28 août 07
2008 Homélie du Saint Jour de Pâques
Pâques 2008, année C
Homélie de l'Abbé Bruno DANIEL
°0°0°0°
Pâques,
joie : Victoire sur le mal et la mort.
Jésus,
vrai Dieu et vrai Homme,
répond aux deux accusations de l’Ancien Testament.
1
- Vrai Dieu, il réfute
l’accusation du Serpent au début du livre de la Genèse.
Le
diable avait dit à l’homme : Dieu ne t’aime pas, il veut seulement ta
soumission.
Hors,
en Jésus, Dieu aime l’homme, sans limite, au delà de toute imagination
2
- Vrai Homme, il réfute
l’accusation contre Job devant Dieu.
Le
diable avait dit à Dieu : l’homme ne t’aime pas. Il te flatte pour obtenir
tes biens.
Hors,
en Jésus, un homme aime Dieu, sans réserve, au-delà même du sentiment
d’abandon.
Oui,
les deux anciennes accusations sont dénoncées.
Dieu
aime l’homme en vérité,
Alors, Oui, il nous faut
donc goûter sans réserve cette joie.
Et pourtant, il nous faut
aller au delà.
Beaucoup
nous disent qu’en fait de victoire, rien en apparence n’a changé.
Toujours
autant de misère, de mort, de méchanceté entre les hommes, et même toujours
autant de détournement de la religion, des religions, et même de pauvreté au
cœur de notre Église.
Et
c’est bien vrai et visible.
Aller
plus loin, nous pouvons et devons le faire en élargissant comme d’habitude
notre regard à toute l’année
liturgique.
Pâques
n’est pas une fête en soi.
Elle
n’est pas limitée à la période entre le carême et la Pentecôte.
Pâques
est en cours de route, sur toute l’année
liturgique.
Et
son terme, qui doit sans cesse focaliser notre regard, notre cœur et notre
désir, son terme, c’est la fin de l’année
liturgique, c’est la fête du Christ-Roi.
Alors,
et alors seulement, nous pourrons célébrer la victoire sans réserve.
Quelle
est donc la différence entre la victoire de Pâques et la victoire du
Christ-Roi ?
La
victoire de Pâques est la victoire
décisive.
La
victoire du Christ-Roi est la victoire
finale.
Un
peu comme la réussite du débarquement en 1944 fut en quelques semaines, une victoire irréversible,
Car
Christ nous sauve non pas d’un mal moral, du péché, de la finitude humaine.
Christ
nous libère du Mauvais.
« Délivre-nous du Mal », c’est en fait, « Délivre nous du Mauvais ».
Comme
le dit l’oraison du Mercredi Saint : Ton Fils fut crucifié afin de nous arracher au pouvoir de
Satan.
Comme
l’ennemi nazi d’hier qui a refusé de capituler malgré l’évidence de sa ruine,
C’est
ainsi que le mal est aujourd’hui encore présent.
Pourquoi
cela ?
Parce
que Dieu est infiniment, absolument cohérent !
Il
a donné toute liberté à toutes ses créatures.
Avec
Pâques, il a vaincu le Mauvais.
Il
a ouvert les portes de la maison occupée par le Mauvais depuis le péché
originel.
Pour
que ceux qui le veulent, puissent choisir de suivre Jésus, il leur faut du temps. Et pendant ce temps, le diable reste
une créature libre, libre de s’opposer à ce projet de miséricorde du Sauveur.
D’où cette lutte jusqu’à la fin des temps, inscrite dans l’Apocalypse.
Il
faut du temps pour que des hommes, les plus nombreux possibles, choisissent non
seulement d’être libérés de l’ennemi extérieur, mais aussi d’être libérés de
leurs propres esclavages, complicités
avec le péché.
Car
de victimes, nous sommes
devenus complices et coupables.
Ainsi,
dans la nuit de Pâques, avant la triple
Profession de Foi, il y a la triple
renonciation :
- Renonciation bien-sûr au péché,
- Mais aussi à ce qui conduit au péché,
- et enfin, à Satan, qui est l’auteur du péché.
Ainsi,
ce chemin n’est pas qu’un simple chemin de progrès vers le bien. Il est un chemin de combat contre le mal, contre son
attrait sur notre nature fragile et blessée, et surtout un combat contre la Mauvais qui n’a pas du
tout envie de se faire ravir les âmes par le Sauveur.
Tel
est l’enjeu de l’histoire. Une bataille entre Enfer et Ciel pour garder ou
délivrer les hommes, chaque homme.
Ce combat est bien trop négligé.
Il
se fait par une vie chrétienne
sérieuse, forte, pour nous et pour toute l’humanité.
- Nous sommes Peuple de prêtres,
nous ne sommes pas d’abord ici pour nous, mais pour les autres, pour le monde,
pour les païens.
Nous
sommes responsables du salut de nos frères. Jésus, en nous donnant la foi, nous
appelle à collaborer à cette œuvre de miséricorde pour le salut de tous.
-
Nous sommes Peuple de Dieu,
nous menons ce combat avec l’intercession des Saints, des Anges et, commence
ainsi la litanie de la nuit de Pâques, avec l’intercession majeure de Notre-Dame et de Saint- Michel.
De
ce combat, notre Eglise ne veut plus beaucoup entendre parler.
Cela
fait mythologie.
On
a tout psychologisé.
Le
mal ne serait qu’une fêlure psychique et morale.
Et
puis, il faut positiver.
Jésus
est un gentil adepte de la tolérance absolue.
Dieu
est si bon qu’ « on ira tous au paradis ».
Et
puis, je ne fais vraiment pas grand-chose de mal,
Et
je vais à la messe … quand je le sens, quand j’en ai besoin.
Désolé,
mais la joie de Pâques n’est pas ce petit gâteau au chocolat pour enfants
sages.
C’est
une victoire décisive. Et ceux qui disent " je crois" sont en fait
engagés au combat pour y témoigner de la force de l'amour contre toute
tentative de corruption.
Témoigner,
qui se dit en Grec, Martyr.
Oui,
ma joie est une joie forte, une joie de guerrier
de la charité, comme par exemple une Mère Theresa l’a incarné.
La
petite Thérèse a été, elle
aussi, de ce genre de battante, de combattante.
Saint Paul au terme de sa vie employait ce langage guerrier
des soldats du Christ, des soldats de la charité : J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat.
Et
encourageant son disciple Timothée, il l’incitait ainsi :
Oui,
frères et sœur, il nous faut nous réveiller, de ce matin de Pâques, et faire
attention : la sainteté n’est pas réservée au fier apôtre ou à une
lointaine petite religieuse canonisée.
La
sainteté est notre vocation, la sainteté est notre devoir.
Jean-Paul II l’a rabâché aux jeunes, sur 25 ans de JMJ.
La
sainteté est notre vocation.
Ma
vie à la suite du Christ,
Joyeuse
Pâques, cela veut donc dire :
bonne route avec les armées du Seigneur,
Cela
veut dire non pas une joie gentillette,
Si
telle est bien votre foi,
Et
aussi, bonne route
à
la fête du Christ Roi.
Rendez-vous au ciel, au plus vite. Amen.
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