28 août 07
2002-2007 Homélies du 11 novembre
11 novembre 2007
32ème dimanche Ordinaire,
année C
Homélie
Maccabées
7, 1-2.9-14 : la foi en la Résurrection.
Psaume
16-17 : Par ta justice, je verrai ta face, au réveil je me rassasierai de
ton visage.
Thessaloniciens
2,16 – 3,5 : Dieu fidèle, vous affermira et vous protègera du Mauvais.
Luc
20, 27-38, Echange avec les Sadducéens contre la résurrection.
1914-1918,
une date importante à Noyon.
Selon
le mot à la mode, un « devoir de mémoire ».
Pour
nous chrétiens, avec la mesure du « Mémorial »
Un
devoir surtout de susciter le monde du XXIème siècle.
Quelques
évènements, qui ne resteront probablement pas dans les mémoires collectives,
mais qui me paraissent symboliques de
l’évolution de notre monde.
-
Au Kosovo, comment concilier la majorité actuelle musulmane avec le respect du
patrimoine orthodoxe. La destruction des Bouddhas en Afghanistan avait suscité
beaucoup d’émois, la destruction des églises millénaires orthodoxes est ignorée
des Français. Ça me gène.
-
En Espagne, la canonisation de 498 Martyrs de la Guerre civile autour des
années 1936 me semble infiniment légitime. La persécution fut tout à la fois un
acte politique et un acte antichrétien. Il faudra aussi à l’Espagne faire
l’inventaire des drames de l’époque Franquiste. Ce n’est pas facile.
-
En Allemagne, des personnes nées dans l’Islam ont créé une association
pour manifester leur apostasie et
revendiquer publiquement le droit de quitter leur religion de naissance, que ce
soit pour une décision d’athéisme, d’agnosticisme ou d’adhésion à une autre
religion. C’est un acte politique majeur du monde en l’année 2007.
-
A la Cité des Sciences de Paris, la « zizi expo » présentée par
Titeuf, veut désinhiber les 9-14 ans face au sexe. Outre le contenu très
tendance avec laquelle on peut avoir des réserves, outre l’absence totale
d’évocation de l’amour et de sa durée de bonheur, il est surtout symptomatique
que les espaces d’information sur la masturbation et l’homosexualité soient
interdit aux parents. Cet interdit me scandalise.
-
En Hollande, la justice laisse, au nom de la démocratie, exister un parti qui
promeut la pédophilie. Ça m’angoisse.
-
En France, des élections nationales ont posé la nouvelle donne.
Six
mois d’un nouveau président.
Un
rythme soutenu de réformes. Des mouvements sociaux.
Des
populations fragilisées. Anxiété devant des pertes de pouvoir d’achat.
Notre
démocratie a beaucoup évolué ces dernières décennies.
L’équilibre
des trois pouvoirs traditionnels, législatif, exécutif et judiciaire, a vu
émerger dans les médias un quatrième pouvoir très complexe, tout à la fois de
« l’opinion et de l’argent ». Qui détient de fait un pouvoir ?
Quel sera le nouvel équilibre ?
Des
« mouvements sociaux » sont en cours.
Puisse
les extrémismes, souvent catégoriels et minoritaires, ne pas oublier qu’en
démocratie, la légitimité ne vient ni des sondages ni les grèves de blocage,
mais des urnes.
Puisse
quelques extrémismes politiques ne pas faire des fragilités de nos sociétés en
mutation, le pain des rancœurs et les points de blocages gênant les mutations
nécessaires de notre société confrontée aux mutations inhérentes à la
mondialisation. En France, il est plus facile de jeter quelques étudiants dans
la rue que de réussir une réforme.
Ce
printemps, nous aurons les élections locales, municipales.
Monsieur
le Maire, il semble que vous ne vous représenterez pas.
Chacun
dira ses pensées, en son temps.
Comme
curé, permettez moi, en cette messe tout à la fois « paroissiale du jour
du Seigneur » et « officielle du 11 novembre », d’y voir le lieu
où vous saluer pour l’ouvrage accompli.
Nous
rappeler d’abord :
Les
conditions de votre prise de charge.
Le
décès tragique de notre ancien maire, Monsieur Labarre et votre acceptation,
dans cette crise si douloureuse pour Noyon, d’assumer ces responsabilités
inattendues. Le cours de votre propre vie en a été changé.
Votre
ouvrage sera jugé, à charge et à décharge. Techniquement.
Au
delà des réussites et des limites, il faut honorer votre bonne volonté et vos
vertus. Je ne saurais oublier que vous fûtes intronisé Marguillier et que vous
l’êtes toujours : les vertus que vous avez fait promesse d’honorer, sont
Loyauté, Probité et Charité. Devant Dieu, c’est ce qui compte.
Comme
Affectataire de cette cathédrale, je voudrais me réjouir que vos engagements
pour le patrimoine, notamment pour l’entretien du clôt et du couvert de notre
cathédrale, viennent de trouver un heureux début de réalisation. Les toitures
depuis 15 jours, les vitraux très prochainement.
Oui,
il en faut aujourd’hui du courage pour servir le patrimoine dont nous sommes
héritiers. En quelques mots mis sur le blog paroissial, l’Affectataire que je
suis, voulait rappeler que l’artisanat et le tourisme sont nos premières
entreprises. Et que la culture d’un pays en est son âme.
Au
budget de janvier 2007, vous avez permis le vote, pour la 1ère fois
à Noyon, d’une ligne budgétaire consacrée à l’entretien de ce joyau gothique
que nous pouvons utiliser pour le culte et la culture, mais dont nous avons
surtout la charge devant l’histoire, devant nos ancêtres et nos enfants, de ne
pas laisser aller à la jungle puis à la ruine.
Puisse
votre ultime budget en janvier 2008 continuer cet effort, et en 2009, votre
successeur et sa nouvelle équipe, persévérer dans ce courage politique.
Les
élections !
C’est
d’abord dans ce monde un luxe, et donc un devoir que l’Eglise rappelle sans
cesse à ses fidèles. Un chrétien ne saurait légitiment négliger son devoir de
voter. Cela vaudra pour 2008.
Des
élections, ce sont aussi des listes diverses.
L’Église
n’est pas bien à l’aise avec les extrêmes de droite comme de gauche. Quand bien
même 20% ou 1/3 de ma communauté voterait Front National ou Parti Communiste,
je dirai toujours ma gêne.
Ensuite,
ces élections, ce sont des listes diverses, où l’Eglise espère voir s’engager
des catholiques, s’engager aux affaires du monde, selon le jugement de leur
conscience.
J’ai
connu à Clermont cette période d’élection, où les clans s’organisent et
s’affrontent. La loi du genre, du débat, conduit inévitablement à des
surenchères, à des excès, à des injustices, à des blessures. La communauté peut
en être bousculée. Que les catholiques du Noyonnais se rappellent, chacun pour
soi et non pas pour rappeler à leur vis-à-vis, ces valeurs de notre Saint Eloi,
la Loyauté, la Probité, la Charité.
A
la messe du Dimanche, de gauche, de droite, du centre, vous aurez à vous serrez
la main. Non parce que vous serez pacifié en vous et entre vous, mais parce que
devant nos batailles, avec leurs générosité et leurs excès, leurs passions
autant que leurs péchés, nous confesserons que l’histoire se joue devant
l’éternité, et que c’est la Justice selon l’Evangile et la Paix du Christ que
nos voulons pour chacun et pour tous, surtout le plus pauvre. Parfois ce pauvre
semble être l’opposant politique !
Comme
dans tous les champs du monde, l’Evangile a aussi son mot à dire en politique.
Que le débat fuse, que la charité domine. Seul le courage de la Paix du Christ
partagée à la messe après le Notre-Père, vérifiera que vous êtes toujours des
chrétiens engagés en politique, et non pas des hommes ou des femmes coupés en
deux.
Ainsi
les soubresauts probables ne seront pas des signes négatifs et catastrophiques
pour la paroisse. Ils seront au contraire le beau signe que des chrétiens sont
engagés aux affaires du monde, mais demeurent bien vivant en leur commuanté,
lieu source et sommet de la vie chrétienne.
L’évangile
est la chance du monde, et aujourd’hui, l’évangile à une nouvelle chance d’être
entendu du monde.
Entre
le prosélytisme inacceptable et le mutisme coupable, l’Eglise annonce devant la
société civile dont elle est membre, la joie de l’amour de Dieu pour sa
créature. Dieu veut être connu en sa vérité, comme Père et ami des hommes.
Hors,
l’Eglise en période de mutation, fut douloureuse, et maladroite peut-être, dans
les grandes mutations du XXème siècle, et même des cinq ou six siècles de la
modernité.
Aujourd’hui,
le monde devient ce village mondial. La crise, c’est l’ébranlement des vies
locales. Mais c’est aussi l’émergence d’un nouvel âge. Nous ne pouvons pas le
deviner. Tout homme et toute femme de bonne volonté participe à son émergence.
Il y a des pertes de repères, mais aussi l’esquisse de nouveaux points
d’appuis. Et là, nous voyons une opportunité nouvelle pour que l’Eglise puisse
annoncer la Justice, la Tendresse et la Miséricorde de Dieu en Jésus. Dans
de nombreux pays, l’Evangile trouve un écho nouveau dans les cœurs.
L’évangile
de ce dimanche évoque ces débats aux dialogues sans fins autour de la
résurrection. Contrairement à l’opinion des quelques athées, les hommes de
l’antiquité n’ont pas inventé la croyance en la résurrection par peur de la
mort. Non, mais c’est Israël quelques décennies avant l’incarnation qui en
reçut la révélation pour que soit défendue la justice de Dieu.
C’est
cette vie éternelle, créée et sauvée, qui fait que nos vies, nos engagements,
nos amours ne sont pas des impasses. Comme le poète le sait, et les amoureux,
la joie et l’amour au cœur de l’homme, riment avec toujours.
Chrétien
et catholique, dans le monde et en face du monde, je suis bien là, à l’ouvrage
avec tous, mais mon âme aspire au ciel.
Chrétien
et catholique, parce que Dieu croit en sa créature, je crois en Lui.
Dans
15 jours, voici la fête du Christ-Roi
Que
son règne vienne, vite,
Amen
Abbé Bruno DANIEL
~*~
11 novembre 2004
Fête
de la Saint Martin, évêque. Mémoire.
Cathédrale de Noyon.
Homélie
Michée
6, 6-8. : Pratiquer la justice, aimer la miséricorde, marcher humblement
avec ton Dieu.
Psaume
1 : heureux l’homme, les 2 voies, ‘en son temps’.
Matthieu
25, 31-46 : A droite ou à gauche.
Ceux
qui viennent tous les dimanches le savent.
Le
père Bruno ne rédige qu’une fois par an son homélie sur son ordinateur.
Par
sagesse. Car une homélie du 11 novembre n’a rien à voir avec ces
Aujourd’hui,
il n’y a pas que des frères et des sœurs du Christ.
Il
y a des invités, les citoyens de la commune.
La famille chrétienne reçoit, la maison chrétienne ouvre
ses portes pour ses frères et sœurs en humanité.
Il
faut donc des mots ajustés à une telle circonstance.
Des
mots spirituels. Non pas forcément religieux, mais spirituels, qui invite l’esprit
à grandir et à chercher ce qui est plus beau, meilleur, plus vrai.
Des
mots forcément graves. C’est la mémoire de la boucherie de 14-18.
Des
mots donc qui parlent à la conscience.
On
ne peut pas parler pour ne rien dire un tel jour. Ce serait indigne.
14-18,
c’était un combat pour des valeurs, pour éviter la barbarie, la confusion. Et
les valeurs religieuses y participaient.
Le
livre d’Annette Becker que je vous conseille, « La guerre et la foi. De la
mort à la mémoire. 1914-1930 » nous dit bien la complexité de tout ceci.
Et
notre assemblée et du même type de complexité, de diversité.
Des
mots pour apprendre à vivre ensemble, puisque nous célébrons une armistice et
que nous vivons des temps de guerre.
Les soldats morts en côte d’Ivoire auraient pu être du RMT !
Des
mots pour apprendre à vivre ensemble dans une société mondialisée.
En mai 2004, l’Europe est
passée à 25. Une Europe qui refuse dans sa Constitution de reconnaître ses
racines chrétiennes ! Comment se construire en refoulant son passé ? Comment
nier le patrimoine religieux européen si bien représenté par notre
cathédrale ?
On
nous dira que le lien, aujourd’hui, ne saurait être que laïc, républicain.
Mais justement, puisque
c’est sur une terre riche de 1500 ans de chrétienté qu’a pu surgir pour la
première fois démocratie et laïcité, l’avenir de ces valeurs ne pourront pas
être assuré si on nie le terreau et la source historique de ces valeurs
actuelles ! Même si le surgissement du monde moderne fut problématique,
déchirant, mais n’en va-t-il pas ainsi de tout engendrement, il n’y a pas
opposition mais continuité vitale et vrai solidarité de ces époques.
Il
y a aussi la question de l’adhésion de la Turquie qui occupe les esprits.
C’est
encore la question de l’identité de l’Europe, manifestée par la question de ses
frontières ou de l’absence de frontières de l’Europe.
Avec elle aussi , la question de l’articulation de l’Islam et de la démocratie : au delà des bonnes volontés sociales, comment l’Islam se situe-t-il théologiquement vis à vis de la modernité surgit en occident ?
La mondialisation
culturelle et économique rend notre question mondiale. A l’heure où en Chine,
en Inde des personnes sont encore tués ou persécutées pour leur convictions
religieuses, je voudrais poser une question :
A-t-on le droit de quitter, de changer de groupe de pensée, de changer de religion ?
Un
Chrétien a-t-il le droit de devenir Bouddhiste, Musulman, Athée même ?
Un
Musulman a-t-il le droit de devenir Bouddhiste, Chrétien, Athée même ?
Un
Athée a-t-il le droit de devenir Bouddhiste, Musulman, Athée même ?
Les
chefs religieux sont-ils prêts à enseigner cette liberté, comme inhérente à la
liberté religieuse, essentielle aux droits de l’Homme et à la dignité de Dieu
et affirmée légalement dans la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme ? Sont-ils prêts à affirmer cela publiquement ?
Nous
sommes différents, nos mentalités, nos cultures, nos mémoires, le sens de nos
mots, tout.
Un exemple :
l’habillement de nos femmes !?
Où est l’équilibre entre les « toutes nues » sur nos écrans ou les « toutes voilées » de nos médias ?
L’association
« ni putes, ni soumises »
fait son travail. J’aime bien ce titre provoquant, mais si explicite.
A cause du péril bien visible de ces différences, mais aussi pour dévoiler toutes leurs richesses potentielles, je rêve de ce livre d’histoire composé par les experts de divers groupes.
Nous sommes riches de nos
différences : Il faut s’intéresser au point de vue de l’autre.
A priori, il nous est
étrange, on le juge partiel ,partial, déséquilibré, injuste. Mais l’autre pense
spontanément pareil de notre point de vue sur le même évènement.
Je rêve d’un livre, un
livre d’histoire pour les enfants de nos écoles, fait entre allemands et
français, évoquant 14-18 et 39-45. On découvrirait vite que, du point de vue
des Allemands, il faudrait ne pas oublier d’autres chapitres, relatifs aux
massacres causés par les soldats de Louis XIV et de Napoléon en Allemagne.
J’ai
regardé lundi soir le film jusque là interdit : « La bataille d’Alger ».
Il me faut oser regarder la version de l’autre. Il nous faudra un jour en
parler ensemble.
Je
rêve d’un livre d’histoire entre Français et Algériens, mais aussi entre Juifs
et Palestiniens, entre Hutus et Tutsi.
En
choisissant d’écouter réciproquement la version de l’autre, en écoutant nos
ressentiments réciproques, un grand pas serait déjà accompli.
J’ai
aussi énormément aimé, au cours de l’année 2000 qui fut pour l’Eglise
Catholique l’année du Jubilée, j’ai beaucoup aimé le mouvement de Jean-Paul II
appelé « la repentance ». Affronter les critiques légitimes, se
remettre en cause, demander pardon. L’Eglise, pour moi, a ouvert là, humblement
et prophétiquement, une voie immense d’avenir pour la réconciliation et la paix dans le monde.
On
en revient à la racine, la base, la clef de tout ceci, la « Liberté
Religieuse ».
Dans ce monde devenu un village, il faut aux hommes et aux communautés, écouter, connaître et respecter la conviction religieuse de l’autre, autre personne, autre communauté.
Autrefois,
il y a 100 ans, notre laïcité française avait choisi de séparer l’Eglise et
l’Etat en expulsant les forces vives de l’Eglise catholique, les religieux, les
enseignants et hospitaliers, et même les contemplatifs.
Et
notre société actuelle n’arrive toujours pas à comprendre le fait religieux si
fortement refoulé.
Elle
regarde sidérée nos libérateurs américains de 1918 et de 1945 sans comprendre
leur expression religieuse. Beaucoup de Français les considèrent comme des
primitifs.
Mais
en même temps, elle ne comprends rien non plus aux soubresauts des sociétés
musulmanes confrontées à la rencontre d’une modernité, modernité directement
issue de ‘nos’ droits de l’homme et de la chrétienté. La question leur est
posée : reconnaissent-elles aux musulmans eux-même, le droit de quitter,
de changer de groupe de pensée, de changer de religion ?
Aujourd’hui,
il y a urgence à ce que l’Islam nous réponde.
Je
rêve d’hommes politiques experts en Théologie, capable de comprendre ce qui
semble être inacceptable à l’Islam dans cette question de la liberté
religieuse, question que nous avons nous même dû découvrir avec le temps.
Cette
capacité en théologie de nos hommes politiques permettrait aussi à nos
dirigeants de comprendre ce qui est en jeu dans bien des domaines de la gestion
des affaires sociales, comme par exemple pour la polygamie.
Nos
sociétés ne savent plus à quel saint, ou à quel marabout se vouer.
Si
on prétend respecter les droits de l’homme, on doit refuser la polygamie.
Si
on prétend respecter la culture des autres, on doit accepter cette pratique
ancestrale.
Je ne sais si les femmes s’y retrouvent !
Mais
pour cela, il nous faudrait réinvestir le champ du religieux ! Il faudrait
que notre société française prenne au sérieux ce qui habite le cœur de milliard
d’hommes sur la terre.
Malheureusement,
Régis Debray, l’homme du rapport en 2002 sur « le fait religieux à l’école » vient de démissionner de
l’Institut Européen en Sciences des Religions.
Il
dénonce « l’absence d’une réelle
volonté nationale d’impulser cet enseignement d’ordre historique et
philosophique ».
La
loi sur les signes religieux, dont ce que j’ai entendu dans les médias me
laisse circonspect, devait précisément « conforter
un espace laïque apte à parler du fait religieux ».
De
toutes façon, il faudra bien y arriver, et le plus vite sera le mieux.
Sinon,
notre société n’aura que les téléfilms pour continuer à dérailler vers le non
sens et vers la barbarie !
Sur un journal T.V., récemment, l’introduction à cette série américaine programmée à 20h50 : « Tandis que Jason quitte Phoebe après avoir appris qu’elle était sorcière, Richard prononce une formule magique pour se libérer d’un mauvais Karma » !
Mon Dieu, au delà du ludique, quelle misère !
Si
le religieux est chassé par la porte, il rentre par la fenêtre.
Le
rassemblement d’aujourd’hui, qui tombe en la fête de Saint-Martin, nous
rappelle qu’il y a 1900 ans, un simple militaire à suivi la voie de son cœur,
la voie de sa conscience. Il a fini évêque.
Dans
notre Cathédrale, nous nous rappelons qu’il y a 1500 ans, un simple
artisan-fonctionnaire a fait le même chemin. Il devint aussi évêque, Saint-Eloi
Quelque
soit sa conviction religieuse, celui qui unit son cœur et sa conscience peut
apporter sa pierre à la construction d’un monde meilleur.
Ca
vaut mieux que de se la jeter à la figure. C’est la clef de Michée, la
miséricorde sans laquelle le religieux est dévoyé, perverti.
Le
prophète Michée nous a invite de fait à « Pratiquer la justice, aimer la
miséricorde, et marcher humblement avec notre Dieu ».
Voilà,
dans ce cadre, comme chrétien j’ai donc légitimité à revendiquer de pouvoir
proclamer doucement, mais librement, que la source, le surgissement de ce beau
vient du Dieu créateur et ami des Hommes qui a donné sa vie pour nous.
C’est
tout, et c’est énorme.
Ainsi-soit-il.
Abbé Bruno DANIEL
~*~
11 novembre 2003
Cathédrale de Noyon.
Homélie
Vous
vous souvenez, l’an dernier, cette homélie pour moi si importante, non
seulement en taille, mais surtout dans ce que cela signifiait pour un jeune
prêtre n’ayant pas connu la guerre, de prêcher en ce jour à Noyon, ville martyr
de la guerre 14-18. Je me disais au lendemain, que je pourrais, les prochaines
fois, faire plus cour, un peu formel.
Mais
cette année encore, je ne peux accomplir ce devoir de mémoire civique et
liturgique de façon formelle, et c’est tant mieux.
Depuis
un an que je suis archiprêtre de la cathédrale, mon attention ne s’est pas
émoussée, bien au contraire. Et cette mémoire articulée à nos problèmes de
société demeure bien vive en moi.
Depuis
un an, j’ai lu trois livres :
« Les
carnets de guerre » de sœur Saint Eleuthère,
D’Emile
Clermont, « Le Passage de
l’Aisne »,
Et,
édité par Radio France, les « Paroles de Poilus, lettres et carnets du
front ».
Depuis
un an, il m’a été donné de retourner dans les carrières de Confrécourt, sur les
côtes d’Attichy. D’y retourner et de célébrer la messe là-même où le Père
Doncœur et des milliers d’autre aumôniers avaient célébré la messe pour ceux
qui disparurent, ou revinrent pour la plus part mutilés à vie dans leur chaire
et dans leur cœur.
J’ai
aussi récemment visité l’Historial de Péronne et les souterrains
d’Albert !
Je
viens de voir aussi dimanche soir sur ‘France 3’, et peut-être l’avez-vous vu
aussi à 23h30, le documentaire intitulé « Passé sous silence ». Dans
les armées de tous pays, ces dizaines et centaines de « fusilliers pour l’exemple », ceux de Vingré
que je connaissais, ceux de Craonne, que je découvrais !
Comment
dire l’émotion, le paradoxe.
D’abord
la mémoire, l’admiration, la dette devant la folle abnégation de ces millions
de poilus !
Mais
aussi la mémoire, la colère, le scandale de cette folie, de ces États bouchers
de leurs enfants, de leurs ‘petits’.
Nos
Héros, patriotes s’il en fut, héros d’avoir du vivre avec un fusil devant et,
parfois ? souvent ?, un fusil derrière.
Et
il y a aussi la guerre entre deux nations chrétiennes où chacun, dans son camp,
invoque le même Dieu pour la victoire, ou seulement sa propre survie !
Je
cite le soldat Français page 55 : « Et dire qu’il y a vingt siècles
que Jésus-Christ prêchait sur la bonté des hommes ! Qu’il y a des gens qui
implorent la bonté divine ! Mais qu’ils se rendent compte de sa puissance
et qu’ils la comparent à la puissance d’un 380 boche ou d’un 270
français !… Pauvres que nous sommes ! P.P.N. », c’ est à
dire quand même, « Priez Pour Nous ».
Je
cite le soldat allemand page 56 : « Je vais aussi écrire à Guste. Je
vous embrasse et vous recommande à Dieu.
Voilà
cette mémoire, douloureuse et compliquée, qui nous rassemble aujourd’hui devant
les monuments aux morts et dans les églises.
Voilà,
et nous qui voulons et devons accomplir ce devoir de mémoire, c’est devant
l’aujourd’hui que nous avons à être et à agir.
Comme
l’an dernier, je ne peux faire mémoire sans parler d’aujourd’hui.
Depuis
un an, l’actualité continue, avec ses couleurs guerre et paix.
Nos
militaires du R.M.T. sont à l’extérieur !
Il
me semble, malgré la paix actuelle sur notre territoire, que tout est pareil
qu’en 14-18 :
Le
monde est complexe. Il y a des guerres, il y a des blocages internationaux. Il
y a encore fierté et confiance dans le progrès, il y a inquiétudes face aux
blocages sociaux. Confiance et peur, société repue et inquiète. Et nos
politiques, nos élus essaient des solutions.
Tout
est complexe.
Tout
peut donner le meilleur ou le pire.
1
- J’évoquais l’an dernier l’articulation des religions entre elles, le droit
même de les quitter, que l’on ait été plongé dedans petit ou qu’on y ait adhéré
adulte, sans quoi, on est devant un système gravement sectaire et même
totalitaire. L’Islam en occident et dans la modernité reste pour moi une
question complexe. Je viens de lire un livre édifiant, le tout petit livre, 46
pages gros écrit, de cette femme iranienne désormais réfugiée en France, Chahdortt Djavann, « Bas les
voiles ! », livre que tout élu devrait avoir lu !
2
- Je pense aussi à l’influence des médias, particulièrement de la télévision.
Il s’y joue une autre guerre de dupes, entre tenants d’un libéralisme
économique, faire de l’argent avec
n’importe quoi, et d’un libéralisme moral, qui dérégule toutes normes sociales et
particulièrement celles de la Famille. Même l’éditorial du Courrier Picard parle, au sujet de notre nouvelle
Marianne, « d’émissions racoleuses … de manipulations, qui frisent
l’abjecte … d’exhibition, de vulgarité, et en prime, de la négation sournoise
de la pensée ».
3
– Je pense encore à notre bonne démocratie, régime lui-même aussi
complexe ! Le bien et la loi dépendent-ils de la majorité, si malléable et
manipulable ? Et où l’évolution va-t-elle nous conduire ?
4
– Je pense enfin aux fameux « Droits de l’Homme ». Sous prétexte de
respect des cultures et sous caution de laïcité, seront-ils caution pour
l’excision et la polygamie, caution pour le ‘tchador’ et un jour la ‘burka’
contre la dignité de la femme et contre l’égalité homme-femme ?
Rien
n’est écrit, tout est complexe, éprouvant à penser, au point que beaucoup ne
veulent plus penser. La télé distrait d’un monde impensable.
Et
donc, tout est ouvert, pour le meilleur et le pire. Le conflit et la paix.
Nous
sommes responsables.
1
- La religion, désormais les religions, peuvent-être utilisés au service des
guerres ou être source de paix.
2
- Les médias peuvent être idole abêtissantes de la société de consomma-tion ou signe d’un monde ouvert et
fraternel.
3
- Le progrès scientifique peut être outil de la course à l’argent pour
l’argent, de la folie destructrice de l’environnement ou bien au service du
bien commun.
4
- Les droits de l’Homme seront-ils des repères sûrs pour gérer la pluralité
culturelle actuelle ou bien les oublierons-nous pour une éphémère paix
sociale ?
Dans
un monde de plus en plus complexe, il y a l’appel aux hommes de bonne volonté
pour construire un monde fraternel et nécessairement pluriel.
Oui
à la recherche de la Vérité et à la proposition d’un dogme religieux.
Mais
oui aussi au Droits de l’Homme.
Alors
j’admire la bonne volonté des entrepreneurs, entrepreneurs d’économie autant
que de lien social, particulièrement des élus qui font ce qu’ils peuvent, en
conscience, pour le bien commun, et c’est l’essentiel.
Dernière
complexité. Notre histoire nationale veut que la société laïque passe
officiellement dans l’église. Cela
aussi sera-t-il un jour, remis en cause ?
En
tout cas, dans l’église, il faut rappeler qu’il y a pour inventer aujourd’hui,
comme hier, aussi et surtout l’Amour inconditionnel de Dieu révélé sur la Croix
du Christ. La Parole de Dieu, entendue en ce jour, nous invite à la sagesse
spirituelle et au service. Entre Espoir et Désespoir, demeure l’Espérance.
En
tout cas, il y a pour inventer aujourd’hui, comme hier, une Eglise, une
communauté qui parle d’amour et de pardon. Qui tout à la fois engendre et
apprend la modernité.
Parmi
les slogans à la mode, on parle « du
siècle qui sera religieux ou ne sera pas ». On ajoute désormais, qu’il
faudrait à notre monde « un
supplément d’âme ». Je ne sais si nos concitoyens s’y intéressent.
Même les chrétiens négligent leurs devoirs religieux ! Est-ce le meilleur
moyen de servir l’amour de Dieu et l’amour des autres ?
Parmi les clefs pour inventer cet aujourd’hui, je confesse la source unique pour moi de l’Evangile de Jésus-Christ, Prince de la Paix.
Mais pour tous, il y a au moins une certaine tonalité de sagesse à mettre ne œuvre. J’aime la sagesse biblique qui ne demande pas la croyance pour imposer sa pertinence universelle. Elle est rapportée par le bon et sage pape Jean XXIII, il y a 45 ans, qui enseignait cette règle en 4 points. Il nous proposait :
« La Vérité, comme
fondement des relations.
La Justice comme règle.
L’Amour mutuel comme moteur.
La Liberté comme climat » .
Voilà.
Suis-je
hors sujet ?
Ai-je
bien respecté tout à la fois, la confession de foi de ce moment à la
cathédrale et la laïcité de la mémoire de ce jour ?
La
paix et la justice sociale, la paix religieuse, la laïcité, bientôt la mémoire
de 1905 qui précéda 1914,. Je ne peux faire mémoire des grandeurs et misères de
cette mauvaise guerre sans travailler, sans oser parler pour aujourd’hui.
La célébration de la Mort et de la Résurrection du Christ, l'Innocent crucifié, l'Innocent qui a refusé la colère, nous engage aujourd'hui.
Le devoir nous engage aujourd'hui.
Ainsi-soit-il.
Abbé Bruno DANIEL
~*~
11 novembre 2002
Cathédrale de Noyon.
Homélie
Passé
et guerres politiques
Présent
et paix laïque
Donner
une homélie à sa communauté chrétienne est toujours une responsabilité.
Parler
devant un auditoire hétérogène, anciens combattants, responsables politiques …
l’est plus encore. J’étais à la conférence de Pierre Miquel. Nous sommes à
Noyon, en ce 11 novembre. J’étais hier dans les carrières entre Autrèche et
Nampsel, je me suis recueilli sur les cimetière Français et Allemands !
On
ne peut préparer ces mots sans émotion et respect.
Mais
il y a aussi que je n’ai pas connu la guerre. Et ces dernières années, j’ai
toujours laissé la parole à mes frères prêtres qui « étaient passé par là » :
Jacques Waret, 39-45, Michel Cardot avec la Guerre d’Algérie.
Je
n’ai pas connu la guerre, mais j’ai tellement de souffrance devant l’amour qui
meurt, dans une société où 50% de l’amour meurt.
J’étais
encore, voici quelques jours au théâtre à Paris, dans une pièce tragi-comique,
« Ne pleure pas Pénélope », où trois femmes dans la force d’age,
titubaient et se déchiraient entre l’amertume du« il n’y a pas d’amour
heureux » et l’angoisse de la solitude.»
Sans
vouloir juger ni les personnes ni les conditions sociales que je partage avec
vous, comment espérer la paix entre les peuples quand la moitié des hommes et
des femmes qui font alliance par amour ne tiennent pas plus de 20 ou même 5 ans
dans la paix, avant de divorcer ?
Je
voudrai dire des mots qui osent ne pas être de pure forme. Ce ne serait point
honorer les valeurs en jeux dans les horribles conflits du siècle passé et dans
les angoisses d’aujourd’hui.
L’évocation
du passé est faite pour inventer aujourd’hui. Je voudrai parler de la paix aujourd’hui,
la place du fait religieux dans nos sociétés.
Nous
avons évacué le fait des religions vivantes pour nous limiter aux religions
mortes, de l’Egypte et de la Grèce. Mais comment construire la paix aujourd’hui
si les valeurs et convictions essentielles à 90 ù des citoyens sont de l’ordre
du tabou, muselées dans le privé.
La
paix exige que nous apprenions à nous parler, croyant en Dieu de toutes
confessions comme croyants en Non-dieu. La paix ne pourra être sans clarté
théologique, sans parole libre et publique sur les religions.
Nos
émotions blessées rendent cette tâche périlleuse, mais ces mêmes émotions
blessées rendent ces efforts urgents.
Nous
sortons d’une époque où laïcité rimait avec privatisation du religieux. Des
consciences demandaient à émerger dans une société plurielle, face à une
tradition catholique trop riche ou trop lourde. L’Eglise se résolut au service
réduit des valeurs. Quant à la transcendance, chacun avait sa vérité … quelle
que soit en fait La Vérité. Et une minorité de blocage, laïcarde, devint
gardienne de cette orthodoxie politico-religieuse.
Mais
je dois vous parler, aujourd’hui, un an après un autre 11, le 11 septembre
2001.
Dans
ce séisme, ce n’est pas la misère qui est source de violence.
C’est
tout simplement la modernité, l’adaptation à la modernité, la fameuse
mondialisation, qui est violente, par le seule fait de sa rapidité.
Comme
l’ado qui change trop vite et qui en est fortement perturbé.
Et
dans cette pression tout est bon pour exporter sa souffrance, son devoir
angoissant de changer, sans perdre son identité, sa vérité.
Alors
que l’époque précédente marginalisait, privatisait le religieux, notre époque
l’instrumentalise.
Il
faut donc prendre au sérieux les faits religieux, il faut donc avoir le droit
d’en parler, entre nous, sur la place publique, pour que des gens ne les
détournent pas au profit de leur mauvaises solutions aux crises de croissance
de notre monde.
Le
11 septembre 2001 ne doit pas conduire à un nouveau silence des croyants. Bien
au contraire.
La
laïcité n’a de sens et d’avenir que si elle est la possibilité de l’expression
publique de nous convictions et de nos différences religieuses, théologiques.
Je
me réjouis qu’à Assises, dans le souffle de François d’Assise, des dignitaires
juifs, chrétiens et musulmans se soient à nouveau rencontrés ces derniers jours
La
laïcité n’a de sens et d’avenir que si elle permet vivre nos passions
religieuse en voisins. La laïcité n’a de sens que si elle nous permet de dire
et de parler de nos croyance et donc nos différences de croyance, et même de
nos propositions de croire.
Je
voudrai prendre un exemple extrême.
Notre
société est-elle l’espace où je peux, sans arrogance ni volonté blasphématoire,
dire à mon frère en humanité, de religion musulmane, que pour moi, le Coran
n’est pas la dictée de la Parole de Dieu, que Mahomet n’est pas Prophète. De
même que mon frère en humanité, de religion juive, peut-il me dire, sans
arrogance ni volonté blasphématoire, que pour lui, le Nouveau Testament n’est
pas Parole de Dieu et que Jésus n’est pas le Messie.
Ainsi,
puis-je proposer à mes frères en humanité juifs et musulman de devenir
chrétiens, parce que la plénitude de la révélation est dans la personne du
Christ ? Et de même, mon frère musulman peut-il nous proposer à tous
deux ce qui est pour lui l’achèvement
de la révélation dans l’Umma de l’Islam. Et de même encore, mon frère Juif
peut-il dire publiquement ce qu’il pense en conscience, à savoir que ni Jésus
ni Mahomet ne sont parole autorisé de Dieu.
Tout
est dans le mot « proposer ».
Et
ce dialogue n’est pas mauvais prosélytisme caché, mais le droit légitime de
proposer à l’autre ce qui, en conscience, est clef de vérité pour moi.
Il
faut en particulier que deux religions essentiellement missionnaire par
essence, le christianisme et l’islam, puissent mettre pacifiquement en œuvre
cet aspect missionnaire de leur identité, dans le respect des consciences
individuelles et de la paix publique.
Et
cette attitude n’est ni hypocrisie ni manque de cohérence du croyant.
Elle
est pleinement respectueuse de celui que nous confessons comme créateur, qui a
créé la conscience par laquelle nous prétendons tous l’adorer.
Si
« adorer » a du sens pour l’homme, c’est que sa conscience y est
engagé et donc la liberté, sans quoi les animaux devraient aller au culte.
Pouvons
nous nous le dire et parler publiquement de ces choses là. Que notre passion
pour la Vérité de Dieu au cœur de l’homme ne se traduise pas en guerre contre
l’homme.
Et
ce quelle que soit la violence du passé, des Inquisitions, des Choas et des
Djihads de tous les siècles, qui devait nous imposer justement ce nécessaire
esprit de dialogue plein, vous le comprenez, de respect, de repentance et
d’humilité.
Notre
société est-elle cet espace de parole échangé sur la Vérité ?
Doit-elle
le rester ?
Ou-bien
doit-elle le devenir ?
Peut-être
un peu des trois à la fois !
A
l’heure où heureusement l’Europe se construit, que notre mémoire d’aujourd’hui,
et pour les croyants notre prière, nous aide à inventer un monde de paix, entre
les époux, entre les peuples, entre les religions.
On
parle tant de la vertu du devoir de mémoire.
Comment
ne pas se rappeler, en cette cathédrale reconstruite de Noyon, la force de la
spiritualité pour survivre et mourir dans cet effroyable conflits.
On
me rappelait hier, alors qu’il y a aujourd’hui 25 000 prêtres pour toute la
France, qu’il y eut avec nos soldats, dans les carrières et les tranchées, avec
le Père Doncoeur, le Père Brottier, 28 000 prêtres-aumôniers
J’ai
vu hier ces autels sculptés dans la craie des carrières.
Comment
oublier le rappel des religieux exilés en 1905, convoqués pour verser leur
sang, et la volonté de les ré-exiler après la guerre.
Et
avec tous les cimetières alliés autant qu’allemands dans les environs, comment
pourrait-on oublier aussi les tombes côte à côte, si nombreuses, aux multiples
croix mais aussi aux étoiles juives et aux stèles musulmanes.
« Amour
et Vérité se rencontre . Justice et paix s’embrassent ». Ainsi parle le
Dieu D’Abraham.
Il
y a un geste que fait la communauté catholique à chaque eucharistie, d’échanger
la Paix du Christ.
Il
y a quelques années, un dérapage poussait à dire « un signe de paix »
ou « un geste de paix ». Non, la parole de l’Eglise, qui reçoit notre
célébration aujourd’hui, est d’inviter non pas à proposer la paix de notre
cœur, comme nous sommes pauvres en paix, mais de proclamer que Dieu est la
source de la paix.
Que
l’on soit juif, chrétien, musulman, agnostique ou athée, nos croyance sur
l’homme sont inévitablement des affirmations sur Dieu. Et la cohabitation de
ces convictions demande d’être prise au sérieux. Il y va de notre pouvoir mieux
vivre ensemble.
A
côté du travail des hommes de bonne volonté pour un monde plus juste et plus
fraternel, je crois à l’urgence du libre débat entre les religions, une quête
commune du Vrai alors que nous pensons tous légitimement être du bon côté.
Fort
de cette confiance en nos convictions personnelles et communautaire, osons une
parole et un dialogue où l’autre puisse dire qu’il ne croit pas comme moi et
que je puisse l’entendre sans perde ma bienveillance fraternelle. Qu’il puisse
me proposer son point de vue sur la Vérité, que je puisse en faire autant.
Que
construire sans recherche libre de la Vérité ?
Voilà
ce à quoi les conflits du passé font rêver un prêtre qui n’a pas connu la
guerre.
Que
Dieu source de paix nous donne cette sagesse qui ne porte pas préjudice, bien
au contraire, à notre volonté de l’adorer
Ainsi-soit-il.
Abbé Bruno DANIEL
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