septembre 1999.
Evêques de France : ‘Aller au cœur de la foi. Questions d’avenir pour la catéchèse ?’, 2003, Bayard, Cerf, Fleurus-Mame, 63p.
Revue Communio, La Confirmation
Revue diocésaine ‘Eglise de Beauvais’.
Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, Desclée-Mame, Paris, 1997.
Rituel du baptême des petits enfants, Mame-Tardy, Paris 1984.
Rituel de la célébration de la confirmation, Chalet-Tardy, Paris, 1976.
Saint-Siège : ‘Instrumentum Laboris de la X° Assemblée générale ordinaire de Synode des évêques : ‘L’évêque, serviteur de l’Evangile de Jésus-Christ pour l’espérance du Monde’’, La Documentation Catholique n°2251.
Thabor, Encyclopédie des catéchistes, Desclée, Paris 1993.
C. Articles
BANDELIER Alain :
‘La confirmation est-elle à sa place ?’ et ‘Faut-il maintenir la
profession de foi ?’ dans la revue ‘Famille Chrétienne’ 1271 et 1272,
2002.
BORRAS Alphonse : ‘Remodelage paroissial et pastoral des vocations’, dans la revue ‘Jeunes et vocation’ n°95 Paris, 1999, page 8.
DE CLERCK Paul, ‘Initiation Chrétienne, une notion bouleversante’, in ‘Célébrer’ 250, Mai 1995, page 4 à 10
FOSSION André : ‘Vers des communautés catéchisées et catéchisantes, une reconstruction de la catéchèse en un temps de crise’ dans la N.R.T. 126, 2004, pages 598 à 613.
HOMBERT Pierre-Marie : ‘Proposition pour la catéchèse’, dans la revue ‘France Catholique’ 2791, 2001.
LACOSTE Jean-Yves, Paris, ‘La surabondance. Baptême, confirmation, eucharistie’, dans la revue ‘Communio’ VII, 1982.
LEGRAND Hervé, op., ‘Nature et conceptions de l’Eglise’, revue ‘Unité des Chrétiens’, n°123, page dans la revue ‘Unité des Chrétiens’ n°123, juillet 2001, Paris.
REVEL Jean-Philippe, ‘L’achèvement du baptême’, dans la revue ‘Communio’ VII, 5 1982.
R.P.PAPILLON O.P., ‘Documents Catéchétiques’, publication trimestrielle aux éditions CEFAG Paris 1961. n°9 ‘la confirmation’ ; n°13’ la profession de foi’.
D. Sources Internet
DE CLERCK Paul, « Initiation Chrétienne, une notion bouleversante », 2003
28 août 07
2008 Homélie du Saint Jour de Pâques
Pâques 2008, année C
Homélie de l'Abbé Bruno DANIEL
°0°0°0°
Pâques,
joie : Victoire sur le mal et la mort.
Jésus,
vrai Dieu et vrai Homme,
répond aux deux accusations de l’Ancien Testament.
1
- Vrai Dieu, il réfute
l’accusation du Serpent au début du livre de la Genèse.
Le
diable avait dit à l’homme : Dieu ne t’aime pas, il veut seulement ta
soumission.
Hors,
en Jésus, Dieu aime l’homme, sans limite, au delà de toute imagination
2
- Vrai Homme, il réfute
l’accusation contre Job devant Dieu.
Le
diable avait dit à Dieu : l’homme ne t’aime pas. Il te flatte pour obtenir
tes biens.
Hors,
en Jésus, un homme aime Dieu, sans réserve, au-delà même du sentiment
d’abandon.
Oui,
les deux anciennes accusations sont dénoncées.
Dieu
aime l’homme en vérité,
Alors, Oui, il nous faut
donc goûter sans réserve cette joie.
Et pourtant, il nous faut
aller au delà.
Beaucoup
nous disent qu’en fait de victoire, rien en apparence n’a changé.
Toujours
autant de misère, de mort, de méchanceté entre les hommes, et même toujours
autant de détournement de la religion, des religions, et même de pauvreté au
cœur de notre Église.
Et
c’est bien vrai et visible.
Aller
plus loin, nous pouvons et devons le faire en élargissant comme d’habitude
notre regard à toute l’année
liturgique.
Pâques
n’est pas une fête en soi.
Elle
n’est pas limitée à la période entre le carême et la Pentecôte.
Pâques
est en cours de route, sur toute l’année
liturgique.
Et
son terme, qui doit sans cesse focaliser notre regard, notre cœur et notre
désir, son terme, c’est la fin de l’année
liturgique, c’est la fête du Christ-Roi.
Alors,
et alors seulement, nous pourrons célébrer la victoire sans réserve.
Quelle
est donc la différence entre la victoire de Pâques et la victoire du
Christ-Roi ?
La
victoire de Pâques est la victoire
décisive.
La
victoire du Christ-Roi est la victoire
finale.
Un
peu comme la réussite du débarquement en 1944 fut en quelques semaines, une victoire irréversible,
Car
Christ nous sauve non pas d’un mal moral, du péché, de la finitude humaine.
Christ
nous libère du Mauvais.
« Délivre-nous du Mal », c’est en fait, « Délivre nous du Mauvais ».
Comme
le dit l’oraison du Mercredi Saint : Ton Fils fut crucifié afin de nous arracher au pouvoir de
Satan.
Comme
l’ennemi nazi d’hier qui a refusé de capituler malgré l’évidence de sa ruine,
C’est
ainsi que le mal est aujourd’hui encore présent.
Pourquoi
cela ?
Parce
que Dieu est infiniment, absolument cohérent !
Il
a donné toute liberté à toutes ses créatures.
Avec
Pâques, il a vaincu le Mauvais.
Il
a ouvert les portes de la maison occupée par le Mauvais depuis le péché
originel.
Pour
que ceux qui le veulent, puissent choisir de suivre Jésus, il leur faut du temps. Et pendant ce temps, le diable reste
une créature libre, libre de s’opposer à ce projet de miséricorde du Sauveur.
D’où cette lutte jusqu’à la fin des temps, inscrite dans l’Apocalypse.
Il
faut du temps pour que des hommes, les plus nombreux possibles, choisissent non
seulement d’être libérés de l’ennemi extérieur, mais aussi d’être libérés de
leurs propres esclavages, complicités
avec le péché.
Car
de victimes, nous sommes
devenus complices et coupables.
Ainsi,
dans la nuit de Pâques, avant la triple
Profession de Foi, il y a la triple
renonciation :
- Renonciation bien-sûr au péché,
- Mais aussi à ce qui conduit au péché,
- et enfin, à Satan, qui est l’auteur du péché.
Ainsi,
ce chemin n’est pas qu’un simple chemin de progrès vers le bien. Il est un chemin de combat contre le mal, contre son
attrait sur notre nature fragile et blessée, et surtout un combat contre la Mauvais qui n’a pas du
tout envie de se faire ravir les âmes par le Sauveur.
Tel
est l’enjeu de l’histoire. Une bataille entre Enfer et Ciel pour garder ou
délivrer les hommes, chaque homme.
Ce combat est bien trop négligé.
Il
se fait par une vie chrétienne
sérieuse, forte, pour nous et pour toute l’humanité.
- Nous sommes Peuple de prêtres,
nous ne sommes pas d’abord ici pour nous, mais pour les autres, pour le monde,
pour les païens.
Nous
sommes responsables du salut de nos frères. Jésus, en nous donnant la foi, nous
appelle à collaborer à cette œuvre de miséricorde pour le salut de tous.
-
Nous sommes Peuple de Dieu,
nous menons ce combat avec l’intercession des Saints, des Anges et, commence
ainsi la litanie de la nuit de Pâques, avec l’intercession majeure de Notre-Dame et de Saint- Michel.
De
ce combat, notre Eglise ne veut plus beaucoup entendre parler.
Cela
fait mythologie.
On
a tout psychologisé.
Le
mal ne serait qu’une fêlure psychique et morale.
Et
puis, il faut positiver.
Jésus
est un gentil adepte de la tolérance absolue.
Dieu
est si bon qu’ « on ira tous au paradis ».
Et
puis, je ne fais vraiment pas grand-chose de mal,
Et
je vais à la messe … quand je le sens, quand j’en ai besoin.
Désolé,
mais la joie de Pâques n’est pas ce petit gâteau au chocolat pour enfants
sages.
C’est
une victoire décisive. Et ceux qui disent " je crois" sont en fait
engagés au combat pour y témoigner de la force de l'amour contre toute
tentative de corruption.
Témoigner,
qui se dit en Grec, Martyr.
Oui,
ma joie est une joie forte, une joie de guerrier
de la charité, comme par exemple une Mère Theresa l’a incarné.
La
petite Thérèse a été, elle
aussi, de ce genre de battante, de combattante.
Saint Paul au terme de sa vie employait ce langage guerrier
des soldats du Christ, des soldats de la charité : J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat.
Et
encourageant son disciple Timothée, il l’incitait ainsi :
Oui,
frères et sœur, il nous faut nous réveiller, de ce matin de Pâques, et faire
attention : la sainteté n’est pas réservée au fier apôtre ou à une
lointaine petite religieuse canonisée.
La
sainteté est notre vocation, la sainteté est notre devoir.
Jean-Paul II l’a rabâché aux jeunes, sur 25 ans de JMJ.
La
sainteté est notre vocation.
Ma
vie à la suite du Christ,
Joyeuse
Pâques, cela veut donc dire :
bonne route avec les armées du Seigneur,
Cela
veut dire non pas une joie gentillette,
Si
telle est bien votre foi,
Et
aussi, bonne route
à
la fête du Christ Roi.
Rendez-vous au ciel, au plus vite. Amen.
2002-2007 Homélies du 11 novembre
11 novembre 2007
32ème dimanche Ordinaire,
année C
Homélie
Maccabées
7, 1-2.9-14 : la foi en la Résurrection.
Psaume
16-17 : Par ta justice, je verrai ta face, au réveil je me rassasierai de
ton visage.
Thessaloniciens
2,16 – 3,5 : Dieu fidèle, vous affermira et vous protègera du Mauvais.
Luc
20, 27-38, Echange avec les Sadducéens contre la résurrection.
1914-1918,
une date importante à Noyon.
Selon
le mot à la mode, un « devoir de mémoire ».
Pour
nous chrétiens, avec la mesure du « Mémorial »
Un
devoir surtout de susciter le monde du XXIème siècle.
Quelques
évènements, qui ne resteront probablement pas dans les mémoires collectives,
mais qui me paraissent symboliques de
l’évolution de notre monde.
-
Au Kosovo, comment concilier la majorité actuelle musulmane avec le respect du
patrimoine orthodoxe. La destruction des Bouddhas en Afghanistan avait suscité
beaucoup d’émois, la destruction des églises millénaires orthodoxes est ignorée
des Français. Ça me gène.
-
En Espagne, la canonisation de 498 Martyrs de la Guerre civile autour des
années 1936 me semble infiniment légitime. La persécution fut tout à la fois un
acte politique et un acte antichrétien. Il faudra aussi à l’Espagne faire
l’inventaire des drames de l’époque Franquiste. Ce n’est pas facile.
-
En Allemagne, des personnes nées dans l’Islam ont créé une association
pour manifester leur apostasie et
revendiquer publiquement le droit de quitter leur religion de naissance, que ce
soit pour une décision d’athéisme, d’agnosticisme ou d’adhésion à une autre
religion. C’est un acte politique majeur du monde en l’année 2007.
-
A la Cité des Sciences de Paris, la « zizi expo » présentée par
Titeuf, veut désinhiber les 9-14 ans face au sexe. Outre le contenu très
tendance avec laquelle on peut avoir des réserves, outre l’absence totale
d’évocation de l’amour et de sa durée de bonheur, il est surtout symptomatique
que les espaces d’information sur la masturbation et l’homosexualité soient
interdit aux parents. Cet interdit me scandalise.
-
En Hollande, la justice laisse, au nom de la démocratie, exister un parti qui
promeut la pédophilie. Ça m’angoisse.
-
En France, des élections nationales ont posé la nouvelle donne.
Six
mois d’un nouveau président.
Un
rythme soutenu de réformes. Des mouvements sociaux.
Des
populations fragilisées. Anxiété devant des pertes de pouvoir d’achat.
Notre
démocratie a beaucoup évolué ces dernières décennies.
L’équilibre
des trois pouvoirs traditionnels, législatif, exécutif et judiciaire, a vu
émerger dans les médias un quatrième pouvoir très complexe, tout à la fois de
« l’opinion et de l’argent ». Qui détient de fait un pouvoir ?
Quel sera le nouvel équilibre ?
Des
« mouvements sociaux » sont en cours.
Puisse
les extrémismes, souvent catégoriels et minoritaires, ne pas oublier qu’en
démocratie, la légitimité ne vient ni des sondages ni les grèves de blocage,
mais des urnes.
Puisse
quelques extrémismes politiques ne pas faire des fragilités de nos sociétés en
mutation, le pain des rancœurs et les points de blocages gênant les mutations
nécessaires de notre société confrontée aux mutations inhérentes à la
mondialisation. En France, il est plus facile de jeter quelques étudiants dans
la rue que de réussir une réforme.
Ce
printemps, nous aurons les élections locales, municipales.
Monsieur
le Maire, il semble que vous ne vous représenterez pas.
Chacun
dira ses pensées, en son temps.
Comme
curé, permettez moi, en cette messe tout à la fois « paroissiale du jour
du Seigneur » et « officielle du 11 novembre », d’y voir le lieu
où vous saluer pour l’ouvrage accompli.
Nous
rappeler d’abord :
Les
conditions de votre prise de charge.
Le
décès tragique de notre ancien maire, Monsieur Labarre et votre acceptation,
dans cette crise si douloureuse pour Noyon, d’assumer ces responsabilités
inattendues. Le cours de votre propre vie en a été changé.
Votre
ouvrage sera jugé, à charge et à décharge. Techniquement.
Au
delà des réussites et des limites, il faut honorer votre bonne volonté et vos
vertus. Je ne saurais oublier que vous fûtes intronisé Marguillier et que vous
l’êtes toujours : les vertus que vous avez fait promesse d’honorer, sont
Loyauté, Probité et Charité. Devant Dieu, c’est ce qui compte.
Comme
Affectataire de cette cathédrale, je voudrais me réjouir que vos engagements
pour le patrimoine, notamment pour l’entretien du clôt et du couvert de notre
cathédrale, viennent de trouver un heureux début de réalisation. Les toitures
depuis 15 jours, les vitraux très prochainement.
Oui,
il en faut aujourd’hui du courage pour servir le patrimoine dont nous sommes
héritiers. En quelques mots mis sur le blog paroissial, l’Affectataire que je
suis, voulait rappeler que l’artisanat et le tourisme sont nos premières
entreprises. Et que la culture d’un pays en est son âme.
Au
budget de janvier 2007, vous avez permis le vote, pour la 1ère fois
à Noyon, d’une ligne budgétaire consacrée à l’entretien de ce joyau gothique
que nous pouvons utiliser pour le culte et la culture, mais dont nous avons
surtout la charge devant l’histoire, devant nos ancêtres et nos enfants, de ne
pas laisser aller à la jungle puis à la ruine.
Puisse
votre ultime budget en janvier 2008 continuer cet effort, et en 2009, votre
successeur et sa nouvelle équipe, persévérer dans ce courage politique.
Les
élections !
C’est
d’abord dans ce monde un luxe, et donc un devoir que l’Eglise rappelle sans
cesse à ses fidèles. Un chrétien ne saurait légitiment négliger son devoir de
voter. Cela vaudra pour 2008.
Des
élections, ce sont aussi des listes diverses.
L’Église
n’est pas bien à l’aise avec les extrêmes de droite comme de gauche. Quand bien
même 20% ou 1/3 de ma communauté voterait Front National ou Parti Communiste,
je dirai toujours ma gêne.
Ensuite,
ces élections, ce sont des listes diverses, où l’Eglise espère voir s’engager
des catholiques, s’engager aux affaires du monde, selon le jugement de leur
conscience.
J’ai
connu à Clermont cette période d’élection, où les clans s’organisent et
s’affrontent. La loi du genre, du débat, conduit inévitablement à des
surenchères, à des excès, à des injustices, à des blessures. La communauté peut
en être bousculée. Que les catholiques du Noyonnais se rappellent, chacun pour
soi et non pas pour rappeler à leur vis-à-vis, ces valeurs de notre Saint Eloi,
la Loyauté, la Probité, la Charité.
A
la messe du Dimanche, de gauche, de droite, du centre, vous aurez à vous serrez
la main. Non parce que vous serez pacifié en vous et entre vous, mais parce que
devant nos batailles, avec leurs générosité et leurs excès, leurs passions
autant que leurs péchés, nous confesserons que l’histoire se joue devant
l’éternité, et que c’est la Justice selon l’Evangile et la Paix du Christ que
nos voulons pour chacun et pour tous, surtout le plus pauvre. Parfois ce pauvre
semble être l’opposant politique !
Comme
dans tous les champs du monde, l’Evangile a aussi son mot à dire en politique.
Que le débat fuse, que la charité domine. Seul le courage de la Paix du Christ
partagée à la messe après le Notre-Père, vérifiera que vous êtes toujours des
chrétiens engagés en politique, et non pas des hommes ou des femmes coupés en
deux.
Ainsi
les soubresauts probables ne seront pas des signes négatifs et catastrophiques
pour la paroisse. Ils seront au contraire le beau signe que des chrétiens sont
engagés aux affaires du monde, mais demeurent bien vivant en leur commuanté,
lieu source et sommet de la vie chrétienne.
L’évangile
est la chance du monde, et aujourd’hui, l’évangile à une nouvelle chance d’être
entendu du monde.
Entre
le prosélytisme inacceptable et le mutisme coupable, l’Eglise annonce devant la
société civile dont elle est membre, la joie de l’amour de Dieu pour sa
créature. Dieu veut être connu en sa vérité, comme Père et ami des hommes.
Hors,
l’Eglise en période de mutation, fut douloureuse, et maladroite peut-être, dans
les grandes mutations du XXème siècle, et même des cinq ou six siècles de la
modernité.
Aujourd’hui,
le monde devient ce village mondial. La crise, c’est l’ébranlement des vies
locales. Mais c’est aussi l’émergence d’un nouvel âge. Nous ne pouvons pas le
deviner. Tout homme et toute femme de bonne volonté participe à son émergence.
Il y a des pertes de repères, mais aussi l’esquisse de nouveaux points
d’appuis. Et là, nous voyons une opportunité nouvelle pour que l’Eglise puisse
annoncer la Justice, la Tendresse et la Miséricorde de Dieu en Jésus. Dans
de nombreux pays, l’Evangile trouve un écho nouveau dans les cœurs.
L’évangile
de ce dimanche évoque ces débats aux dialogues sans fins autour de la
résurrection. Contrairement à l’opinion des quelques athées, les hommes de
l’antiquité n’ont pas inventé la croyance en la résurrection par peur de la
mort. Non, mais c’est Israël quelques décennies avant l’incarnation qui en
reçut la révélation pour que soit défendue la justice de Dieu.
C’est
cette vie éternelle, créée et sauvée, qui fait que nos vies, nos engagements,
nos amours ne sont pas des impasses. Comme le poète le sait, et les amoureux,
la joie et l’amour au cœur de l’homme, riment avec toujours.
Chrétien
et catholique, dans le monde et en face du monde, je suis bien là, à l’ouvrage
avec tous, mais mon âme aspire au ciel.
Chrétien
et catholique, parce que Dieu croit en sa créature, je crois en Lui.
Dans
15 jours, voici la fête du Christ-Roi
Que
son règne vienne, vite,
Amen
Abbé Bruno DANIEL
~*~
11 novembre 2004
Fête
de la Saint Martin, évêque. Mémoire.
Cathédrale de Noyon.
Homélie
Michée
6, 6-8. : Pratiquer la justice, aimer la miséricorde, marcher humblement
avec ton Dieu.
Psaume
1 : heureux l’homme, les 2 voies, ‘en son temps’.
Matthieu
25, 31-46 : A droite ou à gauche.
Ceux
qui viennent tous les dimanches le savent.
Le
père Bruno ne rédige qu’une fois par an son homélie sur son ordinateur.
Par
sagesse. Car une homélie du 11 novembre n’a rien à voir avec ces
Aujourd’hui,
il n’y a pas que des frères et des sœurs du Christ.
Il
y a des invités, les citoyens de la commune.
La famille chrétienne reçoit, la maison chrétienne ouvre
ses portes pour ses frères et sœurs en humanité.
Il
faut donc des mots ajustés à une telle circonstance.
Des
mots spirituels. Non pas forcément religieux, mais spirituels, qui invite l’esprit
à grandir et à chercher ce qui est plus beau, meilleur, plus vrai.
Des
mots forcément graves. C’est la mémoire de la boucherie de 14-18.
Des
mots donc qui parlent à la conscience.
On
ne peut pas parler pour ne rien dire un tel jour. Ce serait indigne.
14-18,
c’était un combat pour des valeurs, pour éviter la barbarie, la confusion. Et
les valeurs religieuses y participaient.
Le
livre d’Annette Becker que je vous conseille, « La guerre et la foi. De la
mort à la mémoire. 1914-1930 » nous dit bien la complexité de tout ceci.
Et
notre assemblée et du même type de complexité, de diversité.
Des
mots pour apprendre à vivre ensemble, puisque nous célébrons une armistice et
que nous vivons des temps de guerre.
Les soldats morts en côte d’Ivoire auraient pu être du RMT !
Des
mots pour apprendre à vivre ensemble dans une société mondialisée.
En mai 2004, l’Europe est
passée à 25. Une Europe qui refuse dans sa Constitution de reconnaître ses
racines chrétiennes ! Comment se construire en refoulant son passé ? Comment
nier le patrimoine religieux européen si bien représenté par notre
cathédrale ?
On
nous dira que le lien, aujourd’hui, ne saurait être que laïc, républicain.
Mais justement, puisque
c’est sur une terre riche de 1500 ans de chrétienté qu’a pu surgir pour la
première fois démocratie et laïcité, l’avenir de ces valeurs ne pourront pas
être assuré si on nie le terreau et la source historique de ces valeurs
actuelles ! Même si le surgissement du monde moderne fut problématique,
déchirant, mais n’en va-t-il pas ainsi de tout engendrement, il n’y a pas
opposition mais continuité vitale et vrai solidarité de ces époques.
Il
y a aussi la question de l’adhésion de la Turquie qui occupe les esprits.
C’est
encore la question de l’identité de l’Europe, manifestée par la question de ses
frontières ou de l’absence de frontières de l’Europe.
Avec elle aussi , la question de l’articulation de l’Islam et de la démocratie : au delà des bonnes volontés sociales, comment l’Islam se situe-t-il théologiquement vis à vis de la modernité surgit en occident ?
La mondialisation
culturelle et économique rend notre question mondiale. A l’heure où en Chine,
en Inde des personnes sont encore tués ou persécutées pour leur convictions
religieuses, je voudrais poser une question :
A-t-on le droit de quitter, de changer de groupe de pensée, de changer de religion ?
Un
Chrétien a-t-il le droit de devenir Bouddhiste, Musulman, Athée même ?
Un
Musulman a-t-il le droit de devenir Bouddhiste, Chrétien, Athée même ?
Un
Athée a-t-il le droit de devenir Bouddhiste, Musulman, Athée même ?
Les
chefs religieux sont-ils prêts à enseigner cette liberté, comme inhérente à la
liberté religieuse, essentielle aux droits de l’Homme et à la dignité de Dieu
et affirmée légalement dans la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme ? Sont-ils prêts à affirmer cela publiquement ?
Nous
sommes différents, nos mentalités, nos cultures, nos mémoires, le sens de nos
mots, tout.
Un exemple :
l’habillement de nos femmes !?
Où est l’équilibre entre les « toutes nues » sur nos écrans ou les « toutes voilées » de nos médias ?
L’association
« ni putes, ni soumises »
fait son travail. J’aime bien ce titre provoquant, mais si explicite.
A cause du péril bien visible de ces différences, mais aussi pour dévoiler toutes leurs richesses potentielles, je rêve de ce livre d’histoire composé par les experts de divers groupes.
Nous sommes riches de nos
différences : Il faut s’intéresser au point de vue de l’autre.
A priori, il nous est
étrange, on le juge partiel ,partial, déséquilibré, injuste. Mais l’autre pense
spontanément pareil de notre point de vue sur le même évènement.
Je rêve d’un livre, un
livre d’histoire pour les enfants de nos écoles, fait entre allemands et
français, évoquant 14-18 et 39-45. On découvrirait vite que, du point de vue
des Allemands, il faudrait ne pas oublier d’autres chapitres, relatifs aux
massacres causés par les soldats de Louis XIV et de Napoléon en Allemagne.
J’ai
regardé lundi soir le film jusque là interdit : « La bataille d’Alger ».
Il me faut oser regarder la version de l’autre. Il nous faudra un jour en
parler ensemble.
Je
rêve d’un livre d’histoire entre Français et Algériens, mais aussi entre Juifs
et Palestiniens, entre Hutus et Tutsi.
En
choisissant d’écouter réciproquement la version de l’autre, en écoutant nos
ressentiments réciproques, un grand pas serait déjà accompli.
J’ai
aussi énormément aimé, au cours de l’année 2000 qui fut pour l’Eglise
Catholique l’année du Jubilée, j’ai beaucoup aimé le mouvement de Jean-Paul II
appelé « la repentance ». Affronter les critiques légitimes, se
remettre en cause, demander pardon. L’Eglise, pour moi, a ouvert là, humblement
et prophétiquement, une voie immense d’avenir pour la réconciliation et la paix dans le monde.
On
en revient à la racine, la base, la clef de tout ceci, la « Liberté
Religieuse ».
Dans ce monde devenu un village, il faut aux hommes et aux communautés, écouter, connaître et respecter la conviction religieuse de l’autre, autre personne, autre communauté.
Autrefois,
il y a 100 ans, notre laïcité française avait choisi de séparer l’Eglise et
l’Etat en expulsant les forces vives de l’Eglise catholique, les religieux, les
enseignants et hospitaliers, et même les contemplatifs.
Et
notre société actuelle n’arrive toujours pas à comprendre le fait religieux si
fortement refoulé.
Elle
regarde sidérée nos libérateurs américains de 1918 et de 1945 sans comprendre
leur expression religieuse. Beaucoup de Français les considèrent comme des
primitifs.
Mais
en même temps, elle ne comprends rien non plus aux soubresauts des sociétés
musulmanes confrontées à la rencontre d’une modernité, modernité directement
issue de ‘nos’ droits de l’homme et de la chrétienté. La question leur est
posée : reconnaissent-elles aux musulmans eux-même, le droit de quitter,
de changer de groupe de pensée, de changer de religion ?
Aujourd’hui,
il y a urgence à ce que l’Islam nous réponde.
Je
rêve d’hommes politiques experts en Théologie, capable de comprendre ce qui
semble être inacceptable à l’Islam dans cette question de la liberté
religieuse, question que nous avons nous même dû découvrir avec le temps.
Cette
capacité en théologie de nos hommes politiques permettrait aussi à nos
dirigeants de comprendre ce qui est en jeu dans bien des domaines de la gestion
des affaires sociales, comme par exemple pour la polygamie.
Nos
sociétés ne savent plus à quel saint, ou à quel marabout se vouer.
Si
on prétend respecter les droits de l’homme, on doit refuser la polygamie.
Si
on prétend respecter la culture des autres, on doit accepter cette pratique
ancestrale.
Je ne sais si les femmes s’y retrouvent !
Mais
pour cela, il nous faudrait réinvestir le champ du religieux ! Il faudrait
que notre société française prenne au sérieux ce qui habite le cœur de milliard
d’hommes sur la terre.
Malheureusement,
Régis Debray, l’homme du rapport en 2002 sur « le fait religieux à l’école » vient de démissionner de
l’Institut Européen en Sciences des Religions.
Il
dénonce « l’absence d’une réelle
volonté nationale d’impulser cet enseignement d’ordre historique et
philosophique ».
La
loi sur les signes religieux, dont ce que j’ai entendu dans les médias me
laisse circonspect, devait précisément « conforter
un espace laïque apte à parler du fait religieux ».
De
toutes façon, il faudra bien y arriver, et le plus vite sera le mieux.
Sinon,
notre société n’aura que les téléfilms pour continuer à dérailler vers le non
sens et vers la barbarie !
Sur un journal T.V., récemment, l’introduction à cette série américaine programmée à 20h50 : « Tandis que Jason quitte Phoebe après avoir appris qu’elle était sorcière, Richard prononce une formule magique pour se libérer d’un mauvais Karma » !
Mon Dieu, au delà du ludique, quelle misère !
Si
le religieux est chassé par la porte, il rentre par la fenêtre.
Le
rassemblement d’aujourd’hui, qui tombe en la fête de Saint-Martin, nous
rappelle qu’il y a 1900 ans, un simple militaire à suivi la voie de son cœur,
la voie de sa conscience. Il a fini évêque.
Dans
notre Cathédrale, nous nous rappelons qu’il y a 1500 ans, un simple
artisan-fonctionnaire a fait le même chemin. Il devint aussi évêque, Saint-Eloi
Quelque
soit sa conviction religieuse, celui qui unit son cœur et sa conscience peut
apporter sa pierre à la construction d’un monde meilleur.
Ca
vaut mieux que de se la jeter à la figure. C’est la clef de Michée, la
miséricorde sans laquelle le religieux est dévoyé, perverti.
Le
prophète Michée nous a invite de fait à « Pratiquer la justice, aimer la
miséricorde, et marcher humblement avec notre Dieu ».
Voilà,
dans ce cadre, comme chrétien j’ai donc légitimité à revendiquer de pouvoir
proclamer doucement, mais librement, que la source, le surgissement de ce beau
vient du Dieu créateur et ami des Hommes qui a donné sa vie pour nous.
C’est
tout, et c’est énorme.
Ainsi-soit-il.
Abbé Bruno DANIEL
~*~
11 novembre 2003
Cathédrale de Noyon.
Homélie
Vous
vous souvenez, l’an dernier, cette homélie pour moi si importante, non
seulement en taille, mais surtout dans ce que cela signifiait pour un jeune
prêtre n’ayant pas connu la guerre, de prêcher en ce jour à Noyon, ville martyr
de la guerre 14-18. Je me disais au lendemain, que je pourrais, les prochaines
fois, faire plus cour, un peu formel.
Mais
cette année encore, je ne peux accomplir ce devoir de mémoire civique et
liturgique de façon formelle, et c’est tant mieux.
Depuis
un an que je suis archiprêtre de la cathédrale, mon attention ne s’est pas
émoussée, bien au contraire. Et cette mémoire articulée à nos problèmes de
société demeure bien vive en moi.
Depuis
un an, j’ai lu trois livres :
« Les
carnets de guerre » de sœur Saint Eleuthère,
D’Emile
Clermont, « Le Passage de
l’Aisne »,
Et,
édité par Radio France, les « Paroles de Poilus, lettres et carnets du
front ».
Depuis
un an, il m’a été donné de retourner dans les carrières de Confrécourt, sur les
côtes d’Attichy. D’y retourner et de célébrer la messe là-même où le Père
Doncœur et des milliers d’autre aumôniers avaient célébré la messe pour ceux
qui disparurent, ou revinrent pour la plus part mutilés à vie dans leur chaire
et dans leur cœur.
J’ai
aussi récemment visité l’Historial de Péronne et les souterrains
d’Albert !
Je
viens de voir aussi dimanche soir sur ‘France 3’, et peut-être l’avez-vous vu
aussi à 23h30, le documentaire intitulé « Passé sous silence ». Dans
les armées de tous pays, ces dizaines et centaines de « fusilliers pour l’exemple », ceux de Vingré
que je connaissais, ceux de Craonne, que je découvrais !
Comment
dire l’émotion, le paradoxe.
D’abord
la mémoire, l’admiration, la dette devant la folle abnégation de ces millions
de poilus !
Mais
aussi la mémoire, la colère, le scandale de cette folie, de ces États bouchers
de leurs enfants, de leurs ‘petits’.
Nos
Héros, patriotes s’il en fut, héros d’avoir du vivre avec un fusil devant et,
parfois ? souvent ?, un fusil derrière.
Et
il y a aussi la guerre entre deux nations chrétiennes où chacun, dans son camp,
invoque le même Dieu pour la victoire, ou seulement sa propre survie !
Je
cite le soldat Français page 55 : « Et dire qu’il y a vingt siècles
que Jésus-Christ prêchait sur la bonté des hommes ! Qu’il y a des gens qui
implorent la bonté divine ! Mais qu’ils se rendent compte de sa puissance
et qu’ils la comparent à la puissance d’un 380 boche ou d’un 270
français !… Pauvres que nous sommes ! P.P.N. », c’ est à
dire quand même, « Priez Pour Nous ».
Je
cite le soldat allemand page 56 : « Je vais aussi écrire à Guste. Je
vous embrasse et vous recommande à Dieu.
Voilà
cette mémoire, douloureuse et compliquée, qui nous rassemble aujourd’hui devant
les monuments aux morts et dans les églises.
Voilà,
et nous qui voulons et devons accomplir ce devoir de mémoire, c’est devant
l’aujourd’hui que nous avons à être et à agir.
Comme
l’an dernier, je ne peux faire mémoire sans parler d’aujourd’hui.
Depuis
un an, l’actualité continue, avec ses couleurs guerre et paix.
Nos
militaires du R.M.T. sont à l’extérieur !
Il
me semble, malgré la paix actuelle sur notre territoire, que tout est pareil
qu’en 14-18 :
Le
monde est complexe. Il y a des guerres, il y a des blocages internationaux. Il
y a encore fierté et confiance dans le progrès, il y a inquiétudes face aux
blocages sociaux. Confiance et peur, société repue et inquiète. Et nos
politiques, nos élus essaient des solutions.
Tout
est complexe.
Tout
peut donner le meilleur ou le pire.
1
- J’évoquais l’an dernier l’articulation des religions entre elles, le droit
même de les quitter, que l’on ait été plongé dedans petit ou qu’on y ait adhéré
adulte, sans quoi, on est devant un système gravement sectaire et même
totalitaire. L’Islam en occident et dans la modernité reste pour moi une
question complexe. Je viens de lire un livre édifiant, le tout petit livre, 46
pages gros écrit, de cette femme iranienne désormais réfugiée en France, Chahdortt Djavann, « Bas les
voiles ! », livre que tout élu devrait avoir lu !
2
- Je pense aussi à l’influence des médias, particulièrement de la télévision.
Il s’y joue une autre guerre de dupes, entre tenants d’un libéralisme
économique, faire de l’argent avec
n’importe quoi, et d’un libéralisme moral, qui dérégule toutes normes sociales et
particulièrement celles de la Famille. Même l’éditorial du Courrier Picard parle, au sujet de notre nouvelle
Marianne, « d’émissions racoleuses … de manipulations, qui frisent
l’abjecte … d’exhibition, de vulgarité, et en prime, de la négation sournoise
de la pensée ».
3
– Je pense encore à notre bonne démocratie, régime lui-même aussi
complexe ! Le bien et la loi dépendent-ils de la majorité, si malléable et
manipulable ? Et où l’évolution va-t-elle nous conduire ?
4
– Je pense enfin aux fameux « Droits de l’Homme ». Sous prétexte de
respect des cultures et sous caution de laïcité, seront-ils caution pour
l’excision et la polygamie, caution pour le ‘tchador’ et un jour la ‘burka’
contre la dignité de la femme et contre l’égalité homme-femme ?
Rien
n’est écrit, tout est complexe, éprouvant à penser, au point que beaucoup ne
veulent plus penser. La télé distrait d’un monde impensable.
Et
donc, tout est ouvert, pour le meilleur et le pire. Le conflit et la paix.
Nous
sommes responsables.
1
- La religion, désormais les religions, peuvent-être utilisés au service des
guerres ou être source de paix.
2
- Les médias peuvent être idole abêtissantes de la société de consomma-tion ou signe d’un monde ouvert et
fraternel.
3
- Le progrès scientifique peut être outil de la course à l’argent pour
l’argent, de la folie destructrice de l’environnement ou bien au service du
bien commun.
4
- Les droits de l’Homme seront-ils des repères sûrs pour gérer la pluralité
culturelle actuelle ou bien les oublierons-nous pour une éphémère paix
sociale ?
Dans
un monde de plus en plus complexe, il y a l’appel aux hommes de bonne volonté
pour construire un monde fraternel et nécessairement pluriel.
Oui
à la recherche de la Vérité et à la proposition d’un dogme religieux.
Mais
oui aussi au Droits de l’Homme.
Alors
j’admire la bonne volonté des entrepreneurs, entrepreneurs d’économie autant
que de lien social, particulièrement des élus qui font ce qu’ils peuvent, en
conscience, pour le bien commun, et c’est l’essentiel.
Dernière
complexité. Notre histoire nationale veut que la société laïque passe
officiellement dans l’église. Cela
aussi sera-t-il un jour, remis en cause ?
En
tout cas, dans l’église, il faut rappeler qu’il y a pour inventer aujourd’hui,
comme hier, aussi et surtout l’Amour inconditionnel de Dieu révélé sur la Croix
du Christ. La Parole de Dieu, entendue en ce jour, nous invite à la sagesse
spirituelle et au service. Entre Espoir et Désespoir, demeure l’Espérance.
En
tout cas, il y a pour inventer aujourd’hui, comme hier, une Eglise, une
communauté qui parle d’amour et de pardon. Qui tout à la fois engendre et
apprend la modernité.
Parmi
les slogans à la mode, on parle « du
siècle qui sera religieux ou ne sera pas ». On ajoute désormais, qu’il
faudrait à notre monde « un
supplément d’âme ». Je ne sais si nos concitoyens s’y intéressent.
Même les chrétiens négligent leurs devoirs religieux ! Est-ce le meilleur
moyen de servir l’amour de Dieu et l’amour des autres ?
Parmi les clefs pour inventer cet aujourd’hui, je confesse la source unique pour moi de l’Evangile de Jésus-Christ, Prince de la Paix.
Mais pour tous, il y a au moins une certaine tonalité de sagesse à mettre ne œuvre. J’aime la sagesse biblique qui ne demande pas la croyance pour imposer sa pertinence universelle. Elle est rapportée par le bon et sage pape Jean XXIII, il y a 45 ans, qui enseignait cette règle en 4 points. Il nous proposait :
« La Vérité, comme
fondement des relations.
La Justice comme règle.
L’Amour mutuel comme moteur.
La Liberté comme climat » .
Voilà.
Suis-je
hors sujet ?
Ai-je
bien respecté tout à la fois, la confession de foi de ce moment à la
cathédrale et la laïcité de la mémoire de ce jour ?
La
paix et la justice sociale, la paix religieuse, la laïcité, bientôt la mémoire
de 1905 qui précéda 1914,. Je ne peux faire mémoire des grandeurs et misères de
cette mauvaise guerre sans travailler, sans oser parler pour aujourd’hui.
La célébration de la Mort et de la Résurrection du Christ, l'Innocent crucifié, l'Innocent qui a refusé la colère, nous engage aujourd'hui.
Le devoir nous engage aujourd'hui.
Ainsi-soit-il.
Abbé Bruno DANIEL
~*~
11 novembre 2002
Cathédrale de Noyon.
Homélie
Passé
et guerres politiques
Présent
et paix laïque
Donner
une homélie à sa communauté chrétienne est toujours une responsabilité.
Parler
devant un auditoire hétérogène, anciens combattants, responsables politiques …
l’est plus encore. J’étais à la conférence de Pierre Miquel. Nous sommes à
Noyon, en ce 11 novembre. J’étais hier dans les carrières entre Autrèche et
Nampsel, je me suis recueilli sur les cimetière Français et Allemands !
On
ne peut préparer ces mots sans émotion et respect.
Mais
il y a aussi que je n’ai pas connu la guerre. Et ces dernières années, j’ai
toujours laissé la parole à mes frères prêtres qui « étaient passé par là » :
Jacques Waret, 39-45, Michel Cardot avec la Guerre d’Algérie.
Je
n’ai pas connu la guerre, mais j’ai tellement de souffrance devant l’amour qui
meurt, dans une société où 50% de l’amour meurt.
J’étais
encore, voici quelques jours au théâtre à Paris, dans une pièce tragi-comique,
« Ne pleure pas Pénélope », où trois femmes dans la force d’age,
titubaient et se déchiraient entre l’amertume du« il n’y a pas d’amour
heureux » et l’angoisse de la solitude.»
Sans
vouloir juger ni les personnes ni les conditions sociales que je partage avec
vous, comment espérer la paix entre les peuples quand la moitié des hommes et
des femmes qui font alliance par amour ne tiennent pas plus de 20 ou même 5 ans
dans la paix, avant de divorcer ?
Je
voudrai dire des mots qui osent ne pas être de pure forme. Ce ne serait point
honorer les valeurs en jeux dans les horribles conflits du siècle passé et dans
les angoisses d’aujourd’hui.
L’évocation
du passé est faite pour inventer aujourd’hui. Je voudrai parler de la paix aujourd’hui,
la place du fait religieux dans nos sociétés.
Nous
avons évacué le fait des religions vivantes pour nous limiter aux religions
mortes, de l’Egypte et de la Grèce. Mais comment construire la paix aujourd’hui
si les valeurs et convictions essentielles à 90 ù des citoyens sont de l’ordre
du tabou, muselées dans le privé.
La
paix exige que nous apprenions à nous parler, croyant en Dieu de toutes
confessions comme croyants en Non-dieu. La paix ne pourra être sans clarté
théologique, sans parole libre et publique sur les religions.
Nos
émotions blessées rendent cette tâche périlleuse, mais ces mêmes émotions
blessées rendent ces efforts urgents.
Nous
sortons d’une époque où laïcité rimait avec privatisation du religieux. Des
consciences demandaient à émerger dans une société plurielle, face à une
tradition catholique trop riche ou trop lourde. L’Eglise se résolut au service
réduit des valeurs. Quant à la transcendance, chacun avait sa vérité … quelle
que soit en fait La Vérité. Et une minorité de blocage, laïcarde, devint
gardienne de cette orthodoxie politico-religieuse.
Mais
je dois vous parler, aujourd’hui, un an après un autre 11, le 11 septembre
2001.
Dans
ce séisme, ce n’est pas la misère qui est source de violence.
C’est
tout simplement la modernité, l’adaptation à la modernité, la fameuse
mondialisation, qui est violente, par le seule fait de sa rapidité.
Comme
l’ado qui change trop vite et qui en est fortement perturbé.
Et
dans cette pression tout est bon pour exporter sa souffrance, son devoir
angoissant de changer, sans perdre son identité, sa vérité.
Alors
que l’époque précédente marginalisait, privatisait le religieux, notre époque
l’instrumentalise.
Il
faut donc prendre au sérieux les faits religieux, il faut donc avoir le droit
d’en parler, entre nous, sur la place publique, pour que des gens ne les
détournent pas au profit de leur mauvaises solutions aux crises de croissance
de notre monde.
Le
11 septembre 2001 ne doit pas conduire à un nouveau silence des croyants. Bien
au contraire.
La
laïcité n’a de sens et d’avenir que si elle est la possibilité de l’expression
publique de nous convictions et de nos différences religieuses, théologiques.
Je
me réjouis qu’à Assises, dans le souffle de François d’Assise, des dignitaires
juifs, chrétiens et musulmans se soient à nouveau rencontrés ces derniers jours
La
laïcité n’a de sens et d’avenir que si elle permet vivre nos passions
religieuse en voisins. La laïcité n’a de sens que si elle nous permet de dire
et de parler de nos croyance et donc nos différences de croyance, et même de
nos propositions de croire.
Je
voudrai prendre un exemple extrême.
Notre
société est-elle l’espace où je peux, sans arrogance ni volonté blasphématoire,
dire à mon frère en humanité, de religion musulmane, que pour moi, le Coran
n’est pas la dictée de la Parole de Dieu, que Mahomet n’est pas Prophète. De
même que mon frère en humanité, de religion juive, peut-il me dire, sans
arrogance ni volonté blasphématoire, que pour lui, le Nouveau Testament n’est
pas Parole de Dieu et que Jésus n’est pas le Messie.
Ainsi,
puis-je proposer à mes frères en humanité juifs et musulman de devenir
chrétiens, parce que la plénitude de la révélation est dans la personne du
Christ ? Et de même, mon frère musulman peut-il nous proposer à tous
deux ce qui est pour lui l’achèvement
de la révélation dans l’Umma de l’Islam. Et de même encore, mon frère Juif
peut-il dire publiquement ce qu’il pense en conscience, à savoir que ni Jésus
ni Mahomet ne sont parole autorisé de Dieu.
Tout
est dans le mot « proposer ».
Et
ce dialogue n’est pas mauvais prosélytisme caché, mais le droit légitime de
proposer à l’autre ce qui, en conscience, est clef de vérité pour moi.
Il
faut en particulier que deux religions essentiellement missionnaire par
essence, le christianisme et l’islam, puissent mettre pacifiquement en œuvre
cet aspect missionnaire de leur identité, dans le respect des consciences
individuelles et de la paix publique.
Et
cette attitude n’est ni hypocrisie ni manque de cohérence du croyant.
Elle
est pleinement respectueuse de celui que nous confessons comme créateur, qui a
créé la conscience par laquelle nous prétendons tous l’adorer.
Si
« adorer » a du sens pour l’homme, c’est que sa conscience y est
engagé et donc la liberté, sans quoi les animaux devraient aller au culte.
Pouvons
nous nous le dire et parler publiquement de ces choses là. Que notre passion
pour la Vérité de Dieu au cœur de l’homme ne se traduise pas en guerre contre
l’homme.
Et
ce quelle que soit la violence du passé, des Inquisitions, des Choas et des
Djihads de tous les siècles, qui devait nous imposer justement ce nécessaire
esprit de dialogue plein, vous le comprenez, de respect, de repentance et
d’humilité.
Notre
société est-elle cet espace de parole échangé sur la Vérité ?
Doit-elle
le rester ?
Ou-bien
doit-elle le devenir ?
Peut-être
un peu des trois à la fois !
A
l’heure où heureusement l’Europe se construit, que notre mémoire d’aujourd’hui,
et pour les croyants notre prière, nous aide à inventer un monde de paix, entre
les époux, entre les peuples, entre les religions.
On
parle tant de la vertu du devoir de mémoire.
Comment
ne pas se rappeler, en cette cathédrale reconstruite de Noyon, la force de la
spiritualité pour survivre et mourir dans cet effroyable conflits.
On
me rappelait hier, alors qu’il y a aujourd’hui 25 000 prêtres pour toute la
France, qu’il y eut avec nos soldats, dans les carrières et les tranchées, avec
le Père Doncoeur, le Père Brottier, 28 000 prêtres-aumôniers
J’ai
vu hier ces autels sculptés dans la craie des carrières.
Comment
oublier le rappel des religieux exilés en 1905, convoqués pour verser leur
sang, et la volonté de les ré-exiler après la guerre.
Et
avec tous les cimetières alliés autant qu’allemands dans les environs, comment
pourrait-on oublier aussi les tombes côte à côte, si nombreuses, aux multiples
croix mais aussi aux étoiles juives et aux stèles musulmanes.
« Amour
et Vérité se rencontre . Justice et paix s’embrassent ». Ainsi parle le
Dieu D’Abraham.
Il
y a un geste que fait la communauté catholique à chaque eucharistie, d’échanger
la Paix du Christ.
Il
y a quelques années, un dérapage poussait à dire « un signe de paix »
ou « un geste de paix ». Non, la parole de l’Eglise, qui reçoit notre
célébration aujourd’hui, est d’inviter non pas à proposer la paix de notre
cœur, comme nous sommes pauvres en paix, mais de proclamer que Dieu est la
source de la paix.
Que
l’on soit juif, chrétien, musulman, agnostique ou athée, nos croyance sur
l’homme sont inévitablement des affirmations sur Dieu. Et la cohabitation de
ces convictions demande d’être prise au sérieux. Il y va de notre pouvoir mieux
vivre ensemble.
A
côté du travail des hommes de bonne volonté pour un monde plus juste et plus
fraternel, je crois à l’urgence du libre débat entre les religions, une quête
commune du Vrai alors que nous pensons tous légitimement être du bon côté.
Fort
de cette confiance en nos convictions personnelles et communautaire, osons une
parole et un dialogue où l’autre puisse dire qu’il ne croit pas comme moi et
que je puisse l’entendre sans perde ma bienveillance fraternelle. Qu’il puisse
me proposer son point de vue sur la Vérité, que je puisse en faire autant.
Que
construire sans recherche libre de la Vérité ?
Voilà
ce à quoi les conflits du passé font rêver un prêtre qui n’a pas connu la
guerre.
Que
Dieu source de paix nous donne cette sagesse qui ne porte pas préjudice, bien
au contraire, à notre volonté de l’adorer
Ainsi-soit-il.
Abbé Bruno DANIEL
~*~


