30 août 07
Avril 2004 L'initation chrétienne, une urgente remise à plat s'impose !
L’INITIATION CHRÉTIENNE
Une urgente remise à plat s’impose !
"Allez au coeur de la foi"
Secrétariat de la Conférence des évêques de France
106 rue du Bac
75341 PARIS cedex 07
Chers Pères,
Voici déjà quelques années que j’ai entamé une réflexion sur ces sujets passionnants et ai commencé à travailler ce texte, toujours en dialogue avec mon Eglise diocésaine en toutes ses composantes. Je ne m’attendais pas à recevoir, avec tous ceux qui sont engagés dans l’œuvre apostolique, cette question directement de la Conférence des évêques de France. Avec tous ceux qui auront la joie de répondre à cette invitation, je veux, d’abord, remercier le Seigneur de ce qu’il nous est donné de vivre en ce temps de grâce.
Avec Monseigneur Claude DAGENS, dans sa présentation de la ‘Lettre aux catholiques de France’ en 1996 [1], je crois que toutes ces collaborations sur la proposition de la foi nous dépassent. Elles n’obéissent à aucune stratégie, elles sont seulement une manifestation de la liberté de cette foi en Jésus-Christ qui nous fait vivre au service de l’Eglise, et de chacune de nos Eglises locales. Je partage sa joie profonde.
Voici donc ma contribution :
‘L’initiation chrétienne, une urgente remise à plat s’impose !’
Bien que personnelle, elle est le fruit de 18 années passionnées de pastorale avec mes frères et sœurs chrétiens.
A la grâce de Dieu.
Père Bruno, Diocèse de Beauvais.
L’INITIATION CHRÉTIENNE
Une urgente remise à plat s’impose !
INTRODUCTION
La crise, c’est la crise
I. LES LIEUX DE NOTRE IMPASSE
A. les lieux du malaise
- à propos du mariage
- à propos du baptême
B. un langage qui se cherche
C. des conséquences très embrouillées
D. des pratiques ankylosées
- de la dimension diocésaine
- de la personne de l’évêque
II. CATHOLIQUES LATINS ET OECUMENISME
A. Evolution historique et identités réciproques
B. La trajectoire occidentale
- la trajectoire des mots
- des pistes incertaines
C. La trajectoire orientale
D. Un appel œcuménique
- de la nécessité du dialogue
- Une vision commune
III. PROPOSITION GLOBALE
A. Au niveau de la sacramentaire
- chrismation : changer le mot
B. Sur le plan de l’ecclésiologie
- perte ou gain pour la ligne catholique ?
- servir mieux encore ceux qui arrivent
C. un projet global pour les 7-21 ans dans un chemin de 0 à 77 ans et plus
- adapter les âges de la profession de foi et des sacrements
- baliser un chemin
- exemples de chemin :
· pour jeunes de famille ‘éveillée’
· pour les ‘recommençants’
D. La confirmation, un sacrement en deux moments
CONCLUSION
- l’Église au risque de la sévérité
- un rêve un peu fou
NOTES
BIBLIOGRAPHIE
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INTRODUCTION
La crise, c’est la crise.
Le moindre article, le meilleur ouvrage, tous sont d’accord, et ne sont d’accord que sur ce point : la demande de sacrements ( baptême, mariage, confirmation … ) est en baisse constante. Je crois que derrière cette crise particulière se cache une crise générale qui se manifeste à la fois dans la société et aussi dans l’Eglise. L’évolution de la théologie-pastorale au cours de siècles en Occident et l’émergence du monde moderne, Lumières, sécularisation, mondialisation, nous ont peu à peu fait dévier de nos sources au point que nous avons peine à trouver une position équilibrée aujourd’hui. Et c’est très logiquement que notre Eglise de France s’est engagée dans une profonde réflexion sur la manière de ‘Proposer la Foi’ dans notre société moderne.
La baisse des demandes de baptêmes des bébés et des très jeunes enfants de 1% par an, que la démarche catéchuménale de certains adultes ne compense pas, n’est qu’un des éléments révélateurs de la crise sociétale identifiée en 1996 dans la ‘Lettre des évêques de France’. Cette crise touche aussi l’Eglise : 20% seulement des catholiques sont aujourd’hui confirmés, nombre de fiancés demandent le sacrement du mariage sans n’avoir suivi aucune formation religieuse.
Ce malaise se manifeste également dans notre propre langage.
Comment ne pas être interpellé par cette invitation à réfléchir , lors d’une formation diocésaine, sur le thème ‘Initier aux sacrements de l’initiation’, ou par le langage désordonné autour de la Confirmation qui selon l’intervenant variera entre ‘je confirme mon baptême’, ‘Dieu confirme mon baptême’, ‘Dieu me confirme’.
Se posent alors deux questions principales:
- celle du chemin de toute la vie, jusqu’au jour de la mort et du passage
Etre initier à la Foi chrétienne c’est avancer dans l’Alliance, dans le Mystère tout au long de sa vie. C’est la vocation humaine à Dieu et nous sommes tous, sans cesse, dans cette démarche à l’initiation à la foi.
- celle, à court et moyen terme, des étapes de ce chemin
Cette autre dimension est plus conjoncturelle et circonstanciée ; ce sont les propositions relatives à ces étapes de la vie chrétienne et particulièrement l’accès aux sacrements et notamment à l’accès aux trois sacrements de l’initiation chrétienne.
Ces deux dimensions qui portent le même nom, initier, apparaissent aussi dans l ‘évolution de notre usage du mot ‘catéchèse’. Nous venons d’une culture où la chrétienté avait mis en place les 4 années de catéchisme, nous évoluons désormais dans une culture où la catéchèse accompagne toute vie du cherchant Dieu, du catéchumène, du néophyte et de tout membre de l’Eglise.
Proposer la foi c’est vraiment redéfinir les différents sens de ces mots. Cela implique un nouvel ordre de la Pastorale, une remise à plat de bien des pratiques tant dans l’ordre de la sacramentaire que dans l’ecclésiologie. C’est à cet ouvrage que notre Eglise travaille. Nos évêques dans leur lettre ‘Aller au cœur de la foi’ nous y invitent explicitement :
‘Bien sûr, il nous faudra imaginer de nouvelles idées, trouver de nouveaux rythmes pour la catéchèse, organiser de nouvelle manière notre pratique catéchétique. Sur ce plan, nous restons à la fois modestes, humbles et profondément heureux de constater la générosité et la créativité dont font preuve les personnes en charge de la catéchèse’ … ‘Aller au cœur de la foi’.
Notre réflexion, typique de notre Eglise de France, cette recherche de cohérence, doit aussi être éclairée par la pensée de tous les autres catholiques et même de tous les chrétiens de la terre, de même que notre travail viendra à intéresser, nous l’espérons, les autres catholiques et autres chrétiens.
Dans l’inconfort du malaise actuel, des convictions nouvelles se forgent et attendent d’être mises en ordre, des évolutions collectives sont prêtes à faire système. Nous ne partons pas de rien. Ma réflexion rejoint les efforts de tous. Ce projet doit être chrétien, riche d’Evangile, de Tradition, de Magistère, de ‘Sensus Fidei’.
Curé en mon diocèse, je ne prétends pas, dans ces pages, faire œuvre universitaire ni mal redire ce que d’excellents articles apportent comme matière sur ce sujet. Je souhaite aborder cette question centrale de l’Initiation et humblement apporter ma contribution à ce thème en proposant un exemple de Pastorale adapté aux nouvelles donnes de notre société.
I. LES LIEUX DE NOTRE IMPASSE
Dans cette société en crise qui, nous l’avons déjà évoqué dans notre introduction, voit le nombre de nouveaux baptisés chaque année baisser, où les mariages se font à l’église sans qu’aucun des fiancés ne soient gênés par l’absence totale dans sa vie de la prière et de l’eucharistie, où de plus en plus de funérailles se font civilement, comment ne pas nous interroger sur les écueils de notre système et regarder en face la crise interne qui nous mine.
Il ne s’agit donc pas de quelques difficultés, mais d’un grave malaise général qu’il est urgent d’oser affronter. A la croisée des évolutions de l’Eglise d’Occident et du monde moderne, nos orientations nouvelles, nos corrections de trajectoire, engendrent plus d’effets secondaires négatifs que de résolution des problèmes.
Nous hésitons pastoralement, craignant les conséquences des choix que nous avons à opérer. Nous sommes figés, indécis entre deux exigences apparemment incompatibles : rejoindre le plus grand nombre … sans affadir l’exigence chrétienne. Quantité et qualité, ou encore Eglise confessante et pourtant multitudiniste, le problème n’est pas nouveau.
Autrefois, il y avait les ‘chrétiens des 4 temps’ : baptême, communion, mariage et funérailles. Avec le recul du catéchisme, nous en sommes arrivés aux ‘chrétiens des 3 temps’ : baptême, mariage et funérailles. (Parfois, souvent désormais, des concubins demandent le baptême pour leur bébé. Il ne restera pour eux, parents, que baptême et funérailles, ‘chrétiens à 2 temps’ !
Aussi, il y a ce devoir de trouver une pastorale cohérente qui reconnaisse l’existence concrète des individus et prenne en compte les demandes de nos deux publics : celles des quelques jeunes de familles pratiquantes et celles de tous ceux non pratiquants, qui suivent nos catéchèses et nous rejoignent de plus en plus nombreux en cours de route. Sans parler de tous ces adultes qui demandent mariage pour eux et baptême pour leur bébé, quasiment sans avoir reçu eux-mêmes aucune catéchèse et sans avoir jamais eux-mêmes professé la foi chrétienne, certains sans avoir été eux-mêmes baptisés !
A - Les lieux du malaise
- à propos du mariage
L’effondrement du catéchisme fait que de plus en plus nombreux sont les chrétiens qui viennent se marier, munis de leur seul certificat de baptême.
Quand l’un des fiancés n’est pas chrétien, on présente à l’évêque le dossier de mariage en vue d’obtenir une dispense, ce qui se fait toujours simplement si la forme canonique est respectée.
Mais quand, dans cette même hypothèse, l’autre fiancé (la partie chrétienne !), n’est que baptisé, la liste des manques devient hallucinante : il ou elle n’a suivi aucune catéchèse, n’a jamais participé ou assisté à une eucharistie dominicale, n’a jamais lu un passage de Bible (juste entendu 2 ou 3 fois lors de tel baptême ou telles funérailles), ne connaît pas le Notre Père, n’a jamais fait ni sa profession de foi, ni aucune profession de foi un quelconque dimanche, n’a même jamais dit ni même entendu le Credo, et bien sûr, n’a jamais reçu la confirmation ni le Pain de Vie, sans parler de son point de vue général souvent indifférent sur le sujet. Où va-t-on ? Si la préparation au mariage doit ordinairement faire tout cela, c’est bien un constat de quasi-mort qu’elle annonce ! Aujourd’hui, dans bien des cas de mariage, nous faisons porter la dimension pascale de cet autre sacrement, pour le meilleur et pour le pire, sans plus rien d’autre qu’un baptême de bébé pour un seul des conjoints ! Ne faudrait-il pas que chaque curé envoie à son évêque, mille et mille demandes de dispense bien plus conséquentes pour indifférence religieuse et initiation naufragée … de la partie chrétienne !
Un abus fréquent complique toute volonté de qualité.
Nos lois canoniques prévoient souvent, qu’au jugement du pasteur, des exceptions soient possibles. Malheureusement, s’appuyant sur une telle possibilité, contre l’esprit de la loi, l’abus fréquent conduit à une habitude perverse qui veut que ces exceptions soient perçues comme la norme légale minimale et donc suffisante.
En poussant ainsi, force est de constater finalement que l’usage laisse entendre qu’on peut faire l’impasse sur la confirmation[2]. Et de fait, seulement 20 % des catholiques sont confirmés dans notre diocèse ! Et il en va de même de l’eucharistie [3]. Seulement 50 % des catholiques font leur première communion. Et nous savons bien que cela ne donnera pas l’habitude à la plupart de recevoir l’eucharistie comme le pain de leur route. C’est ce que vivent sereinement 80 % de nos chrétiens.
Ainsi le vivons-nous habituellement en confiant le ministère du mariage à une population aussi peu ‘fondée sur le Roc’. Notre Eglise latine tout entière serait-elle tellement engluée dans ses contradictions qu’elle aurait fait le deuil théorique de sa base sacramentelle ?
Le mariage à l’église est un droit que nos simples baptisés revendiquent sans aucun état d’âme.
Le code de Droit canon de 1983, C.1065.1, stipule : ‘Les catholiques qui n’ont pas reçu le sacrement de confirmation le recevront avant d’être admis au mariage, si c’est possible sans grave inconvénient’. Cet article est une reprise quasi mot à mot du canon 1021.2 de 1917.
En Italie, encore fréquemment, et rarement en France, la mentalité populaire savait qu’il fallait être confirmé pour se marier à l’Eglise. Nombreux étaient les jeunes qui, de fait, continuaient vaille que vaille, poussés par leurs parents, leur ‘persévérance’ jusqu’à ce sacrement pour pouvoir un jour se marier à l’Eglise.
Mais comme à l’habitude, le code prévoit l’exception, et selon la pente de la facilité, celle-ci est devenue la règle. Et puisqu’on peut ‘légitimement’ se passer de la confirmation et de l’eucharistie, le dérapage va à son maximum : de quel droit exigerait-on le baptême, sur quelle cohérence ? Au terme de cette évolution, nous connaissons tous de ces couples où aucun des deux n’est baptisé et qui sont, de bonne foi (sic), scandalisés de ce que l’Eglise ne veuille pas les marier !
Plus difficile encore. Autant je suis en parfait accord avec la doctrine de l’Eglise quant au non-accès aux sacrements pour les divorcés remariés, autant je suis choqué qu’on laisse désormais habituellement les fiancés démarrer dans le mariage sans avoir reçu la totalité de l’initiation chrétienne.
Des conséquences paradoxales en découlent. Suite aux échecs du mariage, 35 % de divorces en France, ces simples baptisés, non confirmés et non communiés, contractent souvent un second mariage civil. Il n’est pas rare qu’en chemin, ‘recommençants’ à s’intéresser à leur foi chrétienne, ils nous demandent la confirmation et l’eucharistie, auxquelles ils n’y ont plus droit, tout comme la réconciliation. Nous leur avons laissé porter le signe de l’alliance du Christ et de l’Eglise, le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, du baptême dans le mariage, sans s’assurer des bases acquises et que leur amour soit fondé sur le Roc : la vie de l’Esprit-Saint et la force de l’eucharistie. La tempête a soufflé, ma maison s’est écroulée, elle n’était pas bâtie sur le Roc, et c’est notre faute. Elle ne pourra jamais plus l’être. Et notre Eglise, acceptant cet abus de l’esprit du Droit Canon, trouve cela légitime, légal. Ce n’est pas normal.
- à propos du baptême
Au sujet des baptêmes de bébés, je n’ose évoquer les nombreux parents qui ne sont pas eux-mêmes baptisés, mais là encore, la lettre de la loi, devenue norme suffisante, n’exige rien d’autre à l’extrême, qu’une bonne information, un simple consentement et l’espoir relativement fondé (sur quoi ?) d’une future catéchèse [4].
Nous savons cependant que seulement 50 % des bébés baptisés feront leur catéchisme et leur première communion.
Paradoxalement, sur les anciens registres encore en fonctionnement, reliquat de l’époque antique des baptêmes d’adultes, la signature des parents n’est même pas prévue.
Bref, parfois avec un réel désir religieux, mais souvent sans désirer le baptême pour eux-mêmes, ces parents peuvent, avec un bon parrain, demander le baptême pour leur enfant !
Or il était déjà fréquent que des parrains ou marraines ne soient pas confirmés. Avec le recul de la catéchèse, il devient courant qu’ils soient tout juste baptisés et, que nombreux soient ceux qui sont simplement non-baptisés ou carrément d’une autre religion.
Devant l’impossibilité dans nombre de familles de trouver des parrains idoines, c’est à dire pouvant attester au moins ‘de la croyance et des deux communions’, il m’arrive devant la complexité pastorale du dialogue, de chercher des solutions bizarres. Quand une des deux personnes choisies ne peut être parrain, il est devenu d’usage de l’inscrire comme témoin. Sur les imprimés, cela est même déjà prévu. Bien sûr, nous savons que la famille ne fera finalement pas la différence.
Une fois, les deux candidats parrain et marraine étaient l’un musulman et l’autre baptisée sans catéchisme. Comme il m’était impossible de renvoyer les deux personnes déjà publiquement désignées dans la famille, je demandais aux jeunes parents du bébé de proposer une troisième personne qui serait ce jour-là, le répondant, le parrain ou la marraine officielle pour la liturgie. Le jeune couple me proposa l’arrière-grand-mère ‘qui avait tout fait’ et, après qu’ils l’aient consultée, j’inscrivis les trois noms, deux témoins et une marraine. Bien sûr, même si on a bien compris les doctes explications du curé, pour la famille, se seront les deux témoins qu’on appellera parrain et marraine. Au terme de cette dégringolade, dans le même abus de la loi, le parrainage finira par être facultatif [5].
A l’extrême, des païens peuvent obtenir simplement un baptême de bébé ! Et si nous voulons garder un minimum d’exigence, les familles ont bien compris qu’avec un peu de patience, elles trouveront toujours un curé d’accord pour faire, le sacro-saint accueil étant roi, ce qu’on attend de lui. La ‘chasse au curé’ n’est pas prête d’être fermée !
B. Un langage qui se cherche.
Autrefois, l’aspect collectif, l’intégration à la chrétienté, la pratique des rites de passage, n’appelaient pas, comme maintenant, à une profession de foi moderne, subjective, des adultes. Dans une société où, en principe, tous étaient baptisés, on appartenait de fait à la chrétienté. Depuis la première rédaction de ces mots, la « Lettre des évêques de France » de 1996 [6] souligne cet état de fait.
Ainsi, aujourd’hui encore, et malgré le progrès intervenu par la création des deux rituels de baptême pour bébés et pour enfants et le rituel de l’initiation chrétienne des adultes, nous n’avons toujours pas réglé le problème de la profession de foi.
Le seul critère reste l’idéologie à la mode en matière pédagogique. On joue avec les mots. Lors d’une récente formation de catéchistes et animateurs, on se demandait « comment initier aux sacrements de l’initiation » (sic) ! On peut pousser la manipulation à l’extrême. Pourquoi dans cette ligne, ne pas attendre 18 ans pour confirmer ?
Finalement, qu’ils n’aient jamais suivi de catéchisme ou bien qu’ils aient fait une profession de foi à 9, 12 ou 15 ans et quelle que soit leur conviction religieuse, qu’ils se soient arrêtés de toute vie liturgique, ou bien encore qu’ils soient pratiquants réguliers à 21 ou 25 ans, ces adultes baptisés bébé se retrouvent, quel que soit leur itinéraire personnel, avec les mêmes devoirs et les mêmes droits !
Aujourd’hui, nous n’avons pas encore trouvé la bonne façon de dire la distinction entre le don de Dieu (‘objectivité’ des sacrements) et l’expression de la foi (‘subjectivité’ de l’accueil de ce don par l’adulte). Les problèmes de langage le manifestent. Nous essayons de faire disparaître l’expression ‘Je confirme mon baptême’, en proposant, puisque les deux gestes sont toujours espacés dans le temps, ‘Dieu confirme mon baptême’. Pourtant, c’est ‘Dieu me confirme’ ou plutôt, ‘Dieu m’oint, Dieu me marque du Saint-Chrême’ qui devrait être spontanément l’expression juste.
Comme en Italie avec la ‘cresima’, le choix du retour au mot ‘chrismation’ serait déjà une victoire. Une telle décision réaliserait et manifesterait le début de la correction de notre trajectoire.
C. Des consignes très embrouillées
Notre utilisation du ‘ternaire initiatique’, de plus en plus bizarre théologiquement, ne pourra jamais être reçue ni estimée par les orientaux, et ils ont bien raison ! Le dialogue avec les catholiques d’autres rites et l’œcuménisme avec les chrétiens des autres Eglises est la perspective dans laquelle nous devons réfléchir les réalités de la foi. La rencontre avec les autres chrétiens, orientaux en l’occurrence, est le lieu de l’interpellation sur nos pratiques liturgiques respectives. Avec le renouveau du baptême des adultes, le rituel tend à privilégier l’ordre BCE. Pourtant les diocèses ne manquent pas où l’évêque lui-même demande, dans la tradition occidentale, et malgré le canon 866 aussi juste qu’impératif, qu’on lui réserve habituellement, en la reportant de quelques semaines ou d’un an, la confirmation des néophytes.
De façon logique, en 1964, Vatican II [7] fait de l’évêque le ministre ‘originaire’ et non pas ‘ordinaire’ de la confirmation. Ce concile œcuménique concerne tous les rites catholiques.
En 1971, dans son introduction au rituel de la confirmation, Paul VI ne s’intéresse qu’à la forme du sacrement qui nécessite onction ‘et’ imposition des mains. L’Ordo confirmationis n°11 en reste aux problématiques anciennes.
En 1983, le nouveau Code de droit canonique n’évoque qu’une seule fois au canon 842 §2 et en trois lignes, le lien intime des sacrements de l’initiation et n’en tire aucune norme canonique. Au canon 882, §1, l’évêque est ministre ‘ordinaire’ et non pas ‘originaire’ de la confirmation. Nous sommes en régime latin. Pourtant, à la fin de ce canon et au canon 883, §1, 2 et 3, le prêtre est reconnu, dans certaines circonstances, lui aussi, ministre ordinaire !
En 1996, les notes doctrinales et pastorales de l’édition française du nouveau rituel manifestent bien ce malaise en nous faisant tourner en rond. Il est vrai qu’elles doivent interpréter, en fonction des évolutions de la problématique, un Ordo initiationis christianae adultorum qui est de 1972.
Par exemple, p.141, n.211, RR34 – Selon un usage ancien, toujours observé dans la liturgie romaine, un adulte ne sera pas baptisé sans recevoir la confirmation aussitôt après le baptême (n.47), sauf si une raison grave s’y oppose.
Le n.47, p.22, RR44, précise – Il faut souhaiter que (l’évêque) lui-même, autant que possible (...) célèbre les sacrements de l’initiation lors de la veillée pascale.
Mais alors, que devient le ‘aussitôt’ quand dans la majorité des cas, c’est en paroisse que l’adulte est initié ? Doit-on remettre la confirmation à une assemblée diocésaine présidée par l’évêque ? Ou bien le curé doit-il s’exécuter et donner toute l’initiation à la veillée pascale ? La réponse semble donnée p.23, n.49, RR46 – En l’absence de l’évêque, le prêtre (…) qui baptise un adulte (…) lui donnera aussitôt la confirmation, à moins que ce sacrement ne doive être reporté à une autre date (n.59) note18.
La note 18 renvoie au rituel de la confirmation, p.17, n.24, RR7 qui rappelle que ‘le ministre ordinaire de la confirmation est l’évêque. C’est lui qui, habituellement, donne la confirmation. Ainsi la confirmation est plus clairement reliée à la première effusion de l’Esprit-Saint au jour de la Pentecôte’. On peut remarquer que la référence sélectionnée [8] fait l’impasse sur la précédente p.16, n.22 (sans RR !) du rituel de la confirmation qui parle de l’évêque ministre ‘originel’ de la confirmation.
Quant au renvoi en n.59, p.25, RR56, il mentionne ‘que l’on peut, en certains cas, renvoyer la confirmation vers la fin du temps de la mystagogie, par exemple au dimanche de la Pentecôte (nn.211 ; 241). Et la boucle est bouclée par le renvoi au n.211 déjà en tête de cette petite liste.
Il invitait à ne pas scinder, sauf raison grave, les trois gestes de l’initiation ! Les habitués du droit canon savent la différence entre les formules souples qui en appellent à la créativité, et les rappels rigoureux qui veulent éviter les dérives sur des points essentiels. Ainsi, reporter de façon exceptionnelle la confirmation peut se concevoir, l’imposer de façon ordinaire ne respecte ni l’esprit ni la lettre de la loi.
En ce qui concerne l’autre renvoi au n.241, la démarche est tout aussi confuse. Quelle que soit la porte d’entrée, on finit par tourner en rond.
La difficulté, qu’on aurait pu croire œcuménique, se révèle donc bien être d’abord un problème de cohérence interne au monde catholique.
D. Des pratiques ankylosées.
Les laïcs qui rejoignent les pasteurs dans les préparations au mariage et au baptême font vite l’expérience douloureuse du vide spirituel de la plupart des demandes de sacrement. Le titre et le contenu de l’ouvrage de Monseigneur Hyppolite Simon, ‘Vers une France païenne ?’ décrivent bien notre problème. Comme le disait l’un des animateurs de la préparation au mariage : ‘ils se disent croyants-non-pratiquants, mais ce jour-là, ils sont plutôt pratiquants-non-croyants !’ Nos animateurs doivent vite passer de l’aide gentille au curé, à l’engagement spirituel fort pour tenir dans ce type de service quasi catéchuménal.
- de la dimension diocésaine
Contrairement à l’apparence, l’expression de cette dimension diocésaine qui devrait être manifestée par l’achèvement de l’initiation par l’évêque lui-même, n’est aujourd’hui que très pauvrement réalisée.
De fait, peu, très peu de chrétiens sont confirmés. Aujourd’hui, à peine la moitié des baptisés fait son catéchisme. De ceux qui viennent demander le mariage chrétien, pas même la moitié a reçu une ou deux fois dans sa vie l’eucharistie, et seulement 20 % a reçu la confirmation et donc rencontré l’évêque et la dimension diocésaine que cela implique. Si donc l’onction du baptême n’est pas confirmation selon la doctrine latine, c’est que notre Eglise n’initie plus convenablement que 20 % de ses baptisés.
Désordre plus grand encore pour les quelques néophytes mis habituellement et contre la règle [9], de côté la nuit de Pâques pour être confirmés par l’évêque lui-même quelques semaines ou années après. Et nous savons que beaucoup seront rapidement perdus de vue.
Un directeur national du catéchuménat évoquait la question en 2001 [10].
C’est aussi une expérience locale [11]. Ce Mardi Saint, le clergé a écouté, entre autres, la responsable diocésaine du catéchuménat entourée de deux membres de son équipe locale, personnes que je connais bien pour avoir collaboré huit ans, dans la même Aumônerie de l’Enseignement Public, comme aumônier et elles, en tant qu’animatrices d’équipe de jeunes.
Dans son exposé, cette responsable nous disait: ‘Nous faisons l’apprentissage de l’humilité et de la patience : leurs [ les catéchumènes ] projets ne sont pas les nôtres et inversement. En septembre dernier, nous attendions une jeune baptisée de Pâques, nous pensions la mener à la Confirmation cette année et elle n’est pas revenue. D’autres priorités dans sa vie. Nous avons à nous remettre en question en permanence, c’est quelques fois un peu fatigant. Avons-nous fait tout ce qu’il fallait ?’ Il me semble que devenues accompagnatrices de catéchuménat, ces anciennes animatrices d’équipes d’adolescents n’envisageaient le chemin du catéchuménat des adultes que comme un chemin long, toujours en devenir, au cours duquel les sacrements devaient être reçus l’un après l’autre, quand les personnes seraient mûres, au risque de n’être jamais vécus. Dans cette perspective, les sacrements sont autant de moyens concrets pour jalonner et entraîner les catéchumènes plus loin, quand le baptême obtenu, ils ne disparaissent pas. Le parcours des adultes apparaît, donc, tout simplement copié sur la pédagogie élaborée pour les adolescents.
Ce qui doit être source de vie dans l’Esprit Saint et tenir lieu de signe fort de l’Eglise, l’onction réservée par et à l’évêque, ne concerne en fait que 20 % de son Eglise. Une misère !
Pour les chrétiens ordinaires, concrètement, l’Eglise, c’est d’abord leur paroisse, où, ‘tous’, selon l’expression d’Alphonse Borras, devraient trouver le minimum nécessaire pour devenir chrétiens’. Donc au moins l’initiation !
En fait, c’est aujourd’hui par les célébrations diocésaines, par la participation à la mission pastorale des Mouvements et Services, par la vie des Conseils, par la participation aux formations et grandes assemblées diocésaines, que nombre de catholiques militants découvrent concrètement tout à la fois la dimension diocésaine et le rôle de l’évêque ! Il y est bien un pasteur à l’œuvre pour une Eglise.
Comment faire pour que l’évêque soit reconnu par tous, et non seulement par les pratiquants et militants, comme le pasteur du diocèse ? Pour la plupart des autres, une brève rencontre, un courrier, une célébration, devient la part normale, et il est évident que ce ne peut être plus.
Même si nous nous réjouissons du nombre relativement important de nos confirmés par rapport à celui d’autres diocèses, nous le voyons, la dimension diocésaine ne parle de fait qu’aux militants, aux quelques jeunes et recommençants confirmés chaque année. Sur tout un diocèse, cela ne représente que 10% de chrétiens directement rencontrés.
Nous sentons bien la difficulté théologique et pastorale quand de tels chrétiens se présentent à nous pour assumer une responsabilité en Eglise : l’animation catéchétique, mais aussi le parrainage, le mariage, les vœux et l’ordre. Comment leur donner ainsi une charge alors qu’ils n’ont pas reçu l’initiation.
Face à ce bilan, ces nouvelles orientations pastorales permettraient à un plus grand nombre de chrétiens de prendre conscience de la réalité du diocèse et du ministère de l’évêque en vivant pleinement les trois gestes de l’initiation sacramentelle en paroisse puis leur profession de foi devant l’évêque.
Comme évoqué pour la trajectoire des chrétiens orientaux, en laissant au curé le soin de donner toute l’initiation, l’évêque est resté l’évêque, et le diocèse, le diocèse. Tout est clair. Il ne semble pas que ces Eglises manquent de dimension diocésaine du seul fait que ce n’est pas l’évêque qui confirme. C’est fort de cette évidence que le Concile Vatican II a pu ratifier l’antique discipline des sacrements en vigueur dans ces Eglises. Au paragraphe 13 du Décret sur les Eglises orientales catholiques, il est fait mention du prêtre désigné comme ‘le ministre du Saint-Chrême’. Révélateur, me semble-t-il, d’un certain malaise, la construction grammaticale du texte emploie l’expression ‘ce sacrement’ sans la faire précéder, comme il conviendrait, du mot ‘confirmation’.
- de la personne de l’évêque
L’autre enjeu concerne la personne même de l’évêque.
Aujourd’hui, alors que seulement 20 % des baptisés sont confirmés, l’évêque n’en confirme lui-même que la moitié puisqu’il en délègue ordinairement l’autre moitié à ses vicaires généraux. Le fait-il de bon cœur pour partager humblement sa charge, c’est que la thèse ecclésiologique est très relative ! Le fait-il parce qu’il ne peut tout faire lui-même, c’est que l’évolution se poursuit, et que la théorie doit suivre.
De fait, lorsque l’évêque vient dans une communauté et qu’il y a trop de candidats, il demande à un ou d’autres prêtres de confirmer avec lui. C’est une situation intermédiaire entre celle de la confirmation donnée par l’évêque lui-même et celle de la délégation pleine du sacrement en son absence. Il y a là délégation en sa présence. L’important pour dire la dimension diocésaine n’est plus qu’il confirme lui-même, mais qu’il soit là.
Parfois, contrairement à ce qui est prévu dans les notes du rituel de l’Initiation chrétienne des adultes [12] , le choix du prêtre concélébrant ne porte pas volontairement sur le pasteur habituel de la communauté avec qui la confirmation a été préparée. De même, lorsque les confirmands sont trop nombreux, le choix d’un prêtre autre que celui du lieu, marque fortement la prérogative de l’évêque même, comme nous l’avons vu, contre l’esprit et la lettre de la loi.
Finalement, l’évêque lui-même n’oint que la moitié des adolescents baptisés, soit 10 % du total des baptisés de son diocèse ! Ce qui devrait être son premier souci passe derrière une question seconde qui absorbe toute son attention : pour manifester la dimension diocésaine et contre le rituel de la confirmation [13], le pasteur habituel de la communauté, curé ou aumônier, ne doit pas être le pasteur qui confirme.
Il en va de même en ce qui concerne la confirmation annuelle des adultes recommençants et adultes néophytes. Normalement, sauf ‘raison grave’ [14] , ils auraient du être confirmés la nuit de leur baptême ! Ces dernières années, ayant été réservés pour la célébration diocésaine, leur grand nombre a poussé l’évêque à donner la confirmation aidé de trois autres célébrants !
Cette question plutôt théologique et pastorale, relève aussi de sentiments très humains, ce qui ne veut pas dire sans spiritualité : les prêtres désireux d’un contact direct et vivant avec les personnes, s’inquiètent aussi d’être éloignés de leur communauté de base ! Bernard Pitaud, PSS, expert en la matière, témoigne : ‘Dans les périodes de changement, on perd les points de repère habituels. Si la question : ‘y a-t-il un spécifique du prêtre ?’ est posée, c’est moins parce qu’il y aurait un doute radical sur le rôle spécifique du ministère presbytéral dans l’Eglise, que parce qu’on voit moins bien la manière concrète dont s’exerce le ministère. … On ne comprend bien que ce que l’on vit. On ne peut pas fonctionner de manière suffisante uniquement sur le registre abstrait. Représenter le Christ-Tête, oui, mais comment ?’ [15]
De même pour l’évêque : au travers des 20 % des baptisés, et finalement 10 % qu’il oint lui-même, en majorité adolescents, ce dernier réalise une véritable tournée pastorale annuelle de son diocèse [16] qui lui donne de rencontrer au moins quelques jeunes et leurs familles. En ces temps difficiles, c’est du concret qui rassure et réjouit. Le témoignage des évêques devant l’importance des courriers et de ces contacts manifeste bien tout ceci.
II. CATHOLIQUES LATINS ET OECUMENISME
Heureuse Antiquité où l’Eglise encore indivise, parlant de baptême, entendait parler de l’Initiation en ses trois gestes. L’auteur de la belle ‘catéchèse de Jérusalem aux nouveaux baptisés’ que l’Eglise nous donne en nourriture et enseignement à l’office des lectures du vendredi de l’octave de Pâques, n’hésite pas : ‘Vous êtes devenus des christs en recevant l’empreinte de l’Esprit-Saint (…) une fois que vous êtes remontés de la piscine sainte, eut lieu la chrismation, image exacte de celle dont fut marqué le Christ’.
Notre histoire chrétienne a éclaté, nos Eglises se sont divisées. Notre Eglise catholique affirme que l’unité voulue par le Christ subsiste de façon inamissible en elle [17] et pourtant rien ne peut se faire sans démarche, sans sagesse œcuménique, sans recevoir la richesse et l’interpellation des Eglises orthodoxes et des Communautés ecclésiales de la Réforme. Chacune de ces trois lignes, catholique, orthodoxe (et catholique-orientale) et réformée (ou moderne), doit voir sa richesse reconnue. Elles sont plus complémentaires qu’étrangères et l’unique Esprit y parle.
Aussi, pour creuser notre sujet, je préfère m’en tenir aux deux aires culturelles occidentale et orientale de notre Eglise catholique.
A. Evolution historique et identités réciproques
Comment pouvons nous repérer les marques de cette évolution ? ( cf : annexes en fin de texte )
Pendant longtemps, l’ordre BCE avait été maintenu.
A cause du risque de mourir sans baptême, le bébé recevait le plus vite possible ce sacrement des mains de son curé. Mais pour manifester le diocèse et le rôle de l’évêque, ce dernier donnait la confirmation plus tard. On trouvait alors un bon argument en Saint Paul (1Co 11, 29) qui demande que l’on ‘discerne le Corps du Christ’, pour justifier le retard de la communion.
Là encore, la cohérence des arguments n’était pas recherchée. L’évolution pratique devait seulement être justifiée. De fait, ou bien il faut savoir ‘distinguer le Corps du Christ’ pour communier, mais donc aussi pour professer sa foi et être baptisé … ou bien, l’on peut être baptisé bébé sur la foi d’autres adultes, et logiquement, on doit pouvoir communier aussitôt, même inconscient. On reçoit la vie et la nourriture qui va avec, c’est ce que vivent logiquement les chrétiens catholiques et orthodoxes d’Orient ! Pas moins, mais pas plus non plus, que pour le baptême, l’âge de raison n’est nécessaire à la confirmation. Si nous soutenions l’inverse, il nous faudrait rejoindre les Anabaptistes et ne baptiser que des adultes et donc demander aux Orthodoxes et Catholiques orientaux de cesser leur pratique !
L’évolution du XXème siècle est tout aussi passionnante. En 1910, Pie X demande la communion fréquente et surtout dès l’âge de raison. Cela veut dire que la première communion était alors plus tardive, vers les 11 ans. On entend souvent dire que la ‘Communion Solennelle’ a été inventée par Saint Vincent de Paul. C’est faux. Dans la suite du Concile de Trente, ‘l’École Française’ avait inventé une ‘Première Communion Solennelle’, ce qui n’est pas du tout pareil. Et celle ci, mais il faudrait poursuivre les recherches, devait être immédiatement précédée de la confirmation.
Avec Pie X, une ‘première communion privée’ est donc instituée. Mais comme pour toute réforme, il faudra des décennies pour que celle-ci entre dans les mœurs. Dans les années 1950, au témoignage de curés âgés, nombreuses encore étaient les familles qui maintenaient la pratique de la première communion à 11 ans, la vraie première communion. Pour les autres, la ‘petite-communion’ ou ‘communion-privée’ était peu à peu entrée dans les mœurs.
Bien sûr, l’ancienne, la solennelle demeurait. Devenue la ‘grande-communion’, le clergé, pour combler le vide, en fit peu à peu, une utile profession de foi. Celle-ci devait encore être précédée de la confirmation donnée, selon la mémoire de certains anciens, la veille au soir. Mais on trouve encore, en 1961, dans les ‘Documents Catéchétiques’ dirigés par le R.P.Papillon, une série de photos étonnantes dans le dossier n°9 ‘la confirmation’. On y voit un évêque donnant la confirmation à des adolescents … revêtus de l’aube blanche des professions de foi ! Il a donc aussi cette autre figure pastorale de la ‘profession-de-foi-confirmation’ ou peut-être ‘confirmation-profession-de-foi’ ? Dans le dossier n°13 ‘la profession de foi’, ‘non seulement cette profession de foi est une profession de foi de baptisé, mais très souvent aujourd’hui les enfants admis à la communion solennelle sont déjà confirmés’.
Un prêtre âgé me rapportait que dans le diocèse de Bourges, en 1955, l’évêque passait tous les 3 ans, pour sa visite pastorale au cours de laquelle, il donnait la confirmation. La recevaient, les enfants de 3ème année de catéchisme, ceux de 4ème année et les persévérants. Seuls les professants de 4ème année et les persévérants étaient revêtus de l’aube. Il pouvait aussi se faire, selon son témoignage, que la confirmation soit donnée la veille de la profession de foi, ou bien 2 jours après la communion solennelle, comme pour lui en 1928.
C’est dans les années 1965 que l’on voit poindre un renouveau de la confirmation ‘sacrement de la croissance’ : toujours pour des raisons secondes d’ordre pédagogique, celui-ci est reporté plus tardivement dans l’adolescence, d’abord 11-12 ans puis 12-18 ans. En résulte deux appauvrissements : non seulement, on communie sans avoir reçu l’Esprit Saint, mais désormais, on doit professer sa foi et mener le bon combat sans avoir reçu ce même Esprit. Pour avoir le droit de corriger cet état de fait, sans toucher au dogme actuel, et ouvrir encore plus la fourchette d’âge, certains demandent que l’âge de la confirmation s’étende de 7 à 18 ans. Par le rajeunissement obtenu, ils pourraient obtenir ce qu’ils cherchent : remettre la confirmation avant la 1ère communion, ainsi s’assurer qu’elle sera de toute façon reçue et éviter ce qu’ils vivent eux-aussi comme un drame, que 80 % des enfants de leur catéchisme décrochent à 11 ans en ‘ayant tout fait, monsieur le curé’ … sans être confirmé ! Qu’on ne réussisse pas à faire progresser le taux de pratiquants n’oblige pas à laisser nos pré-adolescents dans un état d’initiation aussi bancal.
B. de la trajectoire occidentale
La ligne catholique latine avait privilégié une perspective ecclésiologique : favoriser, en période d’agrandissement de l’Eglise, le contact de tous chrétiens au ministère de l’évêque. Et nous avons accepté d’utiliser et même de réduire la confirmation à cette fin.
Dans le monde catholique occidental, des siècles avant la fixation du nombre des sacrements, nous avons divisé les trois gestes de l’unique liturgie de l’Initiation en trois sacrements. Il fallait préserver, signifier l’Eglise locale et le rôle de l’évêque. Finalement, pour ne pas trop retarder la communion, nous avons osé, puis pris l’habitude d’inverser le ternaire B.C.E. en B.E.C.
Un deuxième usage ‘subjectif’ est peu à peu apparu.
Avec l’expression ‘ad robur’ (pour rendre fort, robuste), l’intérêt fut d’abord spirituel (du combat contre le mal), puis missionnaire (force pour témoigner), puis pédagogique (durer dans la catéchèse) et finalement quasiment psychologique (expression plus mûre de la foi du jeune). ‘Il était en tout cas fatal qu’il convînt de lier la confirmation à la psychologie religieuse et de trouver des raisons autorisant et même fondant le délai de la confirmation’ [18]
- La trajectoire des mots.
On trouve dans la Catéchèses Mystagogiques de l’Eglise de Jérusalem [19] . ceci : ‘Par la chrismation, le baptisé devient ‘Christ’’… pour vous : une fois que vous êtes remontés de la piscine sainte, eut lieu la chrismation, … car il m’a consacré par la chrismation ; … Dieu, ton Dieu, t’a consacré … c’est de ce parfum qu’on te chrisme symboliquement sur le front et les autres organes des sens. Tandis que ton corps est oint de parfum visible, l’âme est sanctifiée par le saint et vivifiant Esprit’.
Alors que le mot ‘crésima’ demeure aujourd’hui en Italie, il faudrait s’intéresser à cette période obscure de transition pour savoir comment le langage a glissé en France de la ‘chrismation’ à la ‘confirmation’ au sens si différent :
- ‘Firmus’ : qui a de la consistance, vigoureux, robuste, qui nous ramène au ‘ad robur’ de la même époque !
- ‘Firmare’, o : fortifier, rendre solide.
- ‘Confirmatio’ : selon le R.P. Papillon, O.P., ‘confirmer’ veut dire ‘fortifier, affermir, rendre solide’..
Et peu à peu la confusion s’installe. Puisque l’Esprit est à l’œuvre dans le baptême, on en vint à penser qu’il est déjà un peu là et que la confirmation complète et achève seulement ce don. On va donc inconsciemment jouer sur les mots.
Aujourd’hui, le sens originel du mot est oublié. Le sens subjectif l’a emporté. Tous, jeunes, parents, catéchistes et même parfois les ministres de l’Eglise parlent de ‘confirmer son baptême’, bref, de professer ce qui avait été reçu inconsciemment lors du baptême. La confirmation pour tous quasiment, tient alors lieu de seconde profession de foi. L’idée d’un don conjoint à celui du baptême d’un adulte, a cédé la place à un mot adapté pour l’onction d’un adolescent ou d’un adulte baptisé bébé qui, arrivé à l’âge de raison, est désormais engagé dans le combat spirituel et le devoir de témoignage. Tel évêque, conscient du problème, préfère l’expression : ‘Dieu confirme ton baptême’. Mais cette avancée n’est pas suffisante. Quelle formulation inventer, quand, un soir de Pâques, cet évêque donne lui-même simultanément ces deux sacrements ?
Mais alors, que se passe-t-il si l’Esprit est quasiment déjà donné au baptême et que, pourtant, un nouveau geste est nécessaire ? Que veut dire cette onction post-baptismale du saint-chrême sur le front du bébé baptisé ?
Autrefois, semble-t-il, le prêtre oignait le corps, laissant à l’évêque le soin d’oindre plus tard le front en signe d’achèvement de l’Initiation. Donc, la confirmation était donnée et complétée par sa manifestation diocésaine. J’ai un heureux souvenir d’avoir vu un prêtre Arménien apostolique donner à un bébé dans mon Eglise, les trois sacrements de l’initiation. Pour la confirmation, il oignait non seulement la tête, mais aussi tout le corps. D’une sorte de petit pinceau, il badigeonnait les sens, les membres, tout le corps du bébé, accompagnant ces gestes d’autant de prières que nous en avons pour la grande signation des catéchumènes. Magnifique.
Surgissent alors d’autres questions liées aux pratiques actuelles !
Lorsque des évêques demandent aux prêtres qui baptisent des adultes à Pâques, de ne pas donner la confirmation, se la réservant pour plus tard, durant le Temps Pascal, ou pour une année suivante, tout le monde sait qu’il y a une grosse déperdition en route : ‘Si le nombre de catéchumènes qui demandent le baptême est en hausse, explique le P.André Dupleix, directeur du service national du catéchuménat, il y a par contre une nette baisse des demandes de confirmations. Cela veut dire que nous ne suivons pas assez les catéchumènes (sic ! faut-il les appeler ainsi ou néophytes ?) après leur baptême’ [20]. Et, par cette critique, il me semble bien vite s’exonérer d’une question sur notre catéchuménat, sur notre conception du catéchuménat et sur notre théologie des sacrements.
Quand nous questionnons les protestants sur leurs positions relatives aux sacrements, il nous serait bien difficile de répondre à de semblables questions posées par les Eglises orthodoxes, alors même que nous prétendons partager la même doctrine sur les sacrements !
Et encore, lorsque je baptise à Pâques un adulte et qu’un de mes évêques se réserve pour plus tard la confirmation, que se passe-t-il le soir de Pâques ?
Je dois quand même, dans un tel cas, donner à cet adulte une onction post-baptismale du saint-chrême sur le front. Quelle signification donner au geste que j’accomplis ? J’ai du mal à me convaincre qu’il ne s’agit pas en fait d’une confirmation, même si je n’ai pas le droit de le dire ou de le croire.
Pourtant, il est possible que tout ce désordre laisse apparaître des pistes d’évolution très saines !
Sous prétexte de Pastorale des Jeunes, de recherche de qualité et de maturité, la confirmation la plus fréquente, celle des ados, est de plus en plus détournée de sa fin propre ; elle est utilisée de fait, et est comprise par le plus grand nombre comme une sorte de deuxième profession de foi. Elle est proposée telle une vraie ‘carotte’ pour faire patienter les ados.
Si donc la confirmation sert de seconde profession de foi pour les grands ados, c’est qu’une telle profession de foi "de grand" semble à beaucoup de plus en plus nécessaire. Inutile dans la chrétienté d’autrefois, la nécessité d’une telle prise de parole personnelle, apparaît avec l’Humanisme, la Réforme, les Lumières, la Révolution.
L’encyclopédie des catéchistes, Thabor, évoque page 21 l’apparition du catéchisme : ‘L’Occident se réveille au XV et XVI° siècle … cela favorise alors une renaissance du sujet : un intérêt nouveau pour l’homme, pour l’individu, pour ce qu’il peut trouver et penser par lui-même’. La tension née de la Réforme, et du devoir de choisir sa Confession de foi, va stimuler cette évolution. ‘L’instruction religieuse systématique doit permettre à chacun de savoir ce qui est nécessaire au salut’. Bien vite, il ne faudra plus seulement savoir, mais admettre, choisir. Le monde moderne est là.
- Des pistes incertaines
Parfois, on entend dire que la confirmation donnée par l’évêque serait simultanément l’achèvement de l’initiation chrétienne et la confirmation elle-même. On laisse entendre également que l’onction donnée par le prêtre au moment du baptême serait une partie de cette confirmation alors inachevée.
Autant, la doctrine des trois degrés d’un unique sacrement de l’ordre est fondée, autant il me semble que l’on assiste là à une tentative de justification à posteriori qui ne s’appuie, à ma connaissance, sur aucune tradition magistérielle ni théologique.
Quant à la proposition de pouvoir confirmer dès 7 ans. Pourquoi pas ? Citant l’Ami du Clergé, 1919 p1221, dans son commentaire du ‘Code de Droit Canonique’ de 1939, Adrien Cance rapporte [21] : ‘Quant à la question de savoir s’il convient de différer la confirmation jusqu’au temps de la 1re ou 2e communion solennelle des enfants… c’est une difficulté d’ordre tout particulier que ne touche point expressément le Codex… Tout ce que l’on peut dire à coup sûr, en règle générale, c’est qu’il faut procurer le bénéfice de la confirmation aux enfants le plus tôt possible après l’âge de sept ans.’ Il rapporte de lui-même la citation du Codex qui dit : ‘Dans l’Eglise latine, l’administration de la Confirmation est différée opportunément (convenienter) jusqu’à l’âge de sept ans environ (c. 788), et on ne peut l’administrer avant cet âge que dans les deux cas suivants … le péril de mort ou le jugement du ministre, pour des raisons justes et graves’. Cance continue de lui-même : ‘Il est pourtant permis, en raison de la coutume, dans l’Espagne et l’Amérique Latine, de donner la Confirmation avant l’âge de raison, même immédiatement après le baptême .’ [22] Même après l’âge du baptême ! On trouve des choses étonnantes dans notre histoire, comme cette coutume hispanique, sûrement antique pour être ainsi reconnue par Rome. Et cela me rassure un peu sur mon compte : à la charnière de ces époques de rajeunissement puis de vieillissement des âges, j’ai moi-même reçu en 1965, la première communion à 5 ans et 10 mois et ai été confirmé à 6 ans et 8 mois !
Ce qui est gênant dans cette proposition n’est donc pas la précocité de l’âge, mais de maintenir une fourchette de 7 à 17 ans qui manifeste que le fond du problème n’est pas réglé et que chacun peut faire ce qu’il veut.
Bref, tout ceci témoigne que dans l’actuelle confusion, le magistère ayant défendu diverses positions, chaque curé peut faire selon sa propre conviction en privilégiant plus ou moins l’un des deux axes de l’initiation chrétienne, celui de l’éducation pour les tenants de la maturité, celui de la conversion pour les tenants de la précocité.
Tout ceci témoigne aussi que nos évêques ne savent toujours pas ce qu’il faut dire à leur clergé.
Pour néanmoins justifier théologiquement tout ceci, autant en 1961 qu’en 2004, on affirme que l’Esprit Saint est déjà ‘dans une certaine mesure’ donné dans l’onction du baptême, et qu’à la confirmation, il y en a un peu plus, pour compléter. Nous l’avons déjà évoqué, c’est une piste nouvelle et dangereuse.
Osons opérer un retournement salutaire, vers le bon sens, en reculant l’âge de la profession de foi et en avançant l’âge de la confirmation.
D’abord, il faut le redire et le souligner, la profession de foi est de création récente, survenue après Pie X, quand la ‘première-communion-solennelle’ des enfants de 11 ans s’est trouvée vidée de contenu par la ‘première communion-privée’ des enfants de 7 ans. Tout à la fois par résistance des familles, qui ne voulaient pas perdre l’occasion d’une fête aussi importante, que par la nécessité du monde moderne d’en venir à faire exprimer personnellement la foi à l’âge de raison, les pasteurs ont fait évoluer cette célébration des grands vers notre profession de foi. C’est là la vraie époque de l’invention de la profession de foi, et non pas avec Saint Vincent de Paul comme on l’affirme trop rapidement aujourd’hui. Du reste, dans son cours d’initiation catéchétique en second cycle à Issy les Moulinaux, le Père Yvon Aybram, curé de Saint Cloud, donne un tableau faisant apparaître la profession de foi en 1910.
De fait, aujourd’hui l’évolution tend à reculer la profession de foi, qui à 11 ans paraît trop précoce, vers l’âge de13 ans, ce qui semble mieux adapté.
On peut remarquer qu’en Alsace, en proximité de la Réforme pour qui la confirmation équivaut à profession de foi, la profession de foi des jeunes catholiques se fait vers 15 ou 18 ans !
On peut remarquer aussi que l’âge canonique légal pour être parrain [23] est de 16 ans accomplis, ce qui semble induire pour l’Eglise Catholique que l’âge actuel de la profession de foi, selon notre coutume française, n’est pas suffisant pour valoir ce qu’elle prétend être ! Quand plus loin, je parlerai de l’ouverture des 4 droits, c’est dans cet esprit que je les évoquerai.
Il est probable que ce sera à terme, vers 21-25 ans qu’elle devra un jour être proposée, quand le jeune, travailleur ou étudiant, a déjà suffisamment quitté le berceau familial.
Libérée de cette charge de devoir porter la profession de foi des grands, la confirmation sera libre de redevenir d’abord elle-même. Nous retrouverons alors la liberté d’utiliser la confirmation selon le projet initial de Dieu : donner Sa Vie à l’adulte qui professe la foi ou bien donner Sa Vie au bébé dont les parents professent leur foi.
La prise de conscience de ce vrai et grave désordre, alors même que nous en avons perdu conscience, peut donc être source d’un bien à venir. Elle souligne de plus en plus la nécessité de distinguer ‘objectivité’ du sacrement [24] et ‘subjectivité’ de l’adhésion de foi par l’homme moderne adulte, et par conséquent d’inventer les formes modernes de la profession de foi.
C’est dans ce monde occidental que l’interpellation de la Réforme est survenue. L’émergence progressive dans le peuple, et non plus seulement chez les élites, de l’affirmation des droits de la personne a eu un retentissement considérable, d’abord déstabilisant mais dont nous pouvons aujourd’hui chercher à recevoir le fruit.
Certaines de ces Communautés Ecclésiales, doutant alors du sérieux de la confession de la foi et de l’engagement à instruire les enfants, préférèrent instruire leurs jeunes avant de recevoir leur profession de foi pour les introduire au sacrement du baptême. D’autres communautés acceptèrent de baptiser les bébés et de leur demander dans l’adolescence une profession de foi appelée … confirmation.
C. de la trajectoire orientale
La ligne réformée a protesté, au seuil de la modernité, de l’incontournable profession de foi de l’individu adulte.
La ligne orthodoxe n’a pas été confrontée à cette question moderne et a maintenu une perspective liturgique et sacramentelle fondamentale. Le bébé n’a demandé ‘ni la vie de la terre’ ; ‘ni la vie du ciel’, et l’on n’attend pas pour l’éduquer, ni encore moins pour le nourrir, qu’il sache le demander raisonnablement. Ainsi, et bien avant l’âge de raison, il est bon que l’humain encore bébé, reçoive la nourriture terrestre et les sacrements du Salut.
Dans leur monde, les Eglises orientales, orthodoxes mais aussi anté-chalcédonniennes, et même catholiques de rite oriental, ont privilégié la cohérence traditionnelle du ternaire sacramentel d’initiation donné en une seule liturgie. Le curé de la paroisse donne baptême, confirmation et eucharistie de façon ordinaire.
Devrions-nous craindre, selon la logique occidentale, l’affaiblissement du signe épiscopal comme pôle axial de l’Eglise locale ? Je défie quiconque d’en trouver les signes !
Le lien du chrétien à son diocèse, à l’Eglise locale, ne se fait plus, ne se manifeste plus comme autrefois par l’achèvement dans les mains de l’évêque, de l’initiation chrétienne. Le prêtre allait jusqu’à oindre le corps de saint-chrême, l’onction de la tête était réservée à l’évêque.[25] En Orient, ce lien est légitimement et efficacement médiatisé par le rôle du prêtre. Lieutenant de l’évêque, celui-ci a été ordonné par lui. Il a reçu de lui, au cours de la messe chrismale, le saint-chrême (si bien évoqué au Décret sur les Eglises orientales catholiques, § 13). Il prie à chaque messe en communion avec lui et pour lui. Il reçoit de lui le ministère d’une communauté. Les évêques ne sont pas alors les ministres ‘ordinaires’ de la confirmation, mais ils en demeurent, et c’est l’essentiel, les ministres ‘originaires’. Le Concile Vatican II, en LG 26, se montre là encore naturellement très orthodoxe alors que le canon n° 882 du Code de droit canonique de 1983 en reviendra au terme ‘ordinaire’ !
Rien ne fera changer ces Eglises d’Orient de leur fidélité à cet ordre traditionnel.
Peut-être un jour, notre forme de modernité répandue sur ces terres, ces Eglises éprouveront-elles le besoin de vérifier, elles aussi, la véracité de la foi de leurs adultes par une profession de foi solennelle personnelle.
Comme ‘on n’entre totalement dans la communauté chrétienne que lorsqu’on a rencontré personnellement l’évêque’ [26] c’est dans le monde moderne, lors de la profession de foi des adultes que le chrétien devrait professer sa foi devant l’évêque, communier à la même table et échanger le baiser de paix avec lui. Ces trois gestes ratifieraient, achèveraient, confirmeraient (!) l’initiation qui se ferait ordinairement dans les paroisses. Alphonse Borras nous rappelle qu’elles sont, à l’instar du diocèse, et avec les aumôneries d’internat, les seules communautés ecclésiales de plein droit, car on y trouve tout pour tous, c’est-à-dire l’essentiel et le minimum nécessaire pour devenir chrétien et faire Eglise.
D.Un appel œcuménique
Une conséquence étonnante surgit.
Dès le début, nous avons voulu nourrir notre réflexion à la lumière des identités et des richesses, des autres Eglises et Communautés Ecclésiales chrétiennes. Ce travail nous a amené à repenser , entre autres, notre compréhension de la confirmation. Si cette nouvelle manière d’appréhender ce sacrement aboutissait dans notre monde catholique latin, les autres Eglises de rites catholiques, de rite orthodoxe, protestant et les communautés ecclésiales ne seraient-elles pas, elles aussi, appelées à revisiter ce sacrement ?.
L’importance de la question nous oblige à être attentif au retentissement chez nos frères chrétiens, quelque soit le degré de communion qui nous uni ,et aux conséquences œcuméniques qu’un tel sujet entraîne. Apprendre à nous consulter, , réfléchir ensemble à des questions comme le ‘filioque’, Qu’il s’agisse du ‘filioque’, de l’Immaculée Conception, de l’ordination des femmes devrait être une évidence. Il ne s’agirait plus alors d’agir seul dans son coin, sûr de son bon droit, mais de bénéficier de nos mûrissements internes spécifiques, et d’ainsi, favoriser l’évolution commune de toutes les Eglises .Chacun agissant dans son coin, on avance tout seul, sûrs de notre bon droit, et les autres finiront bien par suivre. Ne devrait-il pas devenir normal, désormais, que l’on apprenne à se consulter préventivement pour que nos propres mûrissements favorisent l’évolution commune de toutes les Eglises ?
Touchant à l’ordre des Sacrements, à sa définition, on touche aussi à la conception que s’en font les Catholiques Orientaux et les Orthodoxes.
Il faudrait déjà en parler avec nos frères Catholiques des Rites orientaux.
Nous venons de manifester notre estime envers le ‘bons sens’ maintenu dans leur théologie et leur pastorale qui donne au bébé les trois sacrements en une seule liturgie. Pourtant, notre idée d’un sacrement en deux moments, si elle est valide, doit leur poser question. Au moment où nous pensons devoir rejoindre leur pratique, non plus seulement du pédo-baptisme, mais de la pédo-initiation, nous devons leur dire nos raisons et ses conséquences. Il devient souhaitable que, dans une pensée partagée, ils puissent découvrir l’importance de cette chrimation confirmante, achèvement de la chrismation baptismale et de l’initiation chrétienne que l’évêque doit donner un jour à tout baptisé, et dans notre pensée, à partir de l’âge de 21 ans !
- de la nécessité du dialogue
Cette première démarche en appelle une autre, d’une toute autre envergure ! Si notre projet est ‘catholique’, il doit aussi être ‘orthodoxe’, et donc ‘recevable ‘ par les Eglises orthodoxes. Mettre : un vrai dialogue avec elles devient opportun, inévitable et nécessaire.
Ces Eglises [27] comptant elles aussi 7 sacrements depuis le 13ème siècle, (Op cit ‘Dieu est vivant’ page 370) toute évolution importante d’une Eglise de façon autonome, sans regard délicat vers ses ‘sœurs’, nuirait évidement à la démarche œcuménique.
Mais comment faire ?
Un Concile pan-chrétien est actuellement impensable. Ne pourrait-on pas, sur un tel sujet, proposer une consultation ‘dans les formes’, avec les patriarcats et par eux, vers leurs Eglises autocéphales ? Jérusalem, Alexandrie (lien par les Coptes avec les autres Anté-Chalcédoniens : Arméniens …), Antioche ( où le dialogues Orthodoxes-Catholiques est très avancés), Constantinople (1er ‘inter pares’ d’honneur), mais aussi Moscou (pour faire droit à l’histoire vivante de ces Eglises sœurs).
Plus loin encore, même si les Protestants n’ont pas [28], pour la plupart, de chrismation, leur avis est aussi utile et nécessaire, pour nous, autant que pour notre espérance de rapprochement.
Pourquoi ne pas vivre toutes ses consultation via le C.O.E., et, pour ce travail déjà, reprendre aussi le B.E.M. ?
- Une vision commune
Le milieu œcuménique valorise ‘la méthode du consensus différencié, mise en œuvre déjà dans la déclaration sur la justification’. [29]
Effet retour, ces accords génèrent dans les Eglises des ‘perturbations’. ‘Les questions œcuméniques ont cessé d’être une question de relations aux autres pour devenir une question interne’. [30] Grâce à cette méthode, ce sera désormais au cœur de chaque Eglise et donc de notre Eglise catholique, que les conflits d’interprétation se dévoileront et qu’un devoir de clarification s’imposera. [31]
Ainsi, l’évocation des trois lignes, des trois traditions Catholique, Orthodoxe et Protestante, nous amènera à regarder ‘ad intra’ nos propres conflits catholiques d’interprétation. Et de fait, le voisinage des rites latin et orientaux se vit davantage comme juxtaposition que comme heureux mariage. D’externe, la question de l’initiation devient interne et la ‘perturbation’ acceptée pourrait se révéler féconde.
Au terme de l’évolution occidentale, la finalité ecclésiologique première de la brisure du ternaire initiatique a cédé le pas. Le développement non encore repéré et officialisé du besoin pour l’adulte moderne de professer sa foi, nous mène, tant Protestants que Catholiques, à faire professer la foi de nos jeunes dans une liturgie, non sacramentelle pour les uns et sacramentelle pour les autres.
Mais loin de constituer une triste nouveauté, nous retrouvons dans un nouveau contexte ce qui appartient à l’Evangile : ‘Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé’.
A nous catholiques de repérer ce qui gène.
III. PROPOSTION GLOBALE
Riche de ‘Charité Pastorale’ [32] , quotidiennement au coude à coude avec les acteurs de l’Eglise des paroisses, des aumôneries, des services diocésains, participant particulièrement à la Formation du Diocèse, j’approfondis, depuis des années, ce sujet. Et je voudrai aujourd’hui apporter ma propre contribution à cette question pour finalement :
Proposer une trajectoire catéchétique en trois moments …
Donner au bébé les 3 sacrements de l’Initiation : Baptême, Chrismation et Eucharistie.
Proposer un parcours catéchétique élaboré aux 7-21 ans.
Demander aux adultes une Profession de Foi diocésaine.
…
Pour sortir des difficultés actuelles …
Seulement 50 % des baptisés communient.
Seulement 15 % des baptisés sont confirmés.
La Profession de Foi signe la fin du chemin dans les familles non pratiquantes.
Les jeunes adultes qui viennent se marier sont quasi étrangers à la foi catholique.
…
En honorant les intuitions et identités …
Catholiques : ecclésiologie et ministère épiscopal, progressivité du chemin catéchétique.
Orthodoxe : initiation en une seule fois et dans l’ordre, de l’adulte ou du bébé.
Protestante : adhésion subjective adulte incontournable dans le monde moderne.
…
Sans tout révolutionner mais en poursuivant des évolutions.
Faire évoluer le nom du sacrement de la confirmation.
Prépa mariages et baptismales des bébés : tonalité catéchuménale, allongement.
Rassemblements diocésains : célébrations de profession de foi adultes.
Inscription diocésaine : registre de ces professions de foi.
Notre commission diocésaine ouvrait ainsi son enquête par une dernière question qui peut emmener loin. Elle demandait : ‘quels seraient vos rêves ?’ Qu’un service diocésain propose le rêve, l’utopie me plait.
C’est d’abord la manifestation et la reconnaissance que notre pratique n’est plus pertinente. C’est ensuite l’invitation à nous mobiliser dans un effort pastoral et intellectuel pour exercer une fonction de discernement, d’orientation, de conseil, en indiquant un horizon, en décrivant un chemin, en mobilisant les bonnes volontés. Bref, chercher ensemble des pistes. Providentiellement, on reconnaît dans cet appel à la base, l’inspiration qui travaille toute notre Eglise puisque la même question nous est maintenant posée par la Conférence Episcopale.
C’est enfin la confirmation que l’on ne peut plus se satisfaire de solutions "à la petite semaine". On ne peut plus ajouter tel ou tel petit correctif ou aménagement aux précédents, source de nouveaux effets secondaires négatifs.
Par exemple, la tentation est grande actuellement d’ouvrir de plus en plus la fourchette d’âge possible de la confirmation (entre 6 à 18 ans) pour satisfaire à moindre frais les sensibilités infiniment variées de chacun des acteurs de la pastorale !
Il ne s’agit pas plus de tracer des plans irréalisables. Les pistes proposées doivent s’inscrire dans les évolutions en cours, respecter, et reprendre les richesses des identités de tous.
Il faudrait, bien sûr, ne pas partir d’une théorie de plus, d’une réforme à imposer mais d’une demande spirituelle en plein réveil et d’une pratique en pleine évolution.[33] ‘Certes, il ne s’agit pas de légiférer dans l’abstrait et chaque conférence épiscopale devrait prendre ses dispositions’ .[34]Et ‘On ne réforme pas par décret, on ne change qu’au prix d’un apprentissage progressif’.[35] Les ‘Textes de références’ et les ‘Orientations’ son toujours en dialogue avec la vie des diverses communautés chrétiennes.
C’est pour cela que de tels passages ne se font pas en un jour ; deux, trois … des générations sont nécessaires. Raison de plus pour ne pas tarder.
A - Au niveau de la sacramentaire
- Chrismation : changer un mot :
Il nous faudrait abandonner le mot de ‘confirmation’ source de tant de problèmes et d’ambiguïtés pour revenir à celui de ‘chrismation’.
Il ne s’agirait probablement pas d’une nouveauté mais d’un retour à la normale. Ce terme demeure en Italie, peut-être ailleurs.
Et notre Eglise de France a l’expérience de ces passages. L’‘extrême-onction’ devient progressivement ‘sacrement des malades’. La ‘confession’ devient progressivement ‘réconciliation’. La ‘communion solennelle’ devient progressivement ‘profession de foi’ !
Cela prend des décennies à changer les mentalités, mais le vocabulaire conditionne bien ces changements. Raison de plus de commencer par cela.
Enfin, et ce ne serait pas le moindre des intérêts, nous partagerions avec les orthodoxes ce vocabulaire, signe de crédibilité et du renouveau de notre théologie. Dans la ‘Catéchèse Orthodoxe : Dieu est vivant, Catéchisme pour les familles’, le chapitre XI est intitulé : ‘Le mystère de la chrismation : la Pentecôte personnelle ou sacerdoce royal des laïcs’. Il y est dit : ‘par la chrismation chacun de nous reçoit la personne du Saint-Esprit, Don fondamental, qui le fait membre d’un peuple de prêtres’.
Et pourquoi ne pas espérer que par ce renouveau sacramentel, l’œuvre de Dieu puisse retrouver sa vitalité, et nos problèmes de pratique dominicale se résorber ?
Puisque ce sacrement a du prix en notre Eglise, nous sentons bien qu’il faut lui redonner vie.
Mais renoncer à quasi-exclusivité du sacrement de confirmation et de tout ce qu’il représente actuellement pour lui, peut conduire l’évêque à écarter cette solution car trop perçue comme deuil et éloignement.
Mon but est d’essayer de trouver une nouvelle cohérence opératoire et théologiquement fondée. A terme, elle doit garder, valoriser et ordonner toutes nos richesses respectives. En particulier, pour notre identité catholique latine, les trois éléments de notre tradition : le rôle central de l’évêque, une vie diocésaine concrète pour tous les chrétiens, et la progressivité du chemin d’accès à la profession de foi pour les jeunes et les adultes.
Ainsi, au terme d’une évolution issue d’une véritable croissance organique et non d’une réforme imposée, il me semble souhaitable que tous les adultes qui le veulent, ou qui demandent à exercer une des 4 responsabilités en Eglise (le parrainage, le mariage, la consécration ou l’ordination), vivent une préparation et rencontrent l’évêque pour cette profession de foi adulte. L’expression du rituel du baptême[36], ‘Et ils seraient reconnus membre à part entière de l’Eglise, avec les droits et les devoirs qu’entraîne cette dignité’ peut, me semble-t-il, évoquer, entre autre, ces quatre responsabilités.
Adrien Nocent va dans la même direction [37]: ‘Or, s’il ne peut être admis à cette confession publique de sa foi, il ne pourra plus recevoir les sacrements jusqu’au moment où il aura pu répondre aux exigences de l’Eglise … on pourra trouver sévère le refus des sacrements à ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas prononcer la renonciation publique et les promesses baptismales. Mais comment recevoir aux sacrements quelqu’un qui n’entend pas confesser publiquement sa foi ?’
Cette rencontre avec l’évêque serait d’abord normalement proposée aux jeunes cheminant dans l’Eglise, dans les paroisses et mouvements, au terme de leur parcours de jeune de 7 à 21 ans.
Elle serait également proposée aux recommençants adultes de tout âge, ainsi qu’aux adultes demandant un sacrement de mariage pour eux ou de baptême pour leur bébé.
Les jeunes de nos communautés arriveraient au terme de leur chemin avec la ‘reditio’.
Les recommençants auraient un parcours propre, soutenu par une branche du Service Diocésain du Catéchuménat.
A ceux qui, très éloignés et sans réel contact avec la communauté, demanderaient le mariage ou un baptême, serait proposée, outre l’actuelle préparation au sacrement, une préparation spécifique sur la foi. C’est ce type d’orientation que l’évêque de Beauvais demande officiellement à son diocèse : ‘Je préconise qu’avec détermination et souplesse, demande soit faite aux jeunes qui veulent se marier chrétiennement de se présenter si possible un an à l’avance (…) Ce délai donnera le temps d’améliorer les conditions de ce qui se fait déjà : une préparation au mariage comportant un minimum de formation pour tenter de réduire l’écart chez certains jeunes entre l’attente de ritualisation de leur engagement au mariage et la célébration proprement sacramentelle de leur union par l’Eglise. La préparation au mariage constitue à l’évidence un terrain favorable pour l’annonce de l’Evangile’.
Il est heureux de constater que cette note d’Eglise de Beauvais de Janvier 2001 sera retenue par la Conférence des évêques de France dans les ‘Orientations’ de Lourdes 2002.
Il serait tout à fait possible et cohérent qu’au jour de cette profession de foi, tous ceux qui en ont besoin, reçoive la confirmation et l’eucharistie.
Combien juste serait alors le positionnement de l’évêque en son diocèse. Avec cet horizon, l’évêque catholique latin trouverait ce dont il rêve : que le diocèse vive et que l’évêque ait un visage pour tout catholique adulte. La confirmation ne serait plus ce maillon fragile sur lequel notre pastorale fait porter l’effort.
Avec son presbyterium, l’évêque, ne peut ‘pas échapper à cette période de restructuration que nous traversons’. ‘Malgré les peurs que cette période engendre et l’obscurité qu’elle entraîne, nous pouvons aussi la vivre comme une époque passionnante, où l’une des tâches consiste justement à élaborer avec les autres chrétiens une nouvelle manière d’être prêtre’ [38] et je me permets d’ajouter, d’être évêque.
Enfin, je ne résiste pas, pour conclure ce paragraphe, à citer encore Jean-Yves Lacoste qui évoque l’état actuel de l’initiation dans notre Eglise [39] : ‘L’aporie, à ce compte, ne serait-elle totale, et la théologie médiévale de la confirmation, dont toutes nos esquisses contemporaines sont les héritières, sinon tout à fait fidèles, du moins tout à fait conséquentes, ne serait-elle en fait qu’idéologie justifiant post eventum l’épiscopalisation occidentale du sacrement dans la perte de l’économie générale de l’initiation chrétienne ?’
B - Sur le plan de l’ ecclésiologie
- Perte ou gain pour la ligne catholique ?
Ce titre, ‘perte ou gain’ se réfère au Cardinal John Henry Newman, lorsqu’il écrivait au moment de sa conversion sous le titre ‘Loss or gain ?’ la première ébauche de ce qui deviendra plus tard son ouvrage ‘Apologia pro vita sua’.
La proposition faite jusque là serait périlleuse si elle nous faisait perdre notre identité. Nous avons proposé une nouvelle mise en perspective de l’initiation chrétienne, un renouveau éclairé par l’apport conjoint des lignes orientale et occidentale. Serait-ce pour voir disparaître la spécificité catholique latine et donc une des richesses de l’Eglise catholique ?
La ligne latine traditionnelle entendait maintenir une vigilance pour la dimension diocésaine de l’Eglise notamment en la polarisant autour du contact avec la figure de l’évêque. Elle est précieuse.
Aux dires des historiens, notre Eglise s’est formée progressivement dans l’assemblée des chrétiens d’une ville et de ses environs, peuple réuni dans la cathédrale, rassemblé autour de son évêque accompagné de son collège d’anciens et de ses diacres. La grande ville devenue chrétienne avec ses églises dispersées, les villages et la campagne christianisés, l’Eglise prenant sa place dans la société, l’évêque a dû progressivement céder à son presbyterium le contact direct avec les catéchumènes. En se réservant l’onction de la tête, les évêques latins maintenaient l’unité de l’image : l’évêque doit signifier sacramentellement l’Eglise locale.
Mais l’histoire de l’Eglise continue à évoluer. A partir du moment où le diocèse dépasse une dimension raisonnable, la décentralisation du ministère doit se poursuivre : les prêtres reçoivent en ministère ordinaire beaucoup de ce qui était réservé à l’évêque, tout en respectant une fonctionnalité et une cohérence théologique.
Apparaissent donc clairement deux questions imbriquées et pourtant bien distinctes. Celle de l’unité diocésaine à manifester et celle du rôle que l’évêque souhaite et doit jouer en personne.
- Servir mieux encore ceux qui arrivent
Après ces années de regard vers l’extérieur, hors de nos sacristies, pour aller courageusement à la croisée des chemins du monde, ne devons-nous pas accueillir, tout aussi courageusement, tous ces croyants non pratiquants qui frappent aux portes de nos presbytères, comme ces envoyés que Dieu nous indique ?
Il y a déjà le chemin des catéchumènes de plus en plus nombreux et, surtout, bien que plus difficilement quantifiables, des ‘recommençants’ qui, selon le retournement des mots opéré par Xavier Emmanuelli, ‘rentrent sur la pointe des pieds’.
Il y a déjà l’accueil long, proposé désormais en bien des endroits, pour la préparation au mariage et celle du baptême des bébés. Nos évêques confirment et stimulent cette évolution dans leur document de Lourdes 2002.
Il y a aussi, avec un rituel spécifique, l’accueil long proposé aux enfants ou adolescents qui demandent le baptême.
Ainsi, avec ces exemples, nous vérifions que les mœurs commencent déjà à accepter comme une évidence ce qui semblait révolution et abus d’exigence il y a quelques années. Profitons-en pour mieux baliser, adapter, qualifier ces chemins d’accueil.
C. Un projet pastoral pour les 7-21 ans
dans un chemin de 0 à 77 ans et plus
- Adapter les âges de la profession de foi et des sacrements
Il faudrait, et c’est là l’essentiel, en venir à formaliser une distinction nécessaire car on n’a pas à ‘initier aux sacrements de l’initiation’. Il y a d’une part les gestes objectifs : les sacrements de l’initiation. Et il y a d’autre part le sentiment subjectif : l’initiation à la foi.
Dans le cas d’un baptême d’adulte, on a d’abord le processus subjectif conduisant à la profession de foi, puis les gestes objectifs de l’initiation sacramentelle, selon la parole de l’écriture : ‘Celui qui croira et serra baptisé, sera sauvé’ (Marc 16, 16).
Dans le cas d’un baptême de bébé, sur la foi subjective des parents, on donne au bébé les gestes objectifs de l’initiation en espérant leur appropriation subjective pour qu’il arrive un jour à sa profession de foi personnelle adulte.
De plus, il faudrait adapter le processus d’adhésion à chacun, venant de famille pratiquante ou non.
Il faudrait proposer des cursus variés, de type aumônerie pour un adolescent engagé dans une communauté ou bien de type catéchuménal pour tel jeune adulte surgissant pour demander un mariage.
Comme nous l’indique l’éditorial de Monseigneur Thomazeau [40] , des évolutions sont déjà en cours.
Et les ‘Orientations pastorales - les baptêmes d’enfants de 2 à 7 ans’ [41] vont dans le même sens.
Ces évolutions manifestent clairement que nos césures chronologiques, elles-mêmes, sont dépassées. Actuellement, on nous demande de classer statistiquement les baptisés dans les catégories : 0-1 an, 1-7 ans et 7 ans et plus. Cela veut dire qu’un baptême normal doit se donner dans les premiers mois, qu’à 2 ou 6 ans, avant l’âge de raison, on est considéré de la même façon, ‘infans’ baptisable et que dès 7 ans, on peut faire une profession de foi … engageant la vie tout entière. Il est évident qu’aujourd’hui ces catégories sont obsolètes. La création du rituel pour enfant en âge de scolarité veut ouvrir une route nouvelle. Il faudrait aller plus loin avec de nouvelles catégories statistiques : une catégorie pour les bébés de 0 à 3 ans, une catégorie d’enfants de 3 à 7 ans, de pré-ado, d’adolescent et de jeunes de 8 à 21 ans, avec des degrés progressifs d’expression de profession de foi et de toute façon une profession de foi d’adulte à refaire à partir de 21 ans, et une troisième catégorie pour les baptisés jeunes adultes ou pleinement adultes.
Cet âge de la profession de foi des jeunes adultes me semble devoir être un peu retardé. Certains, qui y aspirent comme moi, proposent 18-20 ans [42] . Je préfèrerai pour ma part, 21 ans, car j’ai connu ces jeunes, très heureux jusqu’à 18 ans dans nos aumôneries, et qui ont trouvé leur foi complètement bousculée par deux ou trois années d’université. Je propose cet âge de 21 ans pour attendre que le jeune, par ses études ou son activité professionnelle, ait suffisamment quitté le nid de ses origines.
Tout ceci ne veut servir qu’un unique but, très traditionnel : que des adultes aient la joie d’être l’Eglise et que nos forces pastorales ne soient pas submergées par ces grands rendez-vous des ‘croyant-non-pratiquants’ qui sonnent aux portes du presbytère pour les baptêmes et les obsèques.
Adrien Nocent souligne avec beaucoup de justesse et de délicatesse, la ‘sévérité’ [43] que ces orientations annoncent. Il ne s’agit pas pour lui non plus, de se réfugier dans une ‘religion d’élites’ [44] . Toutes ces orientations plus exigeantes pour l’Eglise, sont vraiment portées par des pasteurs.
Alphonse Borras [45] évoque le passage de la ‘logique du guichet’ à la ‘logique du projet’. C’est encore vivre ces durées longues et ces attitudes d’apprentissage de l’Eglise, dont aime à parler Hervé Legrand, OP. Valoriser ces évolutions lentes, ces périodes longues, permet à l’Eglise de mûrir ses dossiers, de s’habituer à du nouveau, d’essayer des trajectoires, de donner aux mentalités le temps d’évoluer, de discerner, et de recevoir ce qui émerge légitimement.
- Baliser un chemin
Chacun est différent, chaque personne mais aussi chaque famille. Notre pastorale prend d’ailleurs cette donnée de plus en plus en compte. Elle sait s’adapter tant pour l’accès au baptême avec des rituels divers que pour proposer la première communion aux enfants de 6 ou 8 ans de familles pratiquantes, et en CM1 ou CM2 pour tous les autres. Nous apprenons à accueillir des enfants et adolescents qui viennent voir, ressortent et reviennent. C’est parfois éprouvant, mais c’est aussi très beau et très évangélique.
Il nous faut donc mettre un peu d’ordre et nous adapter.
En avril 2001, le Service Diocésain de la Catéchèse nous proposait toute une réflexion sur le parcours des ‘4 années de catéchisme’. Ce langage me semble obsolète. La catéchèse, c’est toute une trajectoire comprenant l’éveil à la foi, le catéchisme du primaire, l’aumônerie des collèges et lycées et les propositions aux adultes. Est-ce qu’un jour, tout jeune en 6ème au collège pourra se savoir en première année d’aumônerie et non plus, ô malheur, ‘en dernière’ année de caté ?
Ne serait-il pas tout aussi constructif pour l’avenir que les Services Diocésains de la Catéchèse et de l’Aumônerie œuvrent ensemble à la rédaction de questionnaires communs car, le chemin de chaque jeune s’insère dans la longue trajectoire catéchétique proposée de l’éveil à la foi à l’aumônerie des lycées.
Ne serait-il pas heureux désormais que les services d’éveil à la foi, de la catéchèse, des aumôneries et de la pastorale des jeunes étudient la cohérence de leurs propositions et s’accordent sur des chemins à proposer à tous ceux qui surgissent dans notre Eglise ? Il serait grandement positif qu’ils s’enrichissent des compétences des services diocésains du catéchuménat et de la liturgie sans oublier celles du clergé
Heureusement, la question est bien ainsi posée en 2003 par nos évêques avec le livret ‘Aller au cœur de la foi’.
‘Questions d’avenir pour la catéchèse ?’ citant en préface p7 ‘Christus dominus’ n°14, est bien entendu pour tous les âges.
- Exemple de chemin …
‘Bien sûr, il nous faudra imaginer de nouvelles idées, trouver de nouveaux rythmes pour la catéchèse, organiser de nouvelle manière notre pratique catéchétique. Sur ce plan, nous restons à la fois modestes, humbles et profondément heureux de constater la générosité et la créativité dont font preuve les personnes en charge de la catéchèse’. [46]
… pour jeunes de famille ‘éveillée’
Il faudrait :
- pouvoir donner au bébé d’une telle famille, dans sa paroisse, l’initiation chrétienne en ses trois gestes de baptême, de ‘chrismation’ et de première eucharistie et qu’il puisse communier normalement, bébé puis jeune enfant, comme chez les orientaux.
- proposer un chemin de type néo-catéchuménal, ou plutôt de néophyte, étalé dans le temps, reprenant et réaménageant nos actuels ‘éveil à la foi’, ‘catéchèse’ et ‘aumônerie’.
- favoriser un éveil à la foi depuis l’initiation jusqu’à l’âge de raison.
- réorganiser et inventer entre 7 et 21 ans des étapes liturgiques signifiantes [47] , et aussi mobilisatrices, ainsi par exemple tous les deux ans :
- à 8 ans, après un début d’éveil à la foi, une ‘entrée officielle en formation chrétienne’.
- à 10 ans, une ‘première-communion-solennelle’ : le Pain que tu manges depuis ta naissance, tu en sais désormais le sens et le prix.
- à 12 ans, une ‘profession de foi’ maintenue tout à la fois par respect de la ‘dévotion populaire’ et parce que, selon la maturité propre à chaque âge, il est légitime et utile de professer sa foi. C’est ainsi par exemple que procède la pédagogie scoute, qui propose en cours de route, à l’enfant, à l’adolescent puis à l’adulte, des cérémonials de promesse.
- à 14 ans, ‘Remise de la Croix’ : Préadolescent, veux-tu avancer en disciple du Christ qui a manifesté sa puissance dans la faiblesse ?
- et ‘Remise de la Bible’. Tu es déjà familier de notre histoire, aujourd’hui, tu en lis un passage devant l’Eglise. Elle te charge de la porter, de la proclamer par et dans ta vie quotidienne.
- à 16 ans, la ‘Traditio’ du Credo de Nicée-Constantinople. C’est la dynamique pédagogique remise en valeur à Milan par le Cardinal Martini. Tu as l’âge de creuser les mots de notre foi. Prépare-toi à la ‘Reditio’.
- à 18 ans, tu es majeur, tu rends un ‘Service d’Eglise et dans la société’. Célébrons-le.
- à partir de 21 ans, après tant de dimanches et de Pâques, tu peux célébrer solennellement ta ‘Reditio’. Tu écris ta ‘lettre de demande’ à l’évêque. Puis, tu vas à l’une des 5 assemblées proposées le dimanche après midi, dans divers lieux du diocèse, entre Pâques et Pentecôte. Là, avec les autres jeunes, achevant leur parcours d’aumônerie et avec les adultes recommençants, tu professes ta foi devant l’évêque, tu communies avec lui et tu échanges avec lui le baiser de paix. Cette liturgie achève ton initiation chrétienne. Sacrements de l’initiation reçus à la naissance et profession de foi rendue à l’âge adulte, tu es en droit d’assumer les responsabilités du chrétien : tu peux t’engager comme parrain ou marraine, tu peux avancer vers le mariage, les vœux ou l’ordination.
Sur le plan pratique cela amènerait à introduire des nouveautés dans les registres, comme on le fait tout le temps en ce moment. Déjà, au lieu des signatures, il n’est plus fait mention du prêtre mais du ministre pour s’adapter à l’émergence du groupe des diacres. De même, à côté des parrains et marraines apparaît la place du témoin, pour s’adapter à la réalité œcuménique émergente. Et surtout, il est à nouveau prévu la place pour la signature du baptisé lui-même !
Enfin, il faudrait continuer ces adaptations en instaurant un nouveau registre diocésain. De même qu’il existe le registre des inscriptions des noms des catéchumènes, il doit être relativement facile et simple, d’ouvrir un registre de ces professions de foi d’adulte.
Il est évident que ce chemin idéal de christianisation sera rare. Des cursus adaptés sont donc aussi à inventer pour les autres. Cela existe pour les catéchumènes, cela se met en place pour les recommençants.
… pour les ‘recommençants’
Dans le souffle du Concile Vatican II, la mission est déjà relancée, qui cherche, qui accueille nombre de commençants, nombre de recommençants. Certains osent le dire : c’est désormais pour entrer que certains, adolescents, jeunes ou adultes, se déplacent sur la pointe des pieds.
A nous d’imaginer ces chemins d’accueil, par exemple :
- Non-chrétien, tu es en CM2 ou en 6ème, un copain t’invite au caté. Tu t’éveilles en cours d’enfance ou d’adolescence ! Rejoins une équipe de ton âge et entre dans le cursus des étapes prévues par le rituel du baptême des enfants en âge de scolarité. Beaucoup déjà le vivent chaque année, viens voir, tu pourras recevoir l’initiation en 5ème ou en 4ème.
- Baptisé bébé, tu n’es pas venu au catéchisme. Rejoins une équipe de ton âge, au caté ou en aumônerie. Tu vas y découvrir l’Eglise, la Parole de Dieu et bientôt, tu pourras recevoir les autres sacrements de l’Initiation. Beaucoup déjà le vivent chaque année, viens voir.
- Tu as 25 ans et tu veux te marier ou faire célébrer le baptême de ton bébé, mais tu n’as pas vécu ou tu n’as fait qu’une partie de ton chemin de formation. Tu n’as donc pas, adulte, exprimé ta foi solennellement, tu n’as pas prononcé ta ‘Reditio’. Découvre-le, depuis quelques décennies, la préparation au mariage s’est beaucoup développée, courant sur 6, ou même souvent sur 12 mois : rencontres avec le célébrant, rencontres avec un couple, rencontres collectives. Progressivement, on lui a ajouté quelques rencontres de présentation de la Bible, du Credo, de la prière … pour préparer ta ‘Reditio’ à la Pentecôte. Alors, tu pourras te marier à l’Eglise.
Certains pourront s’étonner que l’on maintienne ces co-habitants dans le péché. Mais, les sachant ensemble depuis des années, déjà parfois parents, il me semble que l’urgence n’est pas de les sortir d’un état matrimonial insatisfaisant, mais bien plutôt, de les conduire vers un état théologal plus satisfaisant.
D’autres encore trouveront cette ‘Reditio’ un peu superficielle : on ne devient pas, on ne s’éveille pas en quelques mois à la foi vive, surtout quand la célébration du mariage semble en dépendre. C’est vrai, mais il faut aussi remarquer que l’acceptation d’une préparation longue et d’un déplacement pour la célébration diocésaine avec l’évêque, permettrait ce jour-là une profession de foi de qualité et de toute façon très supérieure à celle que nous acceptons actuellement de demander aux parents qui viennent pour le baptême de leur bébé.
Comme les autres au cursus plus régulier, tu auras aussi à faire cette fameuse lettre de demande, dont nos évêques successifs vantent tant la richesse pastorale et spirituelle.
Alors, au cours de l’une des 5 assemblées proposées le dimanche après midi, dans divers lieux du diocèse, entre Pâques et Pentecôte, à 20 , 35 ou 70 ans, tu achèveras ton initiation chrétienne. Là, avec les autres jeunes achevant leur parcours d’aumônerie et avec tous les adultes recommençants, tu professeras ta foi devant l’évêque, tu communieras avec lui et tu échangeras avec lui le baiser de paix. Cette liturgie achève ton initiation chrétienne. Profession de foi adulte et trois sacrements de l’initiation reçus, tu es en droit d’assumer les responsabilités du chrétien : tu peux t’engager comme parrain ou marraine, tu peux avancer vers le mariage, les vœux ou l’ordination.
Je constate avec joie que l’horizon proposé ici, se trouve en perspective dans les ‘Orientations’ et ‘Jalons’ de notre diocèse [48].
Par ces diverses pratiques, à développer sans violence, beaucoup de nos problèmes trouveraient une solution heureuse et une vraie cohérence théologique, œcuménique, ecclésiologique, canonique et pastorale.
D – La confirmation, un sacrement en deux moments.
Le catéchisme de l’Eglise catholique affirme dans son article sur le baptême [49]: ‘L’onction du saint chrême… signifie le don de l’Esprit Saint au nouveau baptisé.’ ‘… Dans la liturgie romaine, elle annonce une seconde onction … : le sacrement de confirmation qui, pour ainsi dire, ‘confirme’ et achève l’onction baptismale’.
Mais, alors, ne faut-il pas penser la confirmation comme un sacrement en deux temps ?
Puisque l’Esprit Saint est donné au baptême, cette onction est sacrement de confirmation. Elle est une confirmation ‘objective’, au sens où nous l’employions plus haut. Puisqu’il lui faut un achèvement, c’est qu’elle est déjà réellement commencée … et peut donc en porter le nom.
Peut-on soutenir que l’Esprit Saint, ‘à l’œuvre’ dans tous les sacrements, puisse ‘être donné’ en deux moments complémentaires ? Peut-on parler d’une unique confirmation en deux célébrations ?
Nous avions noté la difficulté, dans les Actes du Concile [50], à nommer clairement ‘ce sacrement’, la confirmation, quand il est donné par le prêtre de rite oriental au bébé. N’avons-nous pas, nous latins, la même difficulté à donner un nom à cette onction du baptême. Ne faut-il pas chercher un nom, recherche qui nous obligerait à clarifier notre pensée ? Comment dire, comment nommer cette réalité ?
- Avec le mot ‘confirmation’ : l’intitulé ‘Premier degré de la confirmation’ ne convient pas. Il n’y a pas, comme pour l’ordination, de degrés. ‘Première partie de la confirmation’ fait un peu lourd.
- Avec le mot ‘chrismation’ : ‘chrismation baptismale’ et ‘chrismation confirmée’, où l’on entendrait par le même mot commun, ‘chrismation’, l’unique don de l’Esprit donné différemment mais réellement lors des deux célébrations.
La ‘chrismation confirmée’ évoquerait cette deuxième onction, qui ‘confirme’ et achève l’onction baptismale’ [51] :‘Confirme’ l’onction du baptême (dimension subjective), ‘et achève’ cette première chrismation (dimension objective). L’initiation chrétienne serait alors totalement achevée : l’adhésion adulte serait honorée et tous les sacrements seraient donnés, complètement.
Nous proposions, lors des dimanches situés entre Pâques et Pentecôte, des célébrations diocésaines de la profession de foi, vraie ‘reditio’ des adultes, avec communion et échange de la paix avec l’évêque.
Enrichie de cette ‘chrismation confirmante’, cette liturgie serait le point d’orgue d’une catéchèse ‘imaginée à partir d’idées nouvelles, avec de nouveaux rythmes, organisé de nouvelle manière’ [52], repensée dans ‘la responsabilité que nous avons tous de ‘proposer la foi dans la société actuelle’’ [53].
Il serait enfin pleinement vrai que notre catéchèse susciterait des chrétiens adultes, 'reconnus membre à part entière de l'Eglise, avec les droits et les devoirs qu'entraîne cette dignité.' [54]
Une conséquence à relever : l’invitation à rejoindre l’évêque tout le monde. D’abord ceux qui, arrêtés après la profession de foi, se réveillent et vont recevoir de lui la seconde onction. Ensuite ceux qui auront ‘tout reçu au baptême’. Mais encore, c’est à souligner : même en cas d’initiation, par le curé en paroisse, d’adulte dans la nuit de Pâques, il faudra néanmoins aussi cette seconde onction, dans le temps pascal, avec l’évêque.
Autre conséquence : ces nouvelles liturgies diocésaines devraient être enregistrées. On pourrait craindre une inflation de notifications.
La solution se trouve peut-être dans le choix de maintenir une inscription principale, non plus le baptême mais l’initiation, et deux mentions marginales possibles, non plus la confirmation mais la chrismation confirmante et comme toujours, le mariage (ou ordre ou vœux)
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