Bruno DANIEL : THÉOLOGIE PASTORALE

Redonner tout son sens à l'Initiation Chrétienne

02 sept. 07

Mars 2008 Oser des ruptures radicales en catéchèse

« Oser des ruptures radicales en catéchèse :

l’enjeu des représentations et des forces d’inertie

face aux discernements théologiques, pédagogiques et sociologiques ? »

Cet article est paru dans une version abbégée dans la revue Lumen Vitae de mars 2008

Une telle question témoigne des difficultés que connaît la Pastorale dans notre Église. Les fruits de nos réflexions théologiques et de nos efforts pastoraux tardent à venir et certaines questions demeurent taboues notamment autour du don plénier de l’Esprit Saint.

Le constat actuel révèle un profond désordre qui conduit de façon irrésistible à l’effondrement des sacrements. Face à celui-ci, notre réflexion propose de retrouver l’ordre du Ternaire Initiatique. Et pour qu’elle soit objective, elle devra s’inscrire tout à la fois dans l'esprit de Thomas d'Aquin et de Vincent de Lérins : du premier, garder que l’usage de l'Église au cours de siècles, consuetudo ecclesiae[1], est un lieu légitime d'adaptation et de développement ; du second, que toute proposition doit demeurer contenue dans le cadre de l’identité catholique portée par la Tradition, et ainsi, contourner l’écueil qui sclérose toute réflexion à propos de ce sujet : la tendance assez fréquente de privilégier exclusivement tantôt le Progrès, tantôt la Tradition.

De plus en examinant les causes de ce désordre il apparaît qu’elles ne sont pas seulement culturelle, théologique ou sociétale mais également mystique : notre « œuvre pour Dieu » a tout accaparé et a pris le pas, dans notre pastorale, sur « l’Œuvre de Dieu ». La question essentielle est donc celle de notre foi dans les sacrements et de la place que nous accordons au surnaturel au cœur de notre projet pastoral : comment pouvons-nous réinvestir la question du surnaturel dans nos efforts humains de catéchèse et dans notre pratique liturgique ?

A – Notre « œuvre pour Dieu » : oser un diagnostic en profondeur[2]

            1 – Oser des ruptures radicales en catéchèse ...

Le sujet proposé semble brûlant ... quand le ton actuel des échanges est plutôt au constat et à l'évolution. Pourtant de graves questions méritent d’être posées. Et le moment n’est-il pas venu d’aller plus loin, de proposer, d’oser des ruptures radicales dans notre Pastorale catéchétique.

Les évolutions dont je rêve en catéchèse ne relèvent pas du niveau paroissial. Les blocages se situent au niveau du Rite Latin et de la société occidentale. Je me permets donc à partir de mon diocèse, typique de l'ensemble de l'Église de France, de porter la question à ce niveau là.


2 – ... l'enjeu des représentations et forces d'inertie ...

a - Représentations

Notre Église, tout comme le monde, est un vrai champ de bataille idéologique et politique où les représentations s’affrontent. Déjà lors du Concile Vatican II, l’équilibre fut difficile à trouver et derrière l'unité des textes, les experts discernent encore les divers courants souterrains qui irriguaient alors les débats.

Ces « représentations », en tant que systèmes de pensée, sont d’abord l'objet d'analyse des sciences humaines, sociales et théologiques, donc d'un devoir de compréhension. Mais, je crois qu’elles sont aussi mystiques, de l'ordre de la grâce et du péché, et donc d'un devoir de conversion. Le discernement doit aussi être spirituel.

b - Forces d'inertie

Il est commun de décrire les deux courants, qui semblent incompatibles, dans l’Église de France.

Celui majoritaire, réformateur modéré, qui concourt à un renouveau progressif dont témoigne l’évolution de notre Église depuis la « Lettre des Évêques de France » en 1996. Il se limite au constat d’indices préoccupants [3] car toute critique trop brutale lui parait devoir entraver plutôt que favoriser la poursuite de l’adaptation en cours. Tout récemment, Ecclésia 2007 et l’Assemblée des Évêques à Lourdes étaient le point d’orgue de ce sentiment unitaire. Ainsi les propos du Cardinal Ricard au terme de son mandat de Président de la Conférence Épiscopale Française : l’Église de France ne va pas si mal que ça[4].

L’autre minoritaire, eut du mal à trouver sa place. Le Cardinal Lustiger[5] en fut une figure bousculante, soulignant aussi la part propre à la crise de l’institution ecclésiale. Le Cardinal Decourtray[6] témoignait après l’effondrement du mur de Berlin, qu’un renouveau allait surgir, difficilement recevable pour le courant aux commandes. Tout récemment, Mgr Gaidon vient d'essayer, sur un ton humble et juste, de relire cette douloureuse vérité[7]. L’interpellation des évêques de France en 2003[8], nous permet d’ouvrir la porte avec audace. Et l’élection du Cardinal Vingt-Trois est perçue par tous, avec bonheur ou inquiétude, comme le signe d’un retournement de tendance.

Les belles pousses de printemps ne sauraient nous dispenser de poser les questions difficiles et de faire l’impasse sur la chute des feuilles. L’automne de l’Église de France n’est pas fini !

3 - … face aux discernements théologiques, pédagogiques et sociologiques

a - Sociologique : - 20 et - 15%, - 1 et - 3%

Il nous faut situer notre analyse dans celle plus large, à la mesure des derniers siècles, qui voit notre Église chercher sa juste position dans la modernité nouvelle. D’abord dépassée par les mouvements protestants, puis révolutionnaires et sociaux, elle a eu le sentiment d’être disqualifiée et de devoir s’adapter à une vérité et à des autorités extérieures.

Pour répondre à ce défi, l’Église, alors qu’elle est elle-même source de modernité par la Révélation, a du accueillir bon gré mal gré, tous ces mouvements de l’évolution sociétale. Suivre et s’adapter, au risque de « perdre son âme ». Mais, ce travail difficile permet aujourd’hui à l’Église de retrouver peu à peu son équilibre. Elle commence à discerner dans cette modernité ce qui vient d’elle, ce qu’elle n’a pas vu venir, ce qu’elle doit en recevoir, ce qu’elle doit en refuser. Il est inévitable que dans une communauté aussi vaste, les positions de chacun concourent à la recherche de la juste voie mais aussi freinent l'émergence de questions gênantes.

Notamment, il est aujourd'hui ces chiffres à voir, -20 et -15%, -1 et -3%, qui sont souvent ignorés et sûrement toujours contournés. Chaque année, les tracts du Denier de l'Église de mon diocèse annoncent 5 000 baptêmes, 2 000 communions et 1 000 confirmations ! Seconde constatation, les statistiques publiées par la Conférence des Évêques de France[9], révèlent que les confirmations baissent plus vite encore que les baptêmes, au rythme de 3% par an contre 1%. A cette vitesse, en vingt ans de ministère, ce ne sont même plus 20%, mais seulement 15% des baptisés qui ont droit à une initiation complète. A quel pourcentage, 12%, 9%, 7% de confirmés, rejoindrons-nous l'asymptote horizontale ? Si les sacrements sont bien « Œuvre de Dieu », premiers et fondements de notre « œuvre pour Dieu », alors de tels chiffres doivent interroger notre théologie pastorale. Baptêmes multitudinistes, confirmations élitistes, le grand écart devient insupportable.

b - Pédagogique

Ces dernières décennies, le mouvement catéchétique a eu l'immense mérite d'accompagner la révolution pédagogique en évitant à l'Église de s'en exclure[10]. Mais, en privilégiant l’individu sur le groupe, l’autonomie sur l’autorité, la société s’épuise à perdre tout repère. L’Église, emportée dans ce mouvement, en subit l’onde de choc. Comment garder le meilleur des recherches pédagogiques sans sombrer dans le vide d'une société en panne de transmission ? C’est là, dans le cadre d’une pédagogie de l’initiation[11] qu’en cours de route, a été perdu la cohérence de ce rite du passage qu’était le ternaire initiatique, vrai « seuil » entre un avant et un après, frontière entre le dedans et le dehors. Il est urgent de le redécouvrir.

c - Théologique

Depuis Proposer la Foi et Aller au cœur de la Foi, l'Église de France en phase avec Rome, a réévalué positivement une série de fondamentaux passablement négligés depuis quelques décennies : le Jour du Seigneur, la Parole de Dieu, l’Eucharistie, la Paroisse …

Le problème de la sincérité, de la qualité et de la vérité de la profession de la foi des préadolescents et des parents croyants-non-pratiquants à l’occasion du baptême de leur bébé, est une vraie question pour tout pasteur de terrain. Ainsi, nous sommes acculés à devoir donner les sacrements non « à cause de la foi » mais « en vue de la foi » ! Alphonse Borras parle de « logique du guichet ».

Ces questions récurrentes ne débouchent sur rien de concret, car il nous faudrait toucher à certains désordres anciens véhiculés en notre Église d’Occident qui ont conduit, en un siècle, à l’effondrement de la confirmation. Or, il ne sera ni « Nouvelle Evangélisation » ni « Nouvelle Catéchèse » au sens catholique, sans que l’Église ne retrouve le moyen de tendre à ce que 100% des baptisés bénéficient de cette plénitude du don de l’Esprit-Saint, vital pour « la force et le témoignage ». L’Église catholique se doit de préférer « l’Œuvre de Dieu » à son « œuvre pour Dieu », et donc de croire que les sacrements doivent être servis dans leur vérité et non plus être manipulés, négligés, malmenés, instrumentalisés à l'infini, au risque de l'épuisement général.

Ainsi avec l'éclatement occidental du ternaire initiatique, les questions essentielles de la progressivité, de l'âge, de la maturité nécessaire pour recevoir tel ou tel sacrement reviennent dans toutes les études.

Au sujet de l’âge du baptême, conféré également aux adultes et aux bébés, la question de la maturité ne joue pas.

Concernant l’âge de la première communion, elle était donnée au plus tôt à 12 ans. Dans nombre de vie de saints, on entend la supplique des enfants repoussée par le rappel de cette échéance alors intouchable[12]. Le décret de Pie X de 1910[13] donne alors une réponse simple : dès l'âge de raison, l'enfant devient responsable de ses péchés. Il doit donc se confesser. Il a donc aussi besoin et droit, pour ce combat spirituel contre le péché et pour Dieu, à recevoir la force de l'eucharistie.

Quant à l'âge de la confirmation, les réponses sont plus complexes et plus désordonnées. Dès 1905[14], fait rarement souligné, Pie X demandait que celle-ci soit aussi donnée à 7 ans et toujours à sa place, en second dans le ternaire initiatique[15]. Encore plus étonnant, en 1932[16] la Sacrée Congrégation des sacrements rappelait la légitimité de la coutume hispanique et sud-américaine de confirmer avant même l’âge de raison. Enfin dans leur Directoire Pastoral de 1951, en faisant référence spécialement à la réalité du combat spirituel à mener très tôt dans la vie pour garder et défendre la foi, les évêques de France[17] réaffirmaient et l’ordre traditionnel du BCE[18] et l’âge normal de l’âge de raison.

Malheureusement, d’autres considérations sociologiques et pédagogiques l’emportèrent conduisant au désordre actuel. Alors qu’à l’époque du Concile, la confirmation était enfin donnée vers 7 ans, ce sacrement fut instrumentalisé par d’autres et reculé jusque 14, 17 ou 20 ans pour servir d’accroche dans la pastorale des jeunes. Le mieux étant parfois l’ennemi du bien, ce rite d’entrée pour tous est devenu en réalité un rite réservé à un quelques adolescents à la foi bien fragile. L’intelligence même du sacrement en est obscurcie quand, à l’expression « je reçois la confirmation », il est préféré les expressions « Dieu confirme ton baptême » et même pire, « je confirme mon baptême ». Dans une tonalité toute protestante, cette confirmation est devenue de fait, une seconde Profession de Foi.

Dernier dérapage, à mon sentiment dramatique : l’interdit imposé aux curés, en divers diocèses de France, de donner selon la Tradition et la Loi de l’Église[19] la confirmation aux catéchumènes qu’ils baptisent. Nos documents parlent encore officiellement du BCE, mais la pratique tend désormais pour tous, y compris les adultes, vers le BEC. Cette grave dérive ne pose pour beaucoup, aucun problème de conscience.


4 - Questionnement théologico-pastoral

Une fois abordées ces questions, il faut aller plus avant dans le questionnement théologico-pastoral mais aussi spirituel.

            a – Appauvrissement des Professions de Foi

Afin d'assurer une « persévérance » au delà de l'âge de la puberté pour les enfants de famille non pratiquante, la profession de foi s’est approprié l'espace rendu disponible par l'avancée de la 1ère communion à l’âge de raison. « Libérée » de sa seconde place dans le ternaire, la confirmation reportée toujours plus loin dans l’adolescence voulut servir à revaloriser ce sacrement méconnu, mais aussi, il faut le reconnaître, devint alors une vraie « carotte »[20] pastorale, pour maintenir en contact les ados avec leur Église paroissiale. Des « années de persévérances » inventées en 1930 jusqu’au recul de l’âge de la confirmation, tout a été tenté, mais en vain, pour que cette profession de foi ne rime pas avec sortie de l’Église.

Quant aux adultes, chacun vit la profession de foi à sa mesure : aux catholiques militants, celle de la Nuit de Pâques ; aux pratiquants ordinaires, celle du Jour du Seigneur ; aux croyants non pratiquants, celle de plus en plus rare et vraiment infiniment pauvre, à l’occasion du baptême de leur bébé. Et de nos quotidiens et hebdomadaires de révéler cette non-intelligence du Mystère chrétien pour la plupart de nos contemporains catholiques.

Une de nos difficultés vient de ce que l’Église, ne baptisant plus que les bébés, a perdu l’habitude de s’assurer de la qualité de la foi des adultes. Bien plus, le Droit Canon l’en empêche : un adulte, juste baptisé et absolument ignorant de tout, a « droit » à tout, mariage et baptême des bébés, sans autre chose qu'un engagement formel dont tout pasteur honnête reconnaît l'inanité. La « logique du guichet » marche à plein régime.

            b – Des causes plus idéologiques

A ces causes sociétales vinrent se greffer d'autres considérations plus idéologiques. Après la crise de 1905, l'Eglise ruinée dût chercher ses propres finances. Elle demanda aux plus favorisés des honoraires plus importants. Péché oblige, elle leur donna un peu plus d'apparat, jusqu'à l'institution d'un système scandaleux de différenciation sociale avec par exemple, les 3 ou même 7 « classes d'enterrement ». Avec les mouvements sociaux modernes, un nouveau clergé « conscientisé » voulut corriger ces contre-témoignages si peu évangéliques. Avantage certain, ils favorisèrent la catéchèse paroissiale, lieu neutre et égalitaire. Mais, comme toute décision ambivalente, celle-ci s'appuya sur une défiance idéologique envers les riches familles catholiques. Ainsi, elle supprima leur rôle de cellule de base de l'évangélisation et de discernement pastoral que Pie X, selon le principe de subsidiarité, leur avait reconnu. En effet, il est sain et légitime, indépendamment de toute considération économique, qu’aux familles confessantes, l’accès aux sacrements soit ouvert dès 7 ans et qu’aux familles non confessantes, on demande la transition d’une catéchèse paroissiale.

Ainsi, contre la doctrine de Pie X qui avait introduit une distinction prenant en compte la foi des parents, recherche de maturité et idéologie politique ont concouru à cette homogénéisation dans laquelle nous sommes enfermés aujourd’hui.

            c – Des attentes contradictoires et incompatibles

Sans aller dans le détail, il faut toutefois nommer un autre blocage : nous ne voulons ni de la tendance confessante protestante refusant le pédobaptisme, ni pas de la tradition orientale donnant toute l’initiation au bébé. Catholiques, nous voudrions la richesse de chacune des deux lignes, mais nous devons alors assumer les impasses de cette position.

Nous nous voulons « multitudinistes », généreusement ouvert à tous. Et nous refusons une Église d’élite pour quelques purs, de type protestant évangélique, ne baptisant que des adultes. Mais il nous faut alors assumer la fameuse « logique du guichet » avec 90 % des croyants non pratiquants et, à raison de moins 1% de baptêmes par an, un véritable effondrement du « sacrement pour tous ».

Simultanément, nous voulons aussi une sincérité des adhésions dans la ligne « confessante ». Nous refusons alors un achèvement de l‘initiation qui ne serait pas de qualité. La Tradition Orientale, orthodoxe mais aussi catholique, de l’initiation complète des bébés, nous parait impossible. Toute réflexion sur la confirmation qui proposerait un rajeunissement, et donc un déficit de formation préalable, ne nous semble pas recevable. Il nous faut alors assumer la « logique de l’élitisme » : les moins 3% de confirmations par an, et l’effondrement du « sacrement pour quelques uns »

            d – Premières conclusions partielles

Une première évidence s'impose. Il est urgent de réintroduire, indépendamment de toute considération économique, la légitime distinction d’accueil et de parcours selon que les familles sont pratiquantes ou non pratiquantes. Mais là aussi, toute décision est ambivalente.

Imaginons que nous décidions, pour éviter ces 20, 15 et peut-être un jour 5% de confirmés parmi les catholiques, de reprendre la tradition orientale en donnant aux bébés le BCE. C'est légitime, mais on objectera que nous allons relancer une Église formelle.

Imaginons donc que nous décidions de renoncer au pédobaptisme et de proposer le baptême à partir de 15 ou 18 ans comme dans certaines Communautés ecclésiales évangéliques. C’est pensable, mais on objectera de la légitime tradition catholique des familles confessantes à demander la grâce du baptême pour leur bébé. Et de plus, on pourra objecter de l’exclusion brutale prévisible de tous les chrétiens du seuil, réelle composante de l’Église et un de nos principaux lieux de mission notamment par la préparation au baptême.

Ainsi pour aider à sortir d’une telle impasse, il nous faut aborder deux points nouveaux.

            e - Des âges, psychologique et spirituel

De nos jours, âges psychologique et spirituel vont de paire. Leur convergence nous est évidente : au bébé, par le baptême, la naissance spirituelle, au jeune adulte, par la confirmation, la maturité et l'engagement. En fait, seule une finalité ecclésiologique, visant en Occident à privilégier le rôle de l’évêque, explique l'éclatement du Ternaire et, à posteriori, la justification de l’adéquation nécessaire entre âge spirituel et âge psychologique.

Pourtant, ce lien n’est pas obligatoire. En effet, la Tradition veut que le catéchumène adulte reçoive en une seule nuit, les deux dons de la nouvelle naissance et de la maturité spirituelle. Quant aux bébés, non seulement chez les Orthodoxes mais aussi chez nous Catholiques de rites orientaux, le simple curé leur donne « ordinairement »[21], et en une seule liturgie, les trois sacrements.

De manière très suggestive, le Père Camelot[22] évoque Thomas d'Aquin plutôt appelé d’ordinaire pour justifier cette lecture psychologisante. Or, c’est le même Saint Thomas[23] qui souligne que la vie spirituelle et surnaturelle est indépendante des vicissitudes de l'âge corporel. Confirmant la justesse de la pratique orientale, la perfection de l'âge spirituel peut être reçue au temps de la petite enfance ou bien de la jeunesse, et la grâce de la naissance spirituelle peut-être reçue en l'âge adulte.

Le second sacrement confère au bébé une grâce de virilité surnaturelle, dont le germe, déposé en son âme, grandira, s'épanouira et mûrira avec la croissance et la maturité physique et psychologique. En même temps que le petit enfant grandira jusqu'à l'adolescence puis à l'âge adulte, se développeront en lui les virtualités spirituelles qui en feront progressivement un adulte dans le Christ. On ne peut qu'admirer ici la divine pédagogie du Christ et de son Église !


            f – Les avis du Magistère Romain

Jusqu'à Pie X, les fondamentaux latins sont globalement homogènes. La confirmation est le second sacrement que l’Église autorise à partir de 12 ans, privilégiant le rôle de ministre « ordinaire » de l'évêque et exigeant une formation paroissiale des enfants.

Pie X, contrairement à l’apparence, maintient cet ordre des sacrements. Mais il introduit une distinction majeure : désormais, les familles « confessantes » peuvent légitimement obtenir dès 7 ans, la confirmation[24] et la « 1ère communion privée »[25]. Les autres doivent toujours attendre la formation paroissiale suppléant à la catéchèse familiale déficiente.

Paul VI veut chercher une voie médiane. La « 1ère communion privée » reste offerte théoriquement à 7 ans, seule la confirmation est repoussée à nouveau vers 12 ans.

En fait, par ce choix étonnant, Paul VI privilégie à nouveau la catéchèse paroissiale contre le rôle des familles confessantes. La décision de la confirmation leur est retirée. Mais, simultanément, dans les paroisses, la décision de la « 1ère communion privée » vers 7 ans a déjà été de fait, retirée aux parents de familles confessantes. Toute 1ère communion est désormais « publique », alignée pour tous, dans le cadre de la catéchèse paroissiale, vers 9 ans. C'est donc toute la réforme de Pie X qui se trouve alors disqualifiée ! Sous les apparences du maintien de la 1ère communion précoce, ce sont bien les deux sacrements qui sont progressivement retirés aux familles et confiés aux paroisses et à ses services militants, les patronages et les mouvements de jeunesse.

Mais, il est évident que Paul VI n’imaginait pas que 50 ans plus tard, ce souci de la formation des enfants chrétiens servirait de prétexte au sursaut de la ligne pédagogique, cherchant des âges toujours plus élevés, 14, 17 ou 20 ans, et que, dans cette dynamique, le dérapage s’introduirait jusque dans l'initiation des adultes avec ces diocèses où les curés se sont vu interdire ces dernières années, contre toute tradition même latine, de confirmer les catéchumènes dans la nuit de Pâques !

La position de Paul VI ainsi analysée, il est évident que l'enseignement constant du Magistère exige de revenir à l'ordre traditionnel des trois sacrements et à leur don dès que légitime. Voici un siècle, Léon XIII[26] confirmait à l'évêque de Marseille que l'usage français ne s'accordait pas avec l'ancienne et constante discipline de l'Église. En 1983, le « Code de Droit Canonique »[27] réaffirme cet ordre et cette précocité. Et tout récemment, les trois documents du Synode sur l'Eucharistie[28] de 2005, L'Instrumentum laboris, Les 50 propositions des pères synodaux et L'exhortation apostolique post-synodale de Jean-Paul II, convergent tous dans un même appel à une remise en ordre[29].

5 – Pour ouvrir le chemin

            a - La responsabilité de l'Église de France

Une telle perspective pourrait faire craindre à certains de devoir en conséquence, perdre tout l’acquis pédagogique tant travaillé dans notre Église de France. En fait, il n’en est rien. Bien plus, il convient d’œuvrer ensemble à l’union de ces deux essentiels, l’ordre et la précocité traditionnelle et le développement de trajectoires adaptées aux divers âges et types d’adhésion. Ce travail ne pourra progresser que si nous acceptons de clarifier le fait que les sacrements de l'initiation ne peuvent plus être infiniment manipulés et réduits à de simples « outils » permettant d’étaler tout au long d’une vie, ce nécessaire parcours d'initiation à la Vie du Ciel.

La clef de cette synthèse se trouvera peut-être dans une clarification non encore opérée entre « Vie chrétienne » comme parcours d'initiation jusqu'à l'heure de la mort, et « Sacrements de l'initiation » comme vrai « seuil » entre un avant et un après, entre un dehors et un dedans.

Pour cela, notre souci légitime de la pédagogie contemporaine peut retrouver dans l'époque patristique la même conviction et des procédures nullement dépassées. Cela est souhaitable, possible, nécessaire. Et c’est l'unique chemin de développement catholique.

Les trois sacrements de l'initiation, dans leur unité de temps et leur ordre traditionnel n'ont pas besoin d'être « désintégrés »[30] pour servir ce nécessaire dynamisme de la vie chrétienne. Bien d'autres étapes restent à inventer. Et surtout, il ne faudrait pas négliger tout ce que la Tradition de la liturgie nous donne :

- Avant « l'Entrée en Église », il y a d'abord cette approche mystérieuse d'une personne qui découvre la lumière de la Bible ou de l’Église, et qui va un jour oser frapper à la porte.

- Dans le temps du catéchuménat et particulièrement lors du « Grand Carême », juste avant les sacrements de l'initiation, l'Église lui propose un chemin défini dans « Rituel de l'Initiation » restitué, qui nous donne le cadre d’un magnifique parcours. Peu de confères en déclinent toute sa richesse. Il n'y a que 4 ans que j'ai osé demander à deux jeunes catéchumènes de préparer et de faire leur reditio du Grand Credo de Nicée-Constantinople, devant l'Église réunie. Combien voulaient m'en dissuader. Trop dur le « par cœur » pour ces deux femmes de 23 et 27 ans, humiliation assurée. Et pourtant, le jour prévu, tous missels fermés, du par cœur, du fond du cœur ... quel moment pour elles et pour l'Église accueillant dans un silence fort, cette proclamation hésitante ! Quelle merveille ! Croire au caractère initiatique de la liturgie. Ce fut évident pour tous. Point de créativité catéchétique originale. Juste une entrée paisible dans un patrimoine, dans une belle et riche tradition redécouverte.

- Puis, il y a l’essentiel, « Le Seuil » vécu dans la Profession de Foi et le Ternaire initiatique donnés lors de la Vigile Pascale, « Le Passage » si bien revisitée en 2003[31].

- Viennent les 50 jours, le temps pour les néophytes, de la mystagogie. A ce jour, je n'ai rien réussi de concret.

- Enfin, tant pour les baptisés bébés ou pour baptisés adultes, il y a tout au long de la vie jusqu'à l'heure de la mort ce même défi de ne pas dormir sur nos lauriers, mais de progresser en sainteté. Depuis les origines de l'Église, avec la plainte de Paul en Hébreux 10, 25, l'effort pour réduire la distance pratique entre appel et réponse demeurera incontournable. Il faut que la Grâce informe la vie. Il est ces néophytes, nombreux, qui deviennent croyant-non-pratiquants. Il y a des chrétiens un peu dans le coma. Mais il y a aussi chez nous cette vietnamienne, une parmi beaucoup, qui est devenue chrétienne et qui, désormais bien formée, propose tous les 15 jours aux paroissiens un « chemin biblique » et qui est devenue responsable du catéchuménat.

« Des itinéraires de type catéchuménal vers les sacrements » et le « Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France » [32] de 2006 disent bien ce nécessaire chemin et les beaux fruits qu'on peut en recevoir. Mais, incontournable, il nous faudra bien trouver comment rendre au Ternaire initiatique ce rôle clair et net du « seuil ».

            b – Une nouvelle disposition pour la Profession de Foi et pour le BCE

Pour le BCE, comme le vivent nos frères catholiques orientaux, nous pourrions revenir à le donner aux bébés. Mais qu'en serait-il du rôle de l'évêque et de nos fameux parcours ?

Ce serait tout l'intérêt de l'invention de la « profession de foi adulte » devant l'évêque, qui nous permettrait de sortir du mythe que nous honorons si mal par l'actuelle profession de foi de quelques pré-ados en plein effondrement, et de ces quelques confirmations d'adolescents, émouvantes pour les pasteurs, mais toutes aussi pauvres que le reste. En poursuivant notre ouvrage pastoral qui allonge les préparations au mariage et au baptême des bébés, nous pouvons proposer, puis un jour demander aux jeunes adultes, une profession de foi devant l'évêque.

Selon le mot du Père Hervé Legrand, OP, il faut avancer progressivement, par des « apprentissages » :

- D'abord, pour sortir des « je confirme mon baptême », il faudrait remplacer le mot de « confirmation » par celui de « chrismation ». Avec la confession en passe de devenir réconciliation et avec l'extrême-onction en passe de devenir sacrement des malades, nous savons l'utilité de changer un concept. De plus, comme cela existe ailleurs notamment avec la cresima en Italie, la chrismation ferait avantageusement système avec et par sa proximité avec notre « messe chrismale »,

- Est aussi souhaitable l'invention, dans la ligne et les formes des « confirmations diocésaines d'adultes », de mettre en oeuvre ces « professions de foi diocésaines d'adultes devant l'évêque ».

- Incontournable enfin, si l'horizon du BCE aux bébés nous effraye trop, de commencer par rajeunir progressivement l'âge de la confirmation pour la donner avant la première communion, soit dans le cadre de la catéchèse familiale des familles pratiquantes vers 7 ans, soit dans le cadre de la catéchèse paroissiale vers 12 ans pour les enfants des familles non pratiquantes.

- Restera à poursuivre la proposition faite aux enfants et adolescents par les paroisses et mouvements de jeunesse, avec leurs pédagogies et étapes ritualisées à réinventer

Au terme, en abandonnant l'utilisation du Ternaire initiatique comme outil d'étapes liturgiques sur le chemin d'initiation à la foi, nous devons tendre à redonner à ces sacrements, leur rôle de « geste-seuil ». Pour rythmer liturgiquement ces chemins d'initiation de nos jeunes, d'autres outils sont possibles. J'ai proposé moi-même des étapes[33]. Mais le champ reste vaste. Il y a ceux qui existent déjà, comme la réconciliation et la profession de foi. D'autres qui sont remis à l'honneur, comme la traditio et la reddito par le Cardinal Martini à Milan. D'autres enfin sont en cours d'invention comme en témoigne la belle créativité manifestée sur les 150 lieux de proposition d'Ecclésia 2007 à Lourdes.

B : L’ « Œuvre de Dieu » : oser une question de Foi à propos des deux Esprits inversés

Tout ce qui vient de précéder dans cet article n’est pour moi, que remise en ordre plus mûre d’un thème qui me travaille et que je travaille depuis quinze ou vingt ans. Mais il s’agit aussi pour moi aller « plus au large, en eaux plus profondes » dans une intelligence nouvelle des raisons de l’inertie de l’Église, identifiées par certains comme  des mutations complexes de notre Église en Occident, mais que Jean-Paul II[34] désigne comme « l'apostasie silencieuse » de l'Europe ! La mise de côté des questions précédemment évoquées, bien au-delà d’un simple débat d’opinions, m’apparaît comme un empêchement, un « aveuglement » au sens biblique du terme : il y a un « ne pas pourvoir voir », un « ne pas vouloir voir » qui relève du Mystère du péché.

Or cette question d’aveuglement rejoint un autre domaine d’observation de la vie de notre Église, et fait système avec celui de l’initiation chrétienne. Depuis une dizaine d'années, comme tous les observateurs, je suis interrogé par les nouvelles formes de l'intrusion du surnaturel dans notre vie ordinaire, dans cette société athée, matérialiste, positiviste. Il y a tous ces discours raisonnables, rationnels, culturellement corrects. Il y a simultanément ces foules qui se précipitent dans les mille apparitions mariales, et d'autres chez tous les guérisseurs et les devins ! Il est aussi un autre lieu du ministère de l’Église qui provoque beaucoup de gène parmi les pasteurs, ou qui plutôt, hormis quelques revues et communautés à priori marginales et suspectes, fait l’objet d’un véritable ostracisme. Je parle de l’exorcisme. Le prêtre-exorciste avait quasiment disparu des annuaires diocésains dans l’après-Concile. Depuis une vingtaine d’année et sous la pression de la demande, les évêques en ont un renommé un. Pourtant, derrière ce fait, il est de notoriété publique que ces prêtres, dans leur grande majorité, n’exorcisent pas ou fort peu.

Face à ce nouveau constat, on est en droit de s’interroger : pourquoi le Saint Esprit en la confirmation est-il donné avec autant de parcimonie quand le combat contre le Mauvais Esprit est lui-même mené avec autant des réserves ? En régime catholique, nous sommes bien obligés de constater, si nous croyons vraiment à l’action de Dieu dans nos liturgies, que cette parcimonie entrave l’action du Saint Esprit et favorise l’action du Mauvais Esprit ! Comment pouvons-nous prétendre renouveler notre « œuvre pour Dieu » par la catéchèse et l’évangélisation, si l' « Œuvre de Dieu » est ainsi fondamentalement négligée.

Pour certains, mon approche d’un tel sujet ne sera pas reçue. Mais le sujet ne me semble pas impertinent : avec une telle question, suis-je encore dans le sujet qui m’est imparti ? Je le crois. En effet, la question de la catéchèse est en complet renouvellement, pour toucher tous les espaces de la vie de l’homme contemporain. Ainsi, cet ami, avocat ecclésiastique, m’a fait comprendre combien, souvent aux seuils de l’Église, les causes juridiques de nullité de mariage sont un vrai lieu pastoral et un vrai lieu de catéchèse. Il en va évidement de même, quant à cet autre ministère discret qu’est celui de l’exorcisme. Il est en ce temps, un lieu pastoral et de catéchèse privilégié.

Ainsi, avec Saint Augustin parlant des « Deux Cités », analogiquement, il nous faut parler des « Deux Esprits ».

1 - Le Saint Esprit

Je viens d'évoquer la crise du sacrement de la confirmation. A ce jour, même si nous l'invoquons plus, et tant mieux, cela se fait de façon limitée et dans un parfait désordre.

Ainsi lors d’une célébration, après l’épiclèse du clergé adressée au Père, les laïcs ont été invités à entonner un chant adressé à l’Esprit Saint ! Beaucoup m'invitent à ne pas pinailler, mais lex orandi lex credendi, la plus grande justesse et l’estime de nos liturgies ne saurait être réservée à quelques esprits un peu « tradis » !

Quant à donner généreusement la confirmation, à chaque fois que l'on évoque les difficultés et les fragilités de nos jeunes face à la sécularisation, à leurs amis musulmans, à l'attrait des médias, j'entends évoquer diverses causes : leur formation, le ton de nos liturgies paroissiales, le développement des mouvements de jeunesse, leur accueil dans nos conseils... Bien que j'évoque le fait que la confirmation est aussi et d'abord, l’Saint-Esprit donné pleinement « pour la force et le témoignage », afin que  « l'Œuvre de Dieu » fonde et féconde nos « œuvres pour lui », mille bonnes raisons sont évoquées pour reporter toujours plus loin ce sacrement. Pourtant, avec Saint Paul, je voudrais que 100% des catholiques puissent dire : « ce n'est pas moi qui agit, c'est l'Esprit qui agit en moi ». Mais rien de semble pourvoir ébranler la détermination actuelle. A partir de quel chiffre, 12, 9 ou 5% de confirmés allons-nous nous réveiller ? Á ce jour, rien ne saurait faire plier le postulat, le dogme ou l'idéologie établie alors que le psaume avertit que « Si le Seigneur ne bâtit la maison ... »[35] et que Mattieu rappelle le « Roc » sur lequel il faut bâtir, sans quoi …

En tant que catholiques, notre théologie des sacrements nous oblige à ne pas sans cesse contourner ce « Signe des temps ». Vu la conscience acquise de tels enjeux, ne pas réagir serait désormais pour moi cause de péché.

2 - Le Mauvais Esprit

Tout le monde parle du Diable sauf les curés. Entre le trop qui perturbe, et le pas assez qui nie, nous avons choisi le silence. De mémoire de séminariste, je n'ai pas souvenir d'avoir reçu grand chose qui m'arme face à la déferlante actuelle du satanisme sous tous ses modes. « Mme Irma » est plus fréquentée que l'abbé du coin ! Hors de nos cercles religieux, il nous faudrait tous lire les 93 pages du rapport de la Commission Interministérielle à ce sujet[36].

Il y eut de bonnes raisons à ce silence. L’émergence de la modernité a critiqué bien des aspects archaïques de notre pensée et de notre vie religieuse. Devant la sévérité de la mise en cause de la position traditionnelle préscientifique de l’Église, notre repli a du être radical, au risque de l’excès. La « démythologisation » a tout balayé, le positivisme a tout happé, et nos mentalités ne s’en sont pas encore remises. L’exégèse, la théologie en ont été profondément marquées. Les nouveaux exorcistes eux-mêmes, bien souvent, ne reconnaissent pas l’enjeu fondamental de leur ministère et limitent leur rôle à servir d'aumônier délocalisé de la psychiatrie. Un exorciste même m’a confié ne pas « croire au Diable » mais à Dieu ! Pourtant, il me semble qu'avec les distinctions entre credere Deum, credere in Deum et credere Deo, on devrait arriver à dire sans blasphème : « je crois que le Diable existe », qu'il n'est pas que l'expression mythologique du mal qui habite en moi et entre nous. Jésus aux tentations[37], dans l’institution des douze[38], lors de ses prédications[39] et lors de ses nombreux exorcismes[40] n'a pas plané dans la mythologie. C'est d'un Sauveur que nous avons besoin, et non pas d'une grande thérapie cosmique. Coincés entre « Monsieur Freud » et « Madame Irma », l'Église et ses ministres ordonnés sont-ils réduits au rôle de spectateurs. Mon ministère, c'est l'Église et non pas l'hôpital psychiatrique. C’est pourquoi, il nous est urgent de réinvestir cette question difficile du surnaturel, dans les récits évangéliques, dans la foi des sacrements de l’Église mais aussi dans l’inattendu de ses diverses « manifestions », mystiques ou diaboliques, au cœur de notre monde contemporain. Ou bien, à visage découvert, il faudrait achever la démythologisation et nous décider honnêtement à rayer 80% de la Bible et de nos Rituels ! N’aurions-nous rien de nouveau et d’équilibré à trouver en ces domaines ? En attendant, je préfère qu'on se moque de moi pour ces lignes, mais qu'au dernier jour, Saint Pierre n'ait pas à me reprocher d'avoir abandonné mon troupeau au Loup. Vue la conscience acquise de tels enjeux, ne pas réagir serait désormais pour moi cause de péché.

Conclusion.

Malgré le mot étonnant de Mgr Dubost à Lourdes dans le contexte dynamique d'Écclésia 2007[41] :

Il est vrai que toute organisation à tendance à s'auto-reproduire mais une des causes qui fait que ça va mieux, c'est que ça va moins bien et il faut éviter de critiquer au moment où il faut se resserrer,

il est évident qu’en plus de l’actuel ouvrage infiniment généreux de tous, il est urgent d'oser nommer ces deux chantiers qui détermineront l’avenir de notre « catéchèse » au sens large.

L’un pour travailler de façon nouvelle au « Seuil » de notre Église : servir une Profession de Foi de qualité adaptée différemment aux confessants et aux croyants-non-pratiquants, et rendre aux trois sacrements de l’Initiation leur vraie identité de « seuil ».

L’autre pour oser un examen de conscience au sujet des deux Esprits, de notre foi dans la vie sacramentelle et au sujet des manifestations extraordinaires du surnaturel et de nos discernements et pratiques vis-à-vis de ce surnaturel. L’indifférence pratique à l’égard de la confirmation et de l’exorcisme est un « signe des temps » que l'on ne peut plus négliger, sans quoi un autre Mgr Gaidon, en 2028, écrira un nouveau livre stigmatisant, sous les loyales générosités de 2007, certaines inerties peu évangéliques.

Ainsi, la réussite de notre « œuvre pour Dieu » ne pourra se faire qu’en révélant la profondeur de ce qui ressemble à un « aveuglement » et en opérant un travail de discernement et de conversion pour remettre en premier « l’Œuvre de Dieu » par le don en plénitude du Saint Esprit et par la reprise d’un combat délaissé contre le Mauvais Esprit. « N'ayons pas peur », il nous faut « Aller au large ».

Abbé Bruno DANIEL - mars 2008



[1] P-T. CAMELOT, Spiritualité du Baptême, Coll Lex orandi n° 30, Éd du Cerf 1960, p.243.

[2] Cardinal M. OUELLET, Archevêque de Québec et Primat du Canada, Accommodements raisonnables et liberté religieuse au Québec, Rapport du 30 octobre 2007

[3] Lettre des Évêques de France, Proposer la foi dans la société actuelle, Éd du Cerf 1996, p20

[4] J-P RICARD, « La Croix » du 30 octobre 2007

[5] J-M. LUSTIGER, Le choix de Dieu, Entretiens avec J.L.Missika et D.Walton, Éd de Falloïs, Paris 1987.

[6] Analyse disponible sur mon blog : http://theologipastoral.canalblog.com

[7] M. GAIDON, Un évêque français entre crise et renouveau de l’Eglise, Éd de l’Emmanuel, 2007.

[8] Commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat,  Aller au cœur de la foi, questions d’avenir pour la catéchèse ? Éd. Bayard 2003, p14 : « Bien sûr, il nous faudra proposer de nouvelles idées, trouver de nouveaux rythmes pour la catéchèse, organiser de nouvelle manière notre pratique catéchétique ».

[9] Conférence des Evêques de France, "Guide 2004 de l'Eglise catholique en France" : 1992 : 89 528 confirmations pour 449 571 baptêmes, soit 20%. 2001 : 55 916 confirmations pour 391 665 baptêmes, soit 15%.

[10] Mgr DUBOST, in France Catholique n° 3093 du 16 novembre 2007, p10.

[11] « Les itinéraires de type catéchuménal vers les sacrements », Service National de la Catéchèse et du catéchuménat, sous la direction de Jean-Claude REICHERT, Éd Bayard, Paris 2007, 94p

[12] Ce n'est pas sans faire penser aux mêmes réponses données aujourd'hui aux parents ou même aux enfants qui demandent plus jeunes à recevoir la confirmation. Sur mon blog le 25 novembre dernier : Bonjour Père Bruno, j'ai 12 ans je suis en 5éme à Guynemer et je prépare ma profession de foi pour juin 2008. J'ai très envie de faire aussi ma confirmation. Je ne sais pas si c'est possible et si on peut se préparer en dehors de la catéchèse, qu'en pensez-vous ? Louise. Malheureusement, je sais qu’en sa ville, il lui sera imposé d’attendre encore quatre ans, qu’elle arrive au lycée !

[13] Décret de la Sacré Congrégation des Sacrements, Quam singulari, 8 août 1910

[14] Pie X, Petit catéchisme, Ch.3 : « A quel âge est-il bon de recevoir la confirmation ? Il est bon de recevoir la confirmation vers l’âge de 7 ans, parce qu’à cet âge commencent habituellement les tentations … ».

[15] Il est étonnant de constater comment, durant 19 siècles, la 1ère communion fut en théorie et dans les faits, « l’achèvement » de l’initiation chrétienne. Ce n’est que ces dernières décennies, sans même nous en rendre compte, que l’on a attribué ce titre à la confirmation.

[16] REVEL, op.cit. p.17

[17] Directoire pour la pastorale des Sacrements, 1951, n°33 dans REVEL, op.cit p. 20,

[18] « Baptême - Confirmation - Eucharistie »

[19] Description détaillée des divers rituels, rubriques et article du Droit Canon dans de paragraphe « C / Des consignes très embrouillées" de mon document de 2004 op.cit

[20] Soeur O. SARDAT, OP, SNPLS, Conférence à Beauvais, le 23 novembre 2007

[21] A noter que pour Vatican II, « Lumen Gentium » n° 26, unité catholique de tous les rites oblige, l'évêque n'est pas le ministre « Ordinaire » mais « Originaire » de la confirmation.

[22] P.T CAMELOT, op.cit. pp. 253-254

[23] Thomas d'AQUIN, « Somme Théologique », IIIa, 72, 8 et 2m.

[24] Pie X, « Petit catéchisme », 1905, Chap III : « Il est bon de recevoir la Confirmation vers l’âge de sept ans, parce que à cet âge, commence habituellement les tentations et qu’on a assez de connaissance pour apprécier ce sacrement et se rappeler ensuite qu’on l’a reçu ».

[25] Pie X, Quam singulari, 1910

[26] J.P REVEL, Traité des sacrements, II. La confirmation, Éd Cerf, Paris, 2006, p15.

[27] Jean-Paul II, 1983, Can. 891 : « Le sacrement de confirmation sera conféré aux fidèles aux alentours de l'âge de raison, à moins que la conférence des Évêques n'ait fixé un autre âge, ou qu'il n'y ait danger de mort ou bien que, au jugement du ministre, une cause grave ne conseille autre chose ».

[28] Trois petits textes disponibles sur mon blog : http://theologipastoral.canalblog.com

[29] Texte disponible sur mon blog, op.cit.

[30] Op.cit, CAMELOT p 242

[31] Commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat, Aller au cœur de la foi, questions d’avenir pour la catéchèse ?, op.cit.

[32] Op.cit et TNOCF, Éd Cerf, Paris, 2006.

[33] http://theologipastoral.canalblog.com . En 2004, L’initiation chrétienne, une urgente remise à plat s’impose ! fut ma réponse à la question des évêques qui, dans Aller au cœur de la foi, demandaient « du neuf », et en juin 2006, un article dans la revue dominicaine de Lyon, « Lumière et Vie » 207 : Redonner tout son sens à l’initiation chrétienne : un défi à relever.

[34] Jean-Paul II, Ecclesia in Europa, 25 octobre 2004.n°9.

[35] Ps 126-127,1 et Mt 7, 24-29

[36] « Rapport de la Commission d’enquête sur les sectes », Parlement Français, 22 décembre 1995. Á noter l’introduction de J-M ROULET, préfet, président de La Mission interministérielle, Miviludes : « Pourquoi la République se préoccuperait-elle du Diable ? »

[37] Mt 4, 1

[38] Lc 3, 15

[39] Mt 13, 39

[40] Mc 5, 1-13

[41] Mgr M. DUBOST, dans « France Catholique », 16 novembre 2007, n°3093, p10.

 

 

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