Bruno DANIEL : THÉOLOGIE PASTORALE

Redonner tout son sens à l'Initiation Chrétienne

30 août 07

Juin 2006 Redonner tout son sens à l'initiation chrétienne : un défi à relever

Cet article a été précédemment publié dans la revue "Lumière et Vie" n°270 de juin 2006

REDONNER TOUT SON SENS À L'INITIATION CHRÉTIENNE :
UN DÉFI À RELEVER

Avec les évêques de France qui nous interrogent, je partage le constat d’un grand renouveau, mais aussi d’un sacré naufrage : 90% des fiancés n’ont aucun souvenir, quand ils l’ont suivi, de leur catéchisme. Les baptêmes baissent de 1% l’an, et malgré la beauté des fameux recommençants et les très émouvantes lettres de nos chers ados, les confirmations sont passées en 10 ans, de 90 000 à 55 000, soit moins 4% l’an.

En 20 ans de prêtrise, dans une réflexion tout à la fois très catholique et très œcuménique, j’ai réalisé trois choses :
D’abord, je suis devenu incapable de défendre la position de mon Eglise devant mes catéchistes et les frères d’autres Eglises.
Ensuite, très heureux du rappel de nos sources - Bible, Jour du Seigneur, Eucharistie - je suis convaincu qu’il nous faut aussi ouvrir le chantier des sacrements, tout particulièrement des trois gestes de l’unique initiation chrétienne, de leur unité et de leur cohérence.
Enfin, je pense qu’il nous faut dessiner un projet très audacieux et simultanément très progressif afin de redonner tout son sens à l’initiation chrétienne.

Face à un malaise omniprésent …

Lorsque j’explique aux catéchistes qu’on ne devrait plus entendre « Je confirme mon baptême », ni même « Dieu confirme mon baptême », mais bien « Dieu me confirme », et que le célébrant emploie la seconde formule, comment tenir dans une cohérence tout à la fois théologique, pastorale et diocésaine ?
Quand je rencontre mes frères chrétiens, là aussi, je suis incapable de défendre ce qu’on me demande de faire. Nous mettons déjà nos propres frères catholiques orientaux dans une situation difficile tant il est malaisé de justifier notre pratique sacramentelle devant nos frères orthodoxes. Pareillement, face aux protestants qui, dès l’orée des temps modernes, travaillèrent l’articulation entre pédobaptisme et profession de foi adulte, notre pauvre « communion solennelle » fait pâle figure.

Notre histoire est ponctuée de mille dérapages successifs, et notamment de deux brisures majeures. La première, au 4ème siècle avec B – CE, qui voulait nous dire l’importance d’un vrai contact entre l’évêque et son peuple. La seconde au début du 20ème siècle, quand Pie X engageant une 1ère correction, rajeunit la 1ère communion. Malheureusement, cette correction partielle en négligeant la confirmation, suscita une nouvelle brisure et une inversion, qui nous conduisit à la situation actuelle, B – E – C. La confirmation de plus en plus tardive s’éloigne de son vrai sens théologique. Ce qui était, et notre rituel continue de le prétendre, « la marque de l’Esprit-Saint, le don de Dieu » est devenu, moyennant un « petit complément » de Saint-Esprit, simplement une belle profession de foi et aussi, proposée de plus en plus tard, une vraie « carotte » pédagogique pour tirer les jeunes et les catéchumènes.

Quand tant d’évêques s’extasient devant les quelques lettres de jeunes qu’ils reçoivent, quand ils s’émerveillent des quelques recommençants qu’ils confirment chaque année, s’aperçoivent-ils que l’arbre cache une désertification galopante ? Selon les statistiques officielles de l’Eglise de France, on note une chute catastrophique des baptêmes et plus encore des confirmations. Seuls 20% des baptisés sont confirmés ! L’évêque latin revendiqua d’être le  ministre ordinaire de l’achèvement de l’initiation, confirmation ET 1ère communion, pour 100% des catholiques. Il voulait manifester la dimension épiscopale de l’Eglise particulière. Quinze siècles plus tard, son vicaire général donnant lui-même la confirmation, l’évêque a perdu l’exclusivité de ce sacrement et ne confirme plus que 10% de son Peuple.
Résultat, non seulement le ternaire initiatique est mis à mal, mais il n’est pas impossible que cette situation soit une des premières causes de notre misère. Le Directeur National du Catéchuménat lui-même reconnait le nombre de néophytes qui ne seront jamais confirmés. Et pourtant, la dérive continue. Ces dernières années, on constate pour les jeunes de nouveaux reculs de l’âge de la confirmation et, pour les adultes son report après la nuit de Pâques. Jusqu’où irons-nous pour justifier notre bienveillance pédagogique ? La théologie n’est pas là pour cautionner nos errements mais elle doit être à la source même du sens  et de la cohérence de notre démarche.

Eclairé par un siècle de travail catholique et œcuménique, il est urgent de garder le meilleur de Pie X et de corriger ses effets négatifs. A l’appel de nos évêques en 2003, il faut poursuivre le travail « en imaginant de nouvelles idées, en trouvant de nouveaux rythmes pour la catéchèse, en organisant de nouvelle manière notre pratique catéchétique »

… proposer une trajectoire catéchétique en trois moments …

- Initier les bébés. Il faut revenir aux finalités premières de l’ordre sacramentel : Dieu qui veut se donner. Avec les orthodoxes, mais aussi les catholiques orientaux, donnons à nos bébés, l’ensemble BCE, et que les prêtres le fassent ordinairement.

- Offrir une catéchèse pour les jeunes de 7 à 21 ans. Pour les jeunes ‘éveillés’ à la foi, ayant reçu le BCE bébé, le petit enfant doit continuer de communier normalement, comme chez les orientaux. Puis, réaménageant nos actuels ‘éveil à la foi’, ‘catéchisme’ et ‘aumônerie’, avec des étapes liturgiques tous les deux ans, nous lui proposons ce type de chemin :

  • A 8 ans, après un début d’éveil à la foi, ‘Entrée officielle en formation chrétienne’. -
  • A 10 ans, catéchisé, il sait le prix du Pain : célébration de sa ‘Première-communion-solennelle’. -
  • A 12 ans, comme à tout âge, s’engager est utile et légitime. Il faut garder la traditionnelle ‘Profession de foi’.
  • A 14 ans, l’Eglise le charge de scruter et de proclamer la Parole par et dans sa vie quotidienne : ‘ Remise de la Bible’. C’est aussi, avec diverses associations, l’âge de prendre un ‘Service d’Eglise et dans la société’: célébrons-le.
  • A 16 ans, la ‘Traditio’ du Credo de Nicée-Constantinople : en âge d’approfondir sa foi, il se prépare à la ‘Reditio’.
  • A 18 ans, majeur, c’est la ‘Remise de la Croix’ : il confesse la sagesse du Christ qui a manifesté sa puissance dans sa faiblesse.

- A partir de 21 ans, instituer une Profession de foi adulte. Devenu plus autonome de sa famille, le jeune peut célébrer solennellement sa‘Reditio’. Dans l’une de ces 5 grandes assemblées diocésaines instituées lors du Temps Pascal, il rencontre aussi des adultes en plein réveil religieux et des fiancés qui préparent leur mariage. Il écrit sa‘lettre de demande’ à l’évêque. Puis il professe sa  foi, communie et échange avec lui le baiser de paix.  Il achève ainsi son « initiation objective et subjective »; son introduction est signée. A  lui désormais d’écrire le reste du livre de sa vie. Notamment, l’Eglise peut compter sur lui pour assumer les 4 responsabilités canoniques du chrétien : devenir parrain ou marraine, avancer vers le mariage, les vœux ou l’ordination.

Des passerelles. Certes, avec l’actuel désordre, peu vivront complètement ces trois étapes et il faudra des années pour confirmer les 80% de catholiques non confirmés. Des cursus adaptés sont donc aussi à inventer pour les autres.
Il y a les ‘consommateurs’ plus ou moins disposés, demandant le mariage ou le baptême d’un bébé, et dont beaucoup n’ont jamais fréquenté la moindre catéchèse. Poursuivant l’évolution des préparations, les paroisses leur proposeront sur 12 ou 18 mois des rencontres sur la Bible, le credo, la prière, les sacrements, la vie chrétienne… Ils seront ensuite invités à écrire à l’évêque et à rejoindre les grandes assemblées de printemps pour leur profession de foi. Alors, ils pourront se marier à l’Eglise ou professer la foi pour leur bébé.
Certains trouveront cette ‘Reditio’ un peu superficielle : on ne s’éveille pas en quelques mois à la foi vive, surtout quand la célébration du mariage semble en dépendre ! Certes, mais l’acceptation d’une préparation longue et d’un déplacement pour la célébration diocésaine avec l’évêque, permettra une meilleure profession de foi, bien supérieure à celle que nous acceptons actuellement des parents au baptême de leur bébé.

Il y a les recommençants de tous âges. Tel jeune non chrétien ou juste baptisé qui s‘éveille, peut rejoindre le cursus des étapes prévues et la préparation aux sacrements, notamment avec le rituel du baptême en âge de scolarité. Tel autre, en plein réveil à 48 ans alors qu’il avait tout arrêté à 12 ans, est rentré sur la pointe des pieds ; il peut se joindre aux jeunes adultes et fiancés dans ce chemin de profession de foi adulte. Il est invité à écrire à l’évêque.

L’exigence pourrait effrayer : pourtant une réelle audace pastorale est seule en mesure d’enrayer le déclin en cours et même de valoriser ce souci latin du lien direct entre l’évêque et son peuple. Ce ne sera plus par 1000 lettres d’ados, voire moins avec l’actuel recul de la confirmation, mais par 3000 ou 5000 lettres de jeunes adultes que ce contact sera enrichi.

… au service d’une plus grande cohérence.

Des signes encourageants semblent précéder cette prise de conscience.
Les grandes recherches et orientations de la Conférence Episcopale - allongement des préparations au mariage et pour le baptême des bébés, catéchèse de toute la vie, organicité de toute l’Eglise - s’inscrivent  comme acte de réception des trois nouveaux rituels du baptême des bébés, des jeunes et des adultes. Dans d’autres pays comme en Italie, des parcours de 7 à 21 ans fonctionnent. Il existe aussi en France et ailleurs, des rajeunissements de la confirmation avant l’âge de 7 ans.

Ainsi, il nous faut abandonner les reculs successifs de la confirmation des ados et dans un premier temps, la ramener avant, ou avec la première communion.
Quant aux adultes, nous avons à distinguer la confirmation des catéchumènes que l’Eglise situe naturellement au cœur de la nuit de Pâques, de celles des recommençants qui est proposée par certains diocèses au cours du Temps Pascal.
Notre Eglise a voulu redonner tout son sens théologique et réorienter l’intelligence de la réconciliation et du sacrement des malades en les renommant. De même, pour la confirmation, il serait bien plus explicite, en lien avec la messe « chrismale », de la renommer « chrismation ».

Depuis des siècles, la Tradition nous dit que Dieu se donne dans cette cohérence théologique originelle du BCE. Dans l’esprit du ‘commonitorium’ de Vincent de Lérins, tout un courant plus vivant qu’on ne le croit, cherche et espère un progrès théologico-pastoral respectueux de cette identité. Seule cette obéissance nous rendra une « convergence de vue » (Jean-Paul II, NMI, 45) et la communion œcuménique tant recherchée. Puisse le Seigneur nous rassembler tous dans l’unité de la foi, et que 100 % des chrétiens de toutes confessions puissent recevoir le don de Dieu, l’Esprit-Saint.

Abbé Bruno DANIEL, diocèse de Beauvais - juin 2006

Posté par bru_daniel à 23:41 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=347136&pid=6095754

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :