02 sept. 07
Mars 2008 Oser des ruptures radicales en catéchèse
« Oser des ruptures
radicales en catéchèse :
l’enjeu des représentations et des forces
d’inertie
face aux discernements théologiques, pédagogiques et sociologiques ? »
Cet article est paru dans une version abbégée dans la revue Lumen Vitae de mars 2008
Une telle question témoigne des
difficultés que connaît la Pastorale dans notre Église. Les fruits de nos
réflexions théologiques et de nos efforts pastoraux tardent à venir et
certaines questions demeurent taboues notamment autour du don plénier de
l’Esprit Saint.
Le constat actuel révèle un profond
désordre qui conduit de façon irrésistible à l’effondrement des sacrements.
Face à celui-ci, notre réflexion propose de retrouver l’ordre du Ternaire
Initiatique. Et pour qu’elle soit objective, elle devra s’inscrire tout à la
fois dans l'esprit de Thomas d'Aquin et de Vincent de Lérins : du premier,
garder que l’usage de l'Église au cours de siècles, consuetudo ecclesiae[1],
est un lieu légitime d'adaptation et de développement ; du second, que
toute proposition doit demeurer contenue dans le cadre de l’identité catholique
portée par la Tradition, et ainsi, contourner l’écueil qui sclérose toute
réflexion à propos de ce sujet : la tendance assez fréquente de privilégier
exclusivement tantôt le Progrès, tantôt la Tradition.
De plus en examinant les causes de
ce désordre il apparaît qu’elles ne sont pas seulement culturelle, théologique
ou sociétale mais également mystique : notre « œuvre pour Dieu »
a tout accaparé et a pris le pas, dans notre pastorale, sur « l’Œuvre de Dieu ». La question essentielle est donc celle de notre foi
dans les sacrements et de la place que nous accordons au surnaturel au cœur de
notre projet pastoral : comment pouvons-nous réinvestir la question du surnaturel
dans nos efforts humains de catéchèse et dans notre pratique liturgique ?
A – Notre « œuvre pour
Dieu » : oser un diagnostic en profondeur[2]
1 – Oser
des ruptures radicales en catéchèse ...
Le sujet
proposé semble brûlant ... quand le ton actuel des échanges est plutôt au
constat et à l'évolution. Pourtant
de graves questions méritent d’être posées. Et le moment n’est-il pas venu
d’aller plus loin, de proposer, d’oser des ruptures radicales dans notre
Pastorale catéchétique.
Les évolutions dont je rêve en catéchèse ne relèvent pas du niveau paroissial. Les blocages se situent au niveau du Rite Latin et de la société occidentale. Je me permets donc à partir de mon diocèse, typique de l'ensemble de l'Église de France, de porter la question à ce niveau là.
2 – ... l'enjeu des représentations et forces
d'inertie ...
a - Représentations
Notre
Église, tout comme le monde, est un vrai champ de bataille idéologique et
politique où les représentations s’affrontent. Déjà lors du Concile Vatican II,
l’équilibre fut difficile à trouver et derrière l'unité des textes, les experts
discernent encore les divers courants souterrains qui irriguaient alors les
débats.
Ces
« représentations », en tant que systèmes de pensée, sont d’abord
l'objet d'analyse des sciences humaines, sociales et théologiques, donc d'un
devoir de compréhension. Mais, je crois qu’elles sont aussi mystiques, de
l'ordre de la grâce et du péché, et donc d'un devoir de conversion. Le
discernement doit aussi être spirituel.
b -
Forces d'inertie
Il est
commun de décrire les deux courants, qui semblent incompatibles, dans l’Église
de France.
Celui
majoritaire, réformateur modéré, qui concourt à un renouveau progressif dont
témoigne l’évolution de notre Église depuis la « Lettre des Évêques de
France » en 1996. Il se limite au constat d’indices préoccupants [3]
car toute critique trop brutale lui parait devoir entraver plutôt que favoriser
la poursuite de l’adaptation en cours. Tout récemment, Ecclésia 2007 et
l’Assemblée des Évêques à Lourdes étaient le point d’orgue de ce sentiment
unitaire. Ainsi les propos du Cardinal Ricard au terme de son mandat de
Président de la Conférence Épiscopale Française : l’Église de France ne
va pas si mal que ça[4].
L’autre
minoritaire, eut du mal à trouver sa place. Le Cardinal Lustiger[5]
en fut une figure bousculante, soulignant aussi la part propre à la crise de
l’institution ecclésiale. Le Cardinal Decourtray[6]
témoignait après l’effondrement du mur de Berlin, qu’un renouveau allait
surgir, difficilement recevable pour le courant aux commandes. Tout récemment,
Mgr Gaidon vient d'essayer, sur un ton humble et juste, de relire cette
douloureuse vérité[7].
L’interpellation des évêques de France en 2003[8],
nous permet d’ouvrir la porte avec audace. Et l’élection du Cardinal
Vingt-Trois est perçue par tous, avec bonheur ou inquiétude, comme le signe
d’un retournement de tendance.
Les belles
pousses de printemps ne sauraient nous dispenser de poser les questions
difficiles et de faire l’impasse sur la chute des feuilles. L’automne de
l’Église de France n’est pas fini !
3 - …
face aux discernements théologiques, pédagogiques et sociologiques
a -
Sociologique : - 20 et - 15%, - 1 et - 3%
Il nous
faut situer notre analyse dans celle plus large, à la mesure des derniers siècles,
qui voit notre Église chercher sa juste position dans la modernité nouvelle.
D’abord dépassée par les mouvements protestants, puis révolutionnaires et
sociaux, elle a eu le sentiment d’être disqualifiée et de devoir s’adapter à
une vérité et à des autorités extérieures.
Pour
répondre à ce défi, l’Église, alors qu’elle est elle-même source de modernité
par la Révélation, a du accueillir bon gré mal gré, tous ces mouvements de
l’évolution sociétale. Suivre et s’adapter, au risque de « perdre son
âme ». Mais, ce travail difficile permet aujourd’hui à l’Église de
retrouver peu à peu son équilibre. Elle commence à discerner dans cette
modernité ce qui vient d’elle, ce qu’elle n’a pas vu venir, ce qu’elle doit en
recevoir, ce qu’elle doit en refuser. Il est inévitable que dans une communauté
aussi vaste, les positions de chacun concourent à la recherche de la juste voie
mais aussi freinent l'émergence de questions gênantes.
Notamment,
il est aujourd'hui ces chiffres à voir, -20 et -15%, -1 et -3%, qui sont
souvent ignorés et sûrement toujours contournés. Chaque année, les tracts du Denier
de l'Église de mon diocèse annoncent 5 000 baptêmes, 2 000
communions et 1 000 confirmations ! Seconde constatation, les statistiques
publiées par la Conférence des Évêques de France[9],
révèlent que les confirmations baissent plus vite encore que les baptêmes, au
rythme de 3% par an contre 1%. A cette vitesse, en vingt ans de ministère, ce
ne sont même plus 20%, mais seulement 15% des baptisés qui ont droit à une
initiation complète. A quel pourcentage, 12%, 9%, 7% de confirmés,
rejoindrons-nous l'asymptote horizontale ? Si les sacrements sont bien « Œuvre de Dieu », premiers et
fondements de notre « œuvre pour Dieu », alors de tels chiffres
doivent interroger notre théologie pastorale. Baptêmes multitudinistes,
confirmations élitistes, le grand écart devient insupportable.
b - Pédagogique
Ces dernières décennies, le mouvement catéchétique a eu
l'immense mérite d'accompagner la révolution pédagogique en évitant à l'Église
de s'en exclure[10]. Mais, en privilégiant l’individu sur
le groupe, l’autonomie sur l’autorité, la société s’épuise à perdre tout
repère. L’Église, emportée dans ce mouvement, en subit l’onde de choc. Comment
garder le meilleur des recherches pédagogiques sans sombrer dans le vide d'une
société en panne de transmission ? C’est là, dans le cadre d’une pédagogie de
l’initiation[11] qu’en cours
de route, a été perdu la cohérence de ce rite du passage qu’était le ternaire
initiatique, vrai « seuil » entre un avant et un après, frontière
entre le dedans et le dehors. Il est urgent de le redécouvrir.
c - Théologique
Depuis Proposer
la Foi et Aller au cœur de la Foi, l'Église de France en phase avec
Rome, a réévalué positivement une série de fondamentaux passablement négligés
depuis quelques décennies : le Jour du Seigneur, la Parole de Dieu,
l’Eucharistie, la Paroisse …
Le problème
de la sincérité, de la qualité et de la vérité de la profession de la foi des
préadolescents et des parents croyants-non-pratiquants à l’occasion du baptême
de leur bébé, est une vraie question pour tout pasteur de terrain. Ainsi, nous
sommes acculés à devoir donner les sacrements non « à cause de la
foi » mais « en vue de la foi » ! Alphonse Borras parle de
« logique du guichet ».
Ces questions
récurrentes ne débouchent sur rien de concret, car il nous faudrait toucher à
certains désordres anciens véhiculés en notre Église d’Occident qui ont
conduit, en un siècle, à l’effondrement de la confirmation. Or, il ne sera ni
« Nouvelle Evangélisation » ni « Nouvelle Catéchèse » au sens
catholique, sans que l’Église ne retrouve le moyen de tendre à ce que 100% des
baptisés bénéficient de cette plénitude du don de l’Esprit-Saint, vital pour
« la force et le témoignage ». L’Église catholique se doit de
préférer « l’Œuvre de
Dieu » à son « œuvre pour Dieu », et donc de croire que les
sacrements doivent être servis dans leur vérité et non plus être manipulés,
négligés, malmenés, instrumentalisés à l'infini, au risque de l'épuisement
général.
Ainsi avec l'éclatement
occidental du ternaire initiatique, les questions essentielles de la
progressivité, de l'âge, de la maturité nécessaire pour recevoir tel ou tel
sacrement reviennent dans toutes les études.
Au sujet de l’âge du baptême, conféré également aux adultes
et aux bébés, la question de la maturité ne joue pas.
Concernant
l’âge de la première communion, elle était donnée au plus tôt à 12 ans. Dans
nombre de vie de saints, on entend la supplique des enfants repoussée par le
rappel de cette échéance alors intouchable[12].
Le décret de Pie X de 1910[13]
donne alors une réponse simple : dès l'âge de raison, l'enfant devient
responsable de ses péchés. Il doit donc se confesser. Il a donc aussi besoin et
droit, pour ce combat spirituel contre le péché et pour Dieu, à recevoir la
force de l'eucharistie.
Quant à l'âge
de la confirmation, les réponses sont plus complexes et plus désordonnées. Dès
1905[14],
fait rarement souligné, Pie X demandait que celle-ci soit aussi donnée à 7 ans
et toujours à sa place, en second dans le ternaire initiatique[15].
Encore plus étonnant, en 1932[16]
la Sacrée Congrégation des sacrements rappelait la légitimité de la coutume
hispanique et sud-américaine de confirmer avant même l’âge de raison. Enfin
dans leur Directoire Pastoral de 1951, en faisant référence spécialement à la
réalité du combat spirituel à mener très tôt dans la vie pour garder et
défendre la foi, les évêques de France[17]
réaffirmaient et l’ordre traditionnel du BCE[18]
et l’âge normal de l’âge de raison.
Malheureusement,
d’autres considérations sociologiques et pédagogiques l’emportèrent conduisant
au désordre actuel. Alors qu’à l’époque du Concile, la confirmation était enfin
donnée vers 7 ans, ce sacrement fut instrumentalisé par d’autres et reculé
jusque 14, 17 ou 20 ans pour servir d’accroche dans la pastorale des jeunes. Le
mieux étant parfois l’ennemi du bien, ce rite d’entrée pour tous est devenu en
réalité un rite réservé à un quelques adolescents à la foi bien fragile.
L’intelligence même du sacrement en est obscurcie quand, à l’expression
« je reçois la confirmation », il est préféré les expressions
« Dieu confirme ton baptême » et même pire, « je confirme mon
baptême ». Dans une tonalité toute protestante, cette confirmation est
devenue de fait, une seconde Profession de Foi.
Dernier dérapage, à mon sentiment dramatique : l’interdit imposé aux curés, en divers diocèses de France, de donner selon la Tradition et la Loi de l’Église[19] la confirmation aux catéchumènes qu’ils baptisent. Nos documents parlent encore officiellement du BCE, mais la pratique tend désormais pour tous, y compris les adultes, vers le BEC. Cette grave dérive ne pose pour beaucoup, aucun problème de conscience.
4 -
Questionnement théologico-pastoral
Une fois abordées ces questions, il faut aller plus avant dans le
questionnement théologico-pastoral mais aussi spirituel.
a –
Appauvrissement des Professions de Foi
Afin
d'assurer une « persévérance » au delà de l'âge de la puberté pour
les enfants de famille non pratiquante, la profession de foi s’est approprié
l'espace rendu disponible par l'avancée de la 1ère communion à l’âge
de raison. « Libérée » de sa seconde place dans le ternaire, la
confirmation reportée toujours plus loin dans l’adolescence voulut servir à
revaloriser ce sacrement méconnu, mais aussi, il faut le reconnaître, devint
alors une vraie « carotte »[20]
pastorale, pour maintenir en contact
les ados avec leur Église paroissiale. Des « années de
persévérances » inventées en 1930 jusqu’au recul de l’âge de la
confirmation, tout a été tenté, mais en vain, pour que cette profession de foi
ne rime pas avec sortie de l’Église.
Quant aux
adultes, chacun vit la profession de foi à sa mesure : aux catholiques
militants, celle de la Nuit de Pâques ; aux pratiquants ordinaires, celle du
Jour du Seigneur ; aux croyants non pratiquants, celle de plus en plus rare et
vraiment infiniment pauvre, à l’occasion du baptême de leur bébé. Et de nos
quotidiens et hebdomadaires de révéler cette non-intelligence du Mystère
chrétien pour la plupart de nos contemporains catholiques.
Une de nos
difficultés vient de ce que l’Église, ne baptisant plus que les bébés, a perdu
l’habitude de s’assurer de la qualité de la foi des adultes. Bien plus, le
Droit Canon l’en empêche : un adulte, juste baptisé et absolument ignorant
de tout, a « droit » à tout, mariage et baptême des bébés, sans autre
chose qu'un engagement formel dont tout pasteur honnête reconnaît l'inanité. La
« logique du guichet » marche à plein régime.
b – Des
causes plus idéologiques
A ces
causes sociétales vinrent se greffer d'autres considérations plus idéologiques.
Après la crise de 1905, l'Eglise ruinée dût chercher ses propres finances. Elle
demanda aux plus favorisés des honoraires plus importants. Péché oblige, elle
leur donna un peu plus d'apparat, jusqu'à l'institution d'un système scandaleux
de différenciation sociale avec par exemple, les 3 ou même 7 « classes
d'enterrement ». Avec les mouvements sociaux modernes, un nouveau clergé
« conscientisé » voulut corriger ces contre-témoignages si peu évangéliques.
Avantage certain, ils favorisèrent la catéchèse paroissiale, lieu neutre et
égalitaire. Mais, comme toute décision ambivalente, celle-ci s'appuya sur une
défiance idéologique envers les riches familles catholiques. Ainsi, elle
supprima leur rôle de cellule de base de l'évangélisation et de discernement
pastoral que Pie X, selon le principe de subsidiarité, leur avait reconnu. En
effet, il est sain et légitime, indépendamment de toute considération
économique, qu’aux familles confessantes, l’accès aux sacrements soit ouvert
dès 7 ans et qu’aux familles non confessantes, on demande la transition d’une
catéchèse paroissiale.
Ainsi,
contre la doctrine de Pie X qui avait introduit une distinction prenant en
compte la foi des parents, recherche de maturité et idéologie politique ont
concouru à cette homogénéisation dans laquelle nous sommes enfermés
aujourd’hui.
c – Des
attentes contradictoires et incompatibles
Sans aller
dans le détail, il faut toutefois nommer un autre blocage : nous ne
voulons ni de la tendance confessante protestante refusant le pédobaptisme, ni
pas de la tradition orientale donnant toute l’initiation au bébé. Catholiques,
nous voudrions la richesse de chacune des deux lignes, mais nous devons alors
assumer les impasses de cette position.
Nous nous
voulons « multitudinistes », généreusement ouvert à tous. Et nous
refusons une Église d’élite pour quelques purs, de type protestant évangélique,
ne baptisant que des adultes. Mais il nous faut alors assumer la fameuse
« logique du guichet » avec 90 % des croyants non pratiquants et, à
raison de moins 1% de baptêmes par an, un véritable effondrement du
« sacrement pour tous ».
Simultanément,
nous voulons aussi une sincérité des adhésions dans la ligne
« confessante ». Nous refusons alors un achèvement de l‘initiation
qui ne serait pas de qualité. La Tradition Orientale, orthodoxe mais aussi
catholique, de l’initiation complète des bébés, nous parait impossible. Toute
réflexion sur la confirmation qui proposerait un rajeunissement, et donc un déficit de formation préalable, ne nous semble pas recevable. Il nous faut alors
assumer la « logique de l’élitisme » : les moins 3% de
confirmations par an, et l’effondrement du « sacrement pour quelques
uns »
d –
Premières conclusions partielles
Une
première évidence s'impose. Il est urgent de réintroduire, indépendamment de
toute considération économique, la légitime distinction d’accueil et de
parcours selon que les familles sont pratiquantes ou non pratiquantes. Mais là
aussi, toute décision est ambivalente.
Imaginons
que nous décidions, pour éviter ces 20, 15 et peut-être un jour 5% de confirmés
parmi les catholiques, de reprendre la tradition orientale en donnant aux bébés
le BCE. C'est légitime, mais on objectera que nous allons relancer une Église
formelle.
Imaginons
donc que nous décidions de renoncer au pédobaptisme et de proposer le baptême à
partir de 15 ou 18 ans comme dans certaines Communautés ecclésiales
évangéliques. C’est pensable, mais on objectera de la légitime tradition
catholique des familles confessantes à demander la grâce du baptême pour leur
bébé. Et de plus, on pourra objecter de l’exclusion brutale prévisible de tous
les chrétiens du seuil, réelle composante de l’Église et un de nos principaux
lieux de mission notamment par la préparation au baptême.
Ainsi pour
aider à sortir d’une telle impasse, il nous faut aborder deux points nouveaux.
e - Des
âges, psychologique et spirituel
De nos
jours, âges psychologique et spirituel vont de paire. Leur convergence nous est
évidente : au bébé, par le baptême, la
naissance spirituelle, au jeune adulte, par
la confirmation, la maturité et l'engagement. En fait, seule une finalité
ecclésiologique, visant en Occident à privilégier le rôle de l’évêque, explique
l'éclatement du Ternaire et, à posteriori, la justification de l’adéquation
nécessaire entre âge spirituel et âge psychologique.
Pourtant,
ce lien n’est pas obligatoire. En effet, la Tradition veut que le catéchumène
adulte reçoive en une seule nuit, les deux dons de la nouvelle naissance et de
la maturité spirituelle. Quant aux bébés, non seulement chez les Orthodoxes
mais aussi chez nous Catholiques de rites orientaux, le simple curé leur donne
« ordinairement »[21],
et en une seule liturgie, les trois sacrements.
De manière
très suggestive, le Père Camelot[22]
évoque Thomas d'Aquin plutôt appelé d’ordinaire pour justifier cette lecture
psychologisante. Or, c’est le même Saint Thomas[23]
qui souligne que la vie spirituelle et
surnaturelle est indépendante des vicissitudes de l'âge corporel.
Confirmant la justesse de la pratique orientale, la perfection de l'âge
spirituel peut être reçue au temps de la petite enfance ou bien de la jeunesse,
et la grâce de la naissance spirituelle peut-être reçue en l'âge adulte.
Le second sacrement confère au bébé une grâce de virilité surnaturelle, dont le germe, déposé en son âme, grandira, s'épanouira et mûrira avec la croissance et la maturité physique et psychologique. En même temps que le petit enfant grandira jusqu'à l'adolescence puis à l'âge adulte, se développeront en lui les virtualités spirituelles qui en feront progressivement un adulte dans le Christ. On ne peut qu'admirer ici la divine pédagogie du Christ et de son Église !
f – Les
avis du Magistère Romain
Jusqu'à Pie
X, les fondamentaux latins sont globalement homogènes. La confirmation est le
second sacrement que l’Église autorise à partir de 12 ans, privilégiant le rôle
de ministre « ordinaire » de
l'évêque et exigeant une formation paroissiale des enfants.
Pie X,
contrairement à l’apparence, maintient cet ordre des sacrements. Mais il
introduit une distinction majeure : désormais, les familles
« confessantes » peuvent légitimement obtenir dès 7 ans, la
confirmation[24] et la
« 1ère communion privée »[25].
Les autres doivent toujours attendre la formation paroissiale suppléant à la
catéchèse familiale déficiente.
Paul VI
veut chercher une voie médiane. La « 1ère communion
privée » reste offerte théoriquement à 7 ans, seule la confirmation est
repoussée à nouveau vers 12 ans.
En fait,
par ce choix étonnant, Paul VI privilégie à nouveau la catéchèse paroissiale
contre le rôle des familles confessantes. La décision de la confirmation leur
est retirée. Mais, simultanément, dans les paroisses, la décision de la « 1ère communion
privée » vers 7 ans a déjà été de fait, retirée aux parents de familles
confessantes. Toute 1ère communion est désormais
« publique », alignée pour tous, dans le cadre de la catéchèse
paroissiale, vers 9 ans. C'est donc toute la réforme de Pie X qui se trouve
alors disqualifiée ! Sous les apparences du maintien de la 1ère
communion précoce, ce sont bien les deux sacrements qui sont progressivement
retirés aux familles et confiés aux paroisses et à ses services militants, les
patronages et les mouvements de jeunesse.
Mais, il est
évident que Paul VI n’imaginait pas que 50 ans plus tard, ce souci de la
formation des enfants chrétiens servirait de prétexte au sursaut de la ligne
pédagogique, cherchant des âges toujours plus élevés, 14, 17 ou 20 ans, et que,
dans cette dynamique, le dérapage s’introduirait jusque dans l'initiation des
adultes avec ces diocèses où les curés se sont vu interdire ces dernières
années, contre toute tradition même latine, de confirmer les catéchumènes dans
la nuit de Pâques !
La position
de Paul VI ainsi analysée, il est évident que l'enseignement constant du
Magistère exige de revenir à l'ordre traditionnel des trois sacrements et à
leur don dès que légitime. Voici un siècle, Léon XIII[26]
confirmait à l'évêque de Marseille que l'usage français ne s'accordait pas
avec l'ancienne et constante discipline de l'Église. En 1983, le
« Code de Droit Canonique »[27]
réaffirme cet ordre et cette précocité. Et
tout récemment, les trois documents du Synode sur l'Eucharistie[28]
de 2005, L'Instrumentum laboris, Les 50 propositions des
pères synodaux et L'exhortation
apostolique post-synodale de Jean-Paul II, convergent tous dans un même
appel à une remise en ordre[29].
5 – Pour
ouvrir le chemin
a - La
responsabilité de l'Église de France
Une telle
perspective pourrait faire craindre à certains de devoir en conséquence, perdre
tout l’acquis pédagogique tant travaillé dans notre Église de France. En fait,
il n’en est rien. Bien plus, il convient d’œuvrer ensemble à l’union de ces
deux essentiels, l’ordre et la précocité traditionnelle et le développement de
trajectoires adaptées aux divers âges et types d’adhésion. Ce travail ne pourra
progresser que si nous acceptons de clarifier le fait que les sacrements de
l'initiation ne peuvent plus être infiniment manipulés et réduits à de simples
« outils » permettant d’étaler tout au long d’une vie, ce nécessaire
parcours d'initiation à la Vie du Ciel.
La clef de
cette synthèse se trouvera peut-être dans une clarification non encore opérée
entre « Vie chrétienne » comme parcours d'initiation jusqu'à l'heure
de la mort, et « Sacrements de l'initiation » comme vrai
« seuil » entre un avant et un après, entre un dehors et un dedans.
Pour cela,
notre souci légitime de la pédagogie contemporaine peut retrouver dans l'époque
patristique la même conviction et des procédures nullement dépassées. Cela est
souhaitable, possible, nécessaire. Et c’est l'unique chemin de développement
catholique.
Les trois
sacrements de l'initiation, dans leur unité de temps et leur ordre traditionnel
n'ont pas besoin d'être « désintégrés »[30]
pour servir ce nécessaire dynamisme de la vie chrétienne. Bien d'autres étapes
restent à inventer. Et surtout, il ne faudrait pas négliger tout ce que la
Tradition de la liturgie nous donne :
- Avant
« l'Entrée en Église », il y a d'abord cette
approche mystérieuse d'une personne qui découvre la lumière de la Bible ou de
l’Église, et qui va un jour oser frapper à la porte.
- Dans le
temps du catéchuménat et particulièrement lors du « Grand Carême »,
juste avant les sacrements de l'initiation, l'Église lui propose un chemin
défini dans « Rituel de l'Initiation » restitué, qui nous donne le
cadre d’un magnifique parcours. Peu de confères en déclinent toute sa richesse.
Il n'y a que 4 ans que j'ai osé demander à deux jeunes catéchumènes de préparer
et de faire leur reditio du Grand
Credo de Nicée-Constantinople, devant l'Église réunie. Combien voulaient m'en
dissuader. Trop dur le « par cœur » pour ces deux femmes de 23 et 27
ans, humiliation assurée. Et pourtant, le jour prévu, tous missels fermés, du
par cœur, du fond du cœur ... quel moment pour elles et pour l'Église
accueillant dans un silence fort, cette proclamation hésitante ! Quelle
merveille ! Croire au caractère initiatique de la liturgie. Ce fut évident pour
tous. Point de créativité catéchétique originale. Juste une entrée paisible
dans un patrimoine, dans une belle et riche tradition redécouverte.
- Puis, il
y a l’essentiel, « Le Seuil » vécu dans la Profession de Foi et le
Ternaire initiatique donnés lors de la Vigile Pascale, « Le Passage »
si bien revisitée en 2003[31].
- Viennent
les 50 jours, le temps pour les néophytes, de la mystagogie. A ce jour, je n'ai
rien réussi de concret.
- Enfin,
tant pour les baptisés bébés ou pour baptisés adultes, il y a tout au long de
la vie jusqu'à l'heure de la mort ce même défi de ne pas dormir sur nos
lauriers, mais de progresser en sainteté. Depuis les origines de l'Église, avec
la plainte de Paul en Hébreux 10, 25, l'effort pour réduire la distance
pratique entre appel et réponse demeurera incontournable. Il faut que la Grâce
informe la vie. Il est ces néophytes, nombreux, qui deviennent
croyant-non-pratiquants. Il y a des chrétiens un peu dans le coma. Mais il y a
aussi chez nous cette vietnamienne, une parmi beaucoup, qui est devenue chrétienne
et qui, désormais bien formée, propose tous les 15 jours aux paroissiens un
« chemin biblique » et qui est devenue responsable du catéchuménat.
« Des
itinéraires de type catéchuménal vers les sacrements » et le « Texte
national pour l’orientation de la catéchèse en France » [32]
de 2006 disent bien ce nécessaire chemin et les beaux fruits qu'on peut en
recevoir. Mais, incontournable, il nous faudra bien trouver comment rendre au
Ternaire initiatique ce rôle clair et net du « seuil ».
b – Une
nouvelle disposition pour la Profession de Foi et pour le BCE
Pour le
BCE, comme le vivent nos frères catholiques orientaux, nous pourrions revenir à
le donner aux bébés. Mais qu'en serait-il du rôle de l'évêque et de nos fameux
parcours ?
Ce serait
tout l'intérêt de l'invention de la « profession de foi adulte »
devant l'évêque, qui nous permettrait de sortir du mythe que nous honorons si
mal par l'actuelle profession de foi de quelques pré-ados en plein
effondrement, et de ces quelques confirmations d'adolescents, émouvantes pour
les pasteurs, mais toutes aussi pauvres que le reste. En poursuivant notre
ouvrage pastoral qui allonge les préparations au mariage et au baptême des
bébés, nous pouvons proposer, puis un jour demander aux jeunes adultes, une
profession de foi devant l'évêque.
Selon le
mot du Père Hervé Legrand, OP, il faut avancer progressivement, par des
« apprentissages » :
- D'abord,
pour sortir des « je confirme mon baptême », il faudrait remplacer le
mot de « confirmation » par celui de « chrismation ». Avec
la confession en passe de devenir réconciliation et avec l'extrême-onction en
passe de devenir sacrement des malades, nous savons l'utilité de changer un
concept. De plus, comme cela existe ailleurs notamment avec la cresima
en Italie, la chrismation ferait avantageusement système avec et par sa
proximité avec notre « messe chrismale »,
- Est aussi
souhaitable l'invention, dans la ligne et les formes des « confirmations
diocésaines d'adultes », de mettre en oeuvre ces « professions de foi
diocésaines d'adultes devant l'évêque ».
-
Incontournable enfin, si l'horizon du BCE aux bébés nous effraye trop, de
commencer par rajeunir progressivement l'âge de la confirmation pour la donner
avant la première communion, soit dans le cadre de la catéchèse familiale des
familles pratiquantes vers 7 ans, soit dans le cadre de la catéchèse
paroissiale vers 12 ans pour les enfants des familles non pratiquantes.
- Restera à
poursuivre la proposition faite aux enfants et adolescents par les paroisses et
mouvements de jeunesse, avec leurs pédagogies et étapes ritualisées à
réinventer
Au terme,
en abandonnant l'utilisation du Ternaire initiatique comme outil d'étapes
liturgiques sur le chemin d'initiation à la foi, nous devons tendre à redonner
à ces sacrements, leur rôle de « geste-seuil ». Pour rythmer
liturgiquement ces chemins d'initiation de nos jeunes, d'autres outils sont
possibles. J'ai proposé moi-même des étapes[33].
Mais le champ reste vaste. Il y a ceux qui existent déjà, comme la
réconciliation et la profession de foi. D'autres qui sont remis à l'honneur,
comme la traditio et la reddito par le Cardinal Martini à Milan.
D'autres enfin sont en cours d'invention comme en témoigne la belle créativité
manifestée sur les 150 lieux de proposition d'Ecclésia 2007 à Lourdes.
B :
L’ « Œuvre de Dieu » : oser une question de Foi à propos des
deux Esprits inversés
Tout ce qui
vient de précéder dans cet article n’est pour moi, que remise en ordre plus
mûre d’un thème qui me travaille et que je travaille depuis quinze ou vingt
ans. Mais il s’agit aussi pour moi aller « plus au large, en eaux plus
profondes » dans une intelligence nouvelle des raisons de l’inertie de l’Église, identifiées par certains comme des mutations complexes de notre
Église en Occident, mais que Jean-Paul II[34]
désigne comme « l'apostasie silencieuse » de l'Europe ! La mise de
côté des questions précédemment évoquées, bien au-delà d’un simple débat
d’opinions, m’apparaît comme un empêchement, un « aveuglement » au
sens biblique du terme : il y a un « ne pas pourvoir voir », un
« ne pas vouloir voir » qui relève du Mystère du péché.
Or cette question d’aveuglement rejoint un autre domaine
d’observation de la vie de notre Église, et fait système avec celui de
l’initiation chrétienne. Depuis une dizaine d'années, comme tous les
observateurs, je suis interrogé par les nouvelles formes de l'intrusion du
surnaturel dans notre vie ordinaire, dans cette société athée, matérialiste,
positiviste. Il y a tous ces discours raisonnables, rationnels, culturellement corrects.
Il y a simultanément ces foules qui se précipitent dans les mille apparitions
mariales, et d'autres chez tous les guérisseurs et les devins ! Il est aussi un
autre lieu du ministère de l’Église qui provoque beaucoup de gène parmi les
pasteurs, ou qui plutôt, hormis quelques revues et communautés à priori
marginales et suspectes, fait l’objet d’un véritable ostracisme. Je parle de
l’exorcisme. Le prêtre-exorciste avait
quasiment disparu des annuaires diocésains dans l’après-Concile. Depuis une
vingtaine d’année et sous la pression de la demande, les évêques en ont un
renommé un. Pourtant, derrière ce
fait, il est de notoriété publique que ces prêtres, dans leur grande majorité,
n’exorcisent pas ou fort peu.
Face à ce nouveau constat, on est en droit de
s’interroger : pourquoi le Saint Esprit en la confirmation est-il donné
avec autant de parcimonie quand le combat contre le Mauvais Esprit est lui-même
mené avec autant des réserves ? En régime catholique, nous sommes bien obligés
de constater, si nous croyons vraiment à l’action de Dieu dans nos liturgies,
que cette parcimonie entrave l’action du Saint Esprit et favorise l’action du
Mauvais Esprit ! Comment pouvons-nous prétendre renouveler notre
« œuvre pour Dieu » par la catéchèse et l’évangélisation, si l'
« Œuvre de Dieu » est ainsi fondamentalement négligée.
Pour certains, mon approche d’un tel sujet ne sera pas
reçue. Mais le sujet ne me semble pas impertinent : avec une telle
question, suis-je encore dans le sujet qui m’est imparti ? Je le crois. En
effet, la question de la catéchèse est en complet renouvellement, pour toucher
tous les espaces de la vie de l’homme contemporain. Ainsi, cet ami, avocat
ecclésiastique, m’a fait comprendre combien, souvent aux seuils de l’Église,
les causes juridiques de nullité de mariage sont un vrai lieu pastoral et un
vrai lieu de catéchèse. Il en va évidement de même, quant à cet autre ministère
discret qu’est celui de l’exorcisme. Il est en ce temps, un lieu pastoral et de
catéchèse privilégié.
Ainsi, avec Saint Augustin parlant des « Deux
Cités », analogiquement, il nous faut parler des « Deux
Esprits ».
1 - Le
Saint Esprit
Je viens
d'évoquer la crise du sacrement de la confirmation. A ce jour, même si nous
l'invoquons plus, et tant mieux, cela se fait de façon limitée et dans un
parfait désordre.
Ainsi lors
d’une célébration, après l’épiclèse du clergé adressée au Père, les laïcs ont
été invités à entonner un chant adressé à l’Esprit Saint ! Beaucoup m'invitent
à ne pas pinailler, mais lex orandi lex
credendi, la plus grande justesse et l’estime de nos liturgies ne saurait
être réservée à quelques esprits un peu « tradis » !
Quant à donner généreusement la
confirmation, à chaque fois que l'on évoque les difficultés et les fragilités
de nos jeunes face à la sécularisation, à leurs amis musulmans, à l'attrait des
médias, j'entends évoquer diverses causes : leur formation, le ton de nos
liturgies paroissiales, le développement des mouvements de jeunesse, leur
accueil dans nos conseils... Bien que
j'évoque le fait que la confirmation est aussi et d'abord, l’Saint-Esprit donné
pleinement « pour la force et le
témoignage », afin que « l'Œuvre de Dieu » fonde et
féconde nos « œuvres pour lui », mille bonnes raisons sont évoquées
pour reporter toujours plus loin ce sacrement. Pourtant, avec Saint Paul, je
voudrais que 100% des catholiques puissent dire : « ce n'est pas moi qui
agit, c'est l'Esprit qui agit en moi ». Mais rien de semble pourvoir
ébranler la détermination actuelle. A partir de quel chiffre, 12, 9 ou 5% de
confirmés allons-nous nous réveiller ? Á ce jour, rien ne saurait faire plier
le postulat, le dogme ou l'idéologie établie alors que le psaume avertit que
« Si le Seigneur ne bâtit la maison ... »[35]
et que Mattieu rappelle le « Roc » sur lequel il faut bâtir, sans
quoi …
En tant que catholiques, notre
théologie des sacrements nous oblige à ne pas sans cesse contourner ce
« Signe des temps ». Vu la conscience acquise de tels enjeux, ne pas
réagir serait désormais pour moi cause de péché.
2 - Le
Mauvais Esprit
Tout le
monde parle du Diable sauf les curés. Entre le trop qui perturbe, et le pas
assez qui nie, nous avons choisi le silence. De mémoire de séminariste, je n'ai
pas souvenir d'avoir reçu grand chose qui m'arme face à la déferlante actuelle
du satanisme sous tous ses modes. « Mme Irma » est plus fréquentée
que l'abbé du coin ! Hors de nos cercles religieux, il nous faudrait tous lire
les 93 pages du rapport de la Commission Interministérielle à ce sujet[36].
Il y eut de
bonnes raisons à ce silence. L’émergence de la modernité a critiqué bien des
aspects archaïques de notre pensée et de notre vie religieuse. Devant la
sévérité de la mise en cause de la position traditionnelle préscientifique de
l’Église, notre repli a du être radical, au risque de l’excès. La
« démythologisation » a tout balayé, le positivisme a tout happé, et
nos mentalités ne s’en sont pas encore remises. L’exégèse, la théologie en ont
été profondément marquées. Les nouveaux exorcistes eux-mêmes, bien souvent, ne
reconnaissent pas l’enjeu fondamental de leur ministère et limitent leur rôle à
servir d'aumônier délocalisé de la psychiatrie. Un exorciste même m’a confié ne
pas « croire au Diable » mais à Dieu ! Pourtant, il me semble
qu'avec les distinctions entre credere
Deum, credere in Deum et credere Deo, on devrait arriver à dire
sans blasphème : « je crois que le Diable existe », qu'il n'est pas
que l'expression mythologique du mal qui habite en moi et entre nous. Jésus aux
tentations[37], dans
l’institution des douze[38],
lors de ses prédications[39]
et lors de ses nombreux exorcismes[40]
n'a pas plané dans la mythologie. C'est d'un Sauveur que nous avons besoin, et
non pas d'une grande thérapie cosmique. Coincés entre « Monsieur
Freud » et « Madame Irma », l'Église et ses ministres ordonnés
sont-ils réduits au rôle de spectateurs. Mon ministère, c'est l'Église et non
pas l'hôpital psychiatrique. C’est pourquoi, il nous est urgent de réinvestir
cette question difficile du surnaturel, dans les récits évangéliques, dans la
foi des sacrements de l’Église mais aussi dans l’inattendu de ses diverses
« manifestions », mystiques ou diaboliques, au cœur de notre monde
contemporain. Ou bien, à visage découvert, il faudrait achever la
démythologisation et nous décider honnêtement à rayer 80% de la Bible et de nos
Rituels ! N’aurions-nous rien de nouveau et d’équilibré à trouver en ces
domaines ? En attendant, je préfère qu'on se moque de moi pour ces lignes,
mais qu'au dernier jour, Saint Pierre n'ait pas à me reprocher d'avoir
abandonné mon troupeau au Loup. Vue la conscience acquise de tels enjeux, ne
pas réagir serait désormais pour moi cause de péché.
Conclusion.
Malgré
le mot étonnant de Mgr Dubost à Lourdes dans le contexte dynamique d'Écclésia
2007[41]
:
Il est vrai que toute organisation à tendance à s'auto-reproduire
mais une des causes qui fait que ça va mieux, c'est que ça va moins bien et il
faut éviter de critiquer au moment où il faut se resserrer,
il
est évident qu’en plus de l’actuel ouvrage infiniment généreux de tous, il est
urgent d'oser nommer ces deux chantiers qui détermineront l’avenir de notre
« catéchèse » au sens large.
L’un
pour travailler de façon nouvelle au « Seuil » de notre Église :
servir une Profession de Foi de qualité adaptée différemment aux confessants et
aux croyants-non-pratiquants, et rendre aux trois sacrements de
l’Initiation leur vraie identité de
« seuil ».
L’autre
pour oser un examen de conscience au sujet des deux Esprits, de notre foi dans
la vie sacramentelle et au sujet des manifestations extraordinaires du surnaturel
et de nos discernements et pratiques vis-à-vis de ce surnaturel. L’indifférence pratique à l’égard de
la confirmation et de l’exorcisme est un « signe des temps » que l'on ne
peut plus négliger, sans quoi un autre Mgr Gaidon, en 2028, écrira un
nouveau livre stigmatisant, sous les loyales générosités de 2007, certaines
inerties peu évangéliques.
Ainsi, la
réussite de notre « œuvre pour Dieu » ne pourra se faire qu’en
révélant la profondeur de ce qui ressemble à un « aveuglement » et en
opérant un travail de discernement et de conversion pour remettre en premier
« l’Œuvre de Dieu » par le don en plénitude du Saint Esprit et par la
reprise d’un combat délaissé contre le Mauvais Esprit. « N'ayons pas peur », il nous faut « Aller au
large ».
Abbé Bruno DANIEL - mars 2008
[1] P-T. CAMELOT, Spiritualité du
Baptême, Coll Lex orandi n°
30, Éd du Cerf 1960, p.243.
[2] Cardinal M. OUELLET, Archevêque de
Québec et Primat du Canada, Accommodements raisonnables et liberté
religieuse au Québec, Rapport du 30 octobre 2007
[3] Lettre des Évêques de France, Proposer
la foi dans la société actuelle, Éd du Cerf 1996, p20
[4] J-P RICARD, « La Croix »
du 30 octobre 2007
[5] J-M. LUSTIGER, Le choix de Dieu,
Entretiens avec J.L.Missika et D.Walton, Éd de Falloïs, Paris 1987.
[6] Analyse disponible sur mon
blog : http://theologipastoral.canalblog.com
[7] M. GAIDON, Un évêque français
entre crise et renouveau de l’Eglise, Éd de l’Emmanuel, 2007.
[8] Commission épiscopale de la
catéchèse et du catéchuménat, Aller au cœur de la foi, questions
d’avenir pour la catéchèse ? Éd. Bayard 2003, p14 : « Bien sûr,
il nous faudra proposer de nouvelles idées, trouver de nouveaux rythmes pour la
catéchèse, organiser de nouvelle manière notre pratique catéchétique ».
[9] Conférence des Evêques de France,
"Guide 2004 de l'Eglise catholique en France" : 1992 : 89 528
confirmations pour 449 571 baptêmes, soit 20%. 2001 : 55 916 confirmations pour
391 665 baptêmes, soit 15%.
[10] Mgr DUBOST, in France Catholique n°
3093 du 16 novembre 2007, p10.
[11] « Les itinéraires de type
catéchuménal vers les sacrements », Service National de la Catéchèse et du
catéchuménat, sous la direction de Jean-Claude REICHERT, Éd Bayard, Paris 2007,
94p
[12] Ce n'est pas sans faire penser aux
mêmes réponses données aujourd'hui aux parents ou même aux enfants qui
demandent plus jeunes à recevoir la confirmation. Sur mon blog le 25 novembre
dernier : Bonjour Père Bruno, j'ai 12 ans je suis en 5éme
à Guynemer et je prépare ma profession de foi pour juin 2008. J'ai très envie
de faire aussi ma confirmation. Je ne sais pas si c'est possible et si on peut
se préparer en dehors de la catéchèse, qu'en pensez-vous ? Louise.
Malheureusement, je sais qu’en sa ville, il lui sera imposé d’attendre encore
quatre ans, qu’elle arrive au lycée !
[13] Décret de la Sacré Congrégation des
Sacrements, Quam singulari, 8 août 1910
[14] Pie X, Petit catéchisme,
Ch.3 : « A quel âge est-il bon de recevoir la confirmation ? Il
est bon de recevoir la confirmation vers l’âge de 7 ans, parce qu’à cet âge
commencent habituellement les tentations … ».
[15] Il est étonnant de constater
comment, durant 19 siècles, la 1ère communion fut en théorie et dans
les faits, « l’achèvement » de l’initiation chrétienne. Ce n’est que
ces dernières décennies, sans même nous en rendre compte, que l’on a attribué
ce titre à la confirmation.
[16] REVEL, op.cit. p.17
[17] Directoire pour la pastorale des
Sacrements, 1951, n°33 dans REVEL, op.cit p. 20,
[18] « Baptême - Confirmation -
Eucharistie »
[19] Description détaillée des divers
rituels, rubriques et article du Droit Canon dans de paragraphe « C / Des
consignes très embrouillées" de mon document de 2004 op.cit
[20] Soeur O. SARDAT, OP, SNPLS,
Conférence à Beauvais, le 23 novembre 2007
[21] A noter que pour Vatican II,
« Lumen Gentium » n° 26, unité catholique de tous les rites oblige,
l'évêque n'est pas le ministre « Ordinaire » mais
« Originaire » de la confirmation.
[22]
P.T CAMELOT, op.cit. pp. 253-254
[23] Thomas d'AQUIN, « Somme
Théologique », IIIa, 72, 8 et 2m.
[24] Pie X, « Petit
catéchisme », 1905, Chap III : « Il est bon de recevoir la
Confirmation vers l’âge de sept ans, parce que à cet âge, commence habituellement les tentations et qu’on a assez de connaissance
pour apprécier ce sacrement et se rappeler ensuite qu’on l’a reçu ».
[25] Pie X, Quam singulari, 1910
[26] J.P REVEL, Traité des sacrements,
II. La confirmation, Éd Cerf, Paris, 2006, p15.
[27] Jean-Paul II, 1983, Can. 891 :
« Le sacrement de confirmation sera conféré aux fidèles aux alentours de
l'âge de raison, à moins que la conférence des Évêques n'ait fixé un autre âge,
ou qu'il n'y ait danger de mort ou bien que, au jugement du ministre, une cause
grave ne conseille autre chose ».
[28] Trois petits textes disponibles sur
mon blog : http://theologipastoral.canalblog.com
[29] Texte disponible sur mon
blog, op.cit.
[30]
Op.cit, CAMELOT p 242
[31] Commission épiscopale de la
catéchèse et du catéchuménat, Aller au cœur de la foi, questions d’avenir
pour la catéchèse ?, op.cit.
[32] Op.cit et TNOCF, Éd Cerf, Paris, 2006.
[33]
http://theologipastoral.canalblog.com .
En
2004, L’initiation chrétienne, une urgente remise à plat s’impose ! fut
ma réponse à la question des évêques qui, dans Aller au cœur de
la foi, demandaient « du neuf », et en juin 2006, un article dans la
revue dominicaine de Lyon, « Lumière et Vie » 207 : Redonner tout son
sens à l’initiation chrétienne : un défi à relever.
[34]
Jean-Paul II, Ecclesia in Europa, 25 octobre 2004.n°9.
[35] Ps 126-127,1 et Mt 7, 24-29
[36] « Rapport de la Commission
d’enquête sur les sectes », Parlement Français, 22 décembre 1995. Á noter
l’introduction de J-M ROULET, préfet, président de La Mission
interministérielle, Miviludes : « Pourquoi la République se préoccuperait-elle du Diable ? »
[37] Mt 4, 1
[38] Lc 3,
15
[39] Mt 13, 39
[40] Mc 5,
1-13
[41] Mgr M.
DUBOST, dans « France Catholique », 16 novembre 2007, n°3093, p10.
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=347136&pid=8579128
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
